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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2101005

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2101005

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2101005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 avril 2021 et 28 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 novembre 2020 du directeur du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy qui a refusé le renouvellement de son contrat à durée déterminée, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner le CHRU de Nancy à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices ;

3°) de mettre à la charge du CHRU de Nancy la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision repose sur des faits matériellement inexacts ;

- la décision n'a été prise ni en considération de sa manière de servir ni dans l'intérêt du service mais pour un motif étranger au service ;

- l'illégalité de la décision lui a causé des préjudices dont elle est fondée à demander la réparation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2021, le CHRU de Nancy, représenté par son directeur, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marini, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Lehmann, substituant Me Richard et représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy à compter du 14 mai 2018 en tant qu'aide-soignante. Son contrat a été renouvelé jusqu'au 31 janvier 2021. Par une décision du 12 décembre 2020, elle a été informée du non renouvellement de son contrat. Le 5 janvier 2021, Mme A a exercé un recours gracieux qui a été rejeté le 15 février 2021. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 12 décembre 2020, ensemble le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elle est de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

3. Mme A soutient que les faits qui lui sont reprochés et qui ont motivé le refus de renouvellement de son contrat à durée déterminée ne sont pas fondés d'autant plus que ses évaluations ont été satisfaisantes à plusieurs reprises. Il ressort des pièces du dossier qu'un rapport circonstancié a été rédigé le 15 avril 2020, alors que Mme A était affectée dans le service depuis environ un mois, faisant état d'un refus de travailler seule pour certains soins, un refus de communiquer, un refus de réaliser certaines tâches quotidiennes, d'agressivité envers les étudiants, de manque de considération et de bienveillance envers les patients et d'un manque de professionnalisme (transmissions inexactes, départ avant l'heure de fin de poste). Mme A a été affectée le 1er juillet 2020 dans l'unité de soins de longue durée du centre Saint Stanislas. Un bilan est réalisé le 15 octobre 2020. Parmi les 29 items jugés, 9 sont considérés insatisfaisants : respect des consignes de travail et de sécurité, capacité à exécuter seule une tâche, travaille avec précision et fiabilité, régularité dans l'action, soucis de progresser dans son action, accepte et propose des critiques constructives, adapte son comportement au milieu du travail, capacité relationnelle à l'égard des malades et des familles, à l'égard de la hiérarchie. Le rapport conclut à un avis défavorable au renouvellement du contrat. Par ailleurs, un second rapport circonstancié a été rédigé faisant état de plaintes de patients quant à son comportement et aux soins. Elle aurait crié sur un patient, a fait mal à un autre en lui donnant les soins, elle a coupé la moustache d'un patient sans demander l'autorisation à la famille. Deux autres membres du personnel confirment la brutalité de Mme A dans sa façon de prodiguer les soins et font état de plaintes de la part de certains patients. Mme A qui nie avoir crié sur l'un des patients, fait valoir qu'elle s'est excusée auprès des deux autres et indique par ailleurs qu'elle n'avait pas choisi d'être affectée dans une unité de soins de longue durée et ne conteste ainsi pas sérieusement les faits qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en décidant, pour ces motifs, de ne pas renouveler le contrat de Mme A, l'administration aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ou agi pour des motifs étrangers à l'intérêt du service.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Il résulte de tout ce qui a été dit plus haut que les conclusions indemnitaires de la requérante, fondées sur la prétendue illégalité fautive de la décision de ne pas renouveler son contrat ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme que le CHRU de Nancy demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par Mme A soient mises à la charge du CHRU de Nancy, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CHRU de Nancy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au CHRU de Nancy.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

C. Marini

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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