jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2101370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL KNITTEL - FOURAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 mai 2021, le 9 août 2022 et le 18 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Knittel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du président de l'université de Lorraine du 9 mars 2021 portant refus de paiement des heures d'enseignement qu'il a effectuées et, en tant que de besoin, les décisions du 10 décembre 2020, du 11 juin 2020 et du 30 mai 2020 ;
2°) d'enjoindre à l'université de Lorraine de lui payer la somme de 1 749,47 euros à titre de rappel de salaire ;
3°) de mettre à la charge de l'université de Lorraine une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est fondé à solliciter le paiement des 64 heures d'enseignement planifiées dans le logiciel CIEL au 13 mars 2020 dès lors que ces heures ont été validées au titre de son état de service ;
- la " fiche RH disposition générale Crise Coronavirus " prévoit que les heures d'enseignement, telles que planifiées dans le calendrier annuel ADE figé au 13 mars sont réputées faites quel que soit le statut de l'agent concerné ; la problématique de l'empêchement n'est pas visée dans cette fiche ;
- il n'a pas été en mesure d'assurer ses heures d'enseignement pour des raisons techniques totalement indépendantes de sa volonté dès lors que ses enseignements portent sur des travaux pratiqués afférents à des logiciels de gestion commerciale et de comptabilité ; les échanges avec le service informatique démontrent qu'il a tenté en vain de trouver une solution technique ;
Par des mémoires en défense enregistrés le 13 juillet 2022 et le 6 septembre 2022 et par un mémoire enregistré le 1er mars 2023 et non communiqué, l'université de lorraine conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 61-825 du 29 juillet 1961, loi de finances rectificative pour 1961, modifiée par la loi n° 77-826 du 22 juillet 1977 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M C, professeur agrégé d'économie et de gestion, affecté à l'institut universitaire et technologique (IUT) d'Epinal était en charge de l'unité d'enseignement M2102 " technologie de l'information et de la communication 2 " au sein du diplôme universitaire et technologique (DUT) " techniques de commercialisation " prenant la forme de 144 heures de travaux pratiques devant intervenir au second semestre de ce diplôme dont 64 heures étaient planifiées à compter du 13 mars 2020. Par courriel du 14 mai 2020, M. C a sollicité le paiement de ces 64 heures d'enseignement qu'il n'a pu effectuer en raison de la période de confinement. Cette demande a été rejetée par courriel du 30 mai 2020 de la vice-présidente de l'université de Lorraine en charge des ressources humaines et des conditions de travail ainsi que par un courriel du directeur de l'IUT d'Epinal du 11 juin 2020 et par un courrier du président de l'Université de Lorraine du 10 décembre 2020. M. C a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été explicitement rejeté, le 9 mars 2021. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions au fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire ". Aux termes de l'article 4 de la loi de finances rectificative du 29 juillet 1961, complété par la loi du 22 juillet 1977 susvisée : " Le traitement exigible après service fait () est liquidé selon les modalités édictées par la réglementation sur la comptabilité publique. / L'absence de service fait, pendant une fraction quelconque de la journée, donne lieu à une retenue dont le montant est égal à la fraction du traitement frappée d'indivisibilité en vertu de la réglementation prévue à l'alinéa précédent. / II n'y a pas service fait : 1° Lorsque l'agent s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de service ; 2° Lorsque l'agent, bien qu'effectuant ses heures de service, n'exécute pas tout ou partie des obligations de service qui s'attachent à sa fonction telles qu'elles sont définies dans leur nature et leurs modalités par l'autorité compétente dans le cadre des lois et règlements. () ".
3. D'une part, il résulte de ces dispositions que les agents publics n'ont droit au paiement de leur rémunération qu'en contrepartie de l'accomplissement de leur service. D'autre part, le droit de tout agent à percevoir son traitement ne pouvant cesser que si l'absence d'accomplissement de son service résulte de son propre fait, il appartient en conséquence au juge de rechercher si l'absence de service fait par un agent ne résulte pas de la méconnaissance, par l'administration, de l'obligation qui est la sienne de placer ses agents dans une situation régulière et de les affecter, dans un délai raisonnable, sur un emploi correspondant à des fonctions effectives. Le seul fait qu'un agent n'a effectué aucun service tout en percevant son salaire ne place pas l'administration en situation de compétence liée pour procéder à la reprise des rémunérations perçues. Toutefois, dès lors que la décision affectant un agent public sur un emploi correspondant à des fonctions effectives n'a pas le caractère d'une décision manifestement illégale et de nature à compromettre gravement un intérêt public, l'administration a compétence liée pour procéder à la suspension des traitements et indemnités en l'absence de service fait.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C était en charge du module d'enseignement M2102 " technologie de l'information et de la communication 2 " au sein du diplôme universitaire et technologique (DUT) " techniques de commercialisation ". Ce module avait pour objectif d'apprendre l'informatique liée à la gestion commerciale, les étudiants devant être capables de maîtriser un logiciel de tableur, utiliser un traitement de texte comme publipostage et comme outil de communication et d'utiliser l'outil de montage vidéo pour produire de petites séquences. Il prenait la forme de 144 heures de travaux pratiques devant intervenir au second semestre de ce diplôme dont 64 heures étaient planifiées à compter du 13 mars 2020 et correspondait, pour chaque étudiant, à trois séances de travaux dirigés dont une était consacrée à l'apprentissage du logiciel " Ciel comptabilité " et deux à celui du logiciel " Ciel gestion ". En raison de la période de confinement, M. C n'a pas pu assurer ces enseignements en présentiel. Par ailleurs, il n'est pas contesté que l'intéressé n'a mis en œuvre aucun mode alternatif d'enseignement, notamment à distance, qu'il n'a pas contrôlé la présence des étudiants, qu'il n'a pas mis en place de modalités concrètes pour répondre aux questions des étudiants et qu'il n'a pas réalisé d'évaluation de leurs connaissances.
5. En premier lieu, si M. C soutient que les heures d'enseignement litigieuses ont été visées par le directeur de l'IUT d'Epinal, le 17 juin 2020, dans sa fiche de service, cette seule mention d'heures de cours qui n'ont pas été effectivement dispensées n'est pas de nature à écarter l'application des principes rappelés aux point 2 et 3 du jugement. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit commise par l'université doit être écarté.
6. En deuxième lieu, pour contester la décision du président de l'université de Lorraine refusant de lui accorder le paiement de ses 64 heures d'enseignement, M. C soutient que son cours reposait sur un usage des logiciels " Ciel comptabilité " et " Ciel gestion " qui n'étaient pas disponibles dans des versions récentes pour assurer des cours à distance au travers de l'interface de l'université de Lorraine. L'intéressé produit plusieurs courriels desquels il ressort que le service informatique lui a donné des droits sur l'infrastructure virt'UL pour utiliser les logiciels " Ciel compta Evolution " et " Ciel paye Evolution ", dès le 30 mars 2020.
7. Si le requérant soutient que la version du logiciel " Ciel compta " mise à sa disposition était ancienne ce qui l'empêchait d'utiliser les dossiers comptables qu'il utilisait habituellement avec les étudiants, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant était dans l'impossibilité de reconfigurer ses dossiers comptables en les adaptant aux contraintes liées à la version du logiciel mis à sa disposition pour assurer ses enseignements.
8. Par ailleurs, s'il n'est pas contesté que le logiciel " Ciel gestion " n'a pas été mis à la disposition du requérant sur l'interface virt'UL, il ne démontre pas qu'il lui était impossible de mettre en place des substituts d'enseignements prenant notamment la forme de capture d'écran ou de partage d'écran. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à l'impossibilité dans laquelle se trouvait M. C de dispenser ses enseignements doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de la " Fiche RH Dispositions générales - crise coronavirus " du 9 avril 2020 : " () les circonstances exceptionnelles que nous vivons nous obligent à faire preuve d'adaptation et d'agilité dans notre quotidien : () nécessité d'assurer la continuité de nos missions de service public, même si cela suppose un fonctionnement adapté (enseignement à distance () pour les personnels qui enseignent (vacataire, contractuel ou titulaire), les heures d'enseignement, telles que planifiées dans le calendrier ADE figé au 13 mars, seront réputées faites quel que soit le statut de l'agent de l'UL concerné (vacataire, contractuel ou titulaire). Les enseignants, quel que soit leur statut, sont réputés disponibles aux heures planifiées () ".
10. M. C soutient qu'en application des dispositions précitées de la note de service du président de l'université de Lorraine, les 64 heures qui étaient planifiées à compter du 13 mars 2020 devaient lui être payées dès lors qu'aux termes de cette note elles sont réputées faites. Toutefois, si la note litigieuse précise que les heures planifiées dans le calendrier ADE sont réputées faites, elle ajoute que les enseignants de l'université de Lorraine doivent faire preuve d'adaptation afin d'assurer la continuité du service public au travers notamment d'enseignements à distance. Ce faisant, elle n'a pas pour objet d'écarter l'application des principes rappelés aux points 2 et 3 du jugement en déchargeant les enseignants de l'université de toute obligation liée au bon fonctionnement du service mais seulement d'adapter les modalités de computation des heures d'enseignement devant être dispensées pendant le confinement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la fiche RH doit, en tout état de cause être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et M. C étant la partie perdante à l'instance, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'université de Lorraine.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2101370
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026