jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2101066 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 avril 2021, M. B A, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre de détention de Toul a refusé de procéder à l'abrogation partielle du règlement intérieur de l'établissement en tant qu'il méconnaît la règle de l'enfermement nocturne de douze heures maximum ;
2°) d'enjoindre au directeur de procéder à l'abrogation partielle du règlement intérieur de l'établissement en tant qu'il méconnaît la règle de l'enfermement nocturne dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- en refusant de procéder à l'abrogation partielle du règlement intérieur, le directeur de l'établissement a méconnu les dispositions des articles R. 57-6-18 et R. 57-6-19 du code de procédure pénale et la règle selon laquelle l'enfermement nocturne des détenus ne peut excéder 12 heures dès lors que la durée de l'enfermement nocturne du centre de détention de Toul est de 12 heures 15 : de 18h45 à 7h le lendemain ;
- le directeur de l'établissement ne justifie, ni des modalités spécifiques de fonctionnement de cet établissement, ni de la consultation des personnels de l'établissement sur cette règle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 février 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 13 janvier 2021, M. A, incarcéré au centre de détention de Toul, a demandé au directeur de cet établissement d'abroger de manière partielle le règlement intérieur du centre de détention en tant qu'il méconnaît les règles de l'enfermement nocturne des détenus qui ne peut excéder 12 heures. Par un courrier du 15 janvier 2021, la directrice du centre de détention a refusé de faire droit à sa demande. M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :
2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " l'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. () ".
3. Aux termes, d'autre part, de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale : " Le règlement intérieur type pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaires, comprenant des dispositions communes et des dispositions spécifiques à chaque catégorie, est annexé au présent titre. / Le chef d'établissement adapte le règlement intérieur type applicable à la catégorie dont relève l'établissement qu'il dirige en prenant en compte les modalités spécifiques de fonctionnement de ce dernier. Il recueille l'avis des personnels ". En outre, aux termes de l'article 4 de l'annexe à cet article : " Pendant la journée, les personnes détenues peuvent être réunies pour le travail, les activités physiques et sportives, l'enseignement, la formation professionnelle ou les activités religieuses, culturelles ou de loisirs. / La durée pendant laquelle la personne détenue est enfermée en cellule la nuit ne peut excéder douze heures ".
4. Selon le règlement intérieur du centre de détention de Toul : " la durée pendant laquelle la personne détenue est enfermée en cellule la nuit ne peut excéder douze heures ". L'article 8 du même règlement, relatif à l'emploi du temps des détenus, prévoit en outre que les portes de cellules sont ouvertes de 7h05 à 11h45 et de 13h30 à 19h15. L'enfermement nocturne des détenus, entre 19h15 et 7h05, est donc inférieur à douze heures. La circonstance que l'intéressé réintègre sa cellule à compter de 18h45 est sans incidence sur l'appréciation de la légalité du règlement intérieur aux termes duquel, comme il vient d'être dit, la fermeture des portes n'intervient qu'à 19h15. Le requérant ne peut pas plus utilement soutenir que le directeur de l'établissement ne justifie pas des modalités spécifiques de fonctionnement du centre de détention et qu'il aurait dû consulter les personnels de l'établissement. Par suite, le règlement intérieur du centre de détention de Toul ne méconnaissant pas les dispositions précitées du code de procédure pénale, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de l'abroger sur ce point.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre de détention de Toul a refusé de procéder à l'abrogation partielle du règlement intérieur de l'établissement. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée au directeur du centre de détention de Toul.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Cabecas, conseillère,
- Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 décembre 2022.
Le rapporteur,
L. CLe président,
O. Di Candia
La greffière,
L. BourgerLa République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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