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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2101538

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2101538

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2101538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSTIENNE-DUWEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 mai 2021 et 8 juillet 2022, la SARL MZ TOUL, représentée par Me Stienne-Duwez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2021 par laquelle le directeur de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi du Grand-Est lui a infligé une amende d'un montant total de 15 000 euros pour non-respect de plusieurs dispositions du code du travail ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la décision du 16 mars 2021 est entachée d'incompétence de son auteur faute de délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le courrier du 2 septembre 2020 ne lui indique pas précisément que le prononcé d'une amende est envisagé à son encontre ni le montant de celle-ci en méconnaissance des dispositions de l'article R. 8115-2 du code du travail ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 8115-4 du code du travail dès lors qu'elle a fait preuve de bonne foi et que la décision ne tient pas compte des difficultés financières auxquelles elle a dû faire face.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 juillet 2021 et 13 juillet 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand-Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,

- et les observations de M. C, représentant la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Grand-Est.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 janvier 2020, à l'occasion du contrôle de ses locaux situés à Toul (Meurthe-et-Moselle), l'inspecteur du travail de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) de la région Grand-Est a constaté différents manquements de la société MZ Toul, qui exerce une activité d'ambulancier et emploie quinze salariés, à ses obligations en matière d'installations sanitaires et de vestiaires. Par une décision du 16 mars 2021, dont la société MZ Toul demande au tribunal l'annulation, le directeur de la DIRECCTE a infligé à la société trois amendes administratives, pour un montant total de 15 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 16 mars 2021 a été signée par Mme E D B, directrice adjointe du travail au sein de la DIRECCTE Grand-Est. Par un arrêté n° 2021-83 du 1er mars 2021, régulièrement publié le 5 mars 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Grand-Est, le directeur de la DIRECCTE Grand-Est a donné délégation à M. A à l'effet de signer notamment les décisions portant sanction administrative pour les manquements aux obligations prescrites à l'article L. 8115-1 du code du travail. Par un arrêté n° 2021-84 du même jour, également publié le 5 mars 2021 au même recueil, M. A a subdélégué sa signature à Mme D B aux mêmes fins. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 16 mars 2021 ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 8115-1 à L. 8115-7 du code du travail, et les dispositions spécifiques relatives à chaque manquement reproché à la société à savoir les articles R. 4228-5 et R. 4228-12 du même code, en précisant le montant des amendes encourues pour chaque manquement et le montant qu'il a été décidé d'infliger à la société. La décision rappelle également que deux contrôles ont été effectués dans les locaux de la société, les 10 décembre 2019 et 14 janvier 2020 et les constats de l'inspecteur du travail en terme de non-respect des obligations relatives aux vestiaires et aux cabinets d'aisance. Elle fait également état de la procédure contradictoire et précise, enfin, les mesures mises en œuvre par la société pour remédier aux manquements. Cette décision comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 8115-10 du code du travail : " Par dérogation à l'article R. 8115-2, lorsque le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi décide de prononcer une amende administrative sur le fondement des articles L. 4751-1 à L. 4754-1 et L. 8115-1 à L. 8115-8, il invite l'intéressé à présenter ses observations dans un délai d'un mois. Ce délai peut être prorogé d'un mois à la demande de l'intéressé, si les circonstances ou la complexité de la situation le justifient. ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 8115-10 du même code que les dispositions de l'article R. 8115-2 ne sont pas applicables dans le cas où des amendes sont prononcées sur le fondement des articles L. 8115-1 à L. 8115-8 du code du travail, ce qui est le cas en l'espèce, les amendes ayant été prononcées sur le fondement de l'article L. 8115-1 du même code. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure soulevé par la société requérante ne peut qu'être écarté comme inopérant. En tout état de cause, la société a été invitée à présenter ses observations par un courrier du 2 septembre 2020, ce qu'elle a d'ailleurs fait le 2 octobre 2020.

6. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 4228-5 du code du travail : " Dans les établissements employant un personnel mixte, des installations séparées sont prévues pour les travailleurs masculins et féminins. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 4228-12 du même code : " Les cabinets d'aisance sont aérés conformément aux règles d'aération et d'assainissement du chapitre II et convenablement chauffés. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 8115-4 du même code : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges. ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 8115-3 du même code : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. () ".

7. D'une part, selon les termes de la décision attaquée, alors que les constats des manquements avaient déjà été effectués lors du premier contrôle de l'inspection du travail, le 10 décembre 2019, la société requérante n'a pris les contacts nécessaires pour remédier aux manquements qu'après le deuxième contrôle survenu le 14 janvier 2020, soit plus d'un mois après la réception, le 13 décembre 2019, de la lettre d'observations des agents de l'inspection du travail. Cette décision mentionne également que le gérant a justifié, par courrier du 2 novembre 2020, avoir effectué les travaux nécessaires pour remédier aux manquements. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société MZ Toul, la décision attaquée tient compte, dans la détermination du montant des amendes qui lui ont été infligées, des circonstances et de la gravité des manquements, du comportement de la société et de sa bonne foi ainsi que ses ressources et ses charges.

8. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société n'a pas fait preuve d'une diligence et d'une réactivité suffisantes pour remédier aux manquements qui lui étaient reprochés dès lors qu'elle n'a obtenu un devis pour la mise en place d'une ventilation dans les cabinets d'aisance, la pose d'un chauffage électrique et la mise en place d'une séparation dans les vestiaires que le 21 janvier 2020 et n'a obtenu un devis pour l'achat de vestiaires supplémentaires que le 21 février 2020, soit près d'un mois avant l'édiction des premières mesures de confinement décidées du fait de l'épidémie de covid-19. En outre, l'ensemble des travaux n'a finalement été réalisé que le 29 octobre 2020, soit plus de dix mois après la première lettre d'observations du 13 décembre 2019. Par ailleurs, la société, qui ne fait pas état de son résultat comptable négatif dans son courrier d'observations du 2 octobre 2020 n'établit pas avoir fait connaître à la DIRECCTE les difficultés financières rencontrées au titre de l'année 2019. Au surplus, les éléments financiers transmis dans le cadre de la présente instance ne permettent pas d'établir la persistance de ces difficultés au titre des années 2020 et 2021. Enfin, il résulte des dispositions précitées que la société encourait une amende d'un montant maximum de 180 000 euros en raison des trois manquements qui lui sont reprochés et qui concernent quinze salariés. Dès lors, en lui appliquant une amende d'un montant de 15 000 euros, soit plus de dix fois moins que le montant maximum encouru, le directeur de la DIRECCTE n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 8115-4 du code du travail.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société MZ Toul n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 mars 2021 par laquelle le directeur de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi du Grand-Est lui a infligé une amende d'un montant total de 15 000 euros pour non-respect de certaines dispositions du code du travail.

Sur les frais du litige :

10. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que demande la société MZ Toul au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par suite, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL MZ Toul est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL MZ Toul et à la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Grand-Est.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Fabas, conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La rapporteure,

L. Fabas

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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