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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2101604

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2101604

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2101604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP LEBON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 juin 2021 et le 22 décembre 2022, la commune de Rogéville, représentée par Me Coissard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 7 avril 2021 par laquelle la DITAM Val de Lorraine s'est déclarée incompétente pour instruire la demande de permission de voirie qu'elle a présentée le 29 mars 2021, ensemble la décision implicite par laquelle le président du département de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de permission de voirie ;

2°) d'enjoindre au président du département de Meurthe-et-Moselle d'instruire à nouveau sa demande ;

3°) de mettre à la charge du département de Meurthe-et-Moselle une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a pas lieu de surseoir à statuer en vue de saisir le juge judiciaire d'une question préjudicielle dès lors que la question de la propriété de la portion de voie ne soulève aucune difficulté sérieuse ;

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

- la décision du 7 avril 2021 ne comporte ni l'indication du nom de son auteur, ni sa signature, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions sont entachées d'une erreur de fait ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 avril et 27 juin 2022 et le 11 janvier 2023, le département de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour statuer sur le présent litige dès lors que la portion de la voie litigieuse située entre le 18 et le 49 Grand Rue à Rogéville appartient à une personne publique et la question du litige ne relève pas de la juridiction judiciaire ;

- les conclusions dirigées contre le courriel du 7 avril 2021, qui ne revêt aucun caractère décisoire et ne fait pas grief, sont irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier en date du 11 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision implicite de refus de permission de voirie du président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle dès lors que ces conclusions sont dirigées contre une décision inexistante.

Par un mémoire enregistré le 16 janvier 2023, la commune de Rogéville a produit des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- les observations de Me Coissard, représentant la commune de Rogéville,

- et les observations de Mme A, représentant le département de Meurthe-et-Moselle.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande déposée le 29 mars 2021, le maire de la commune de Rogéville (Meurthe-et-Moselle) a sollicité du département de Meurthe-et-Moselle la délivrance d'une permission de voirie en vue de procéder au remplacement d'une conduite d'alimentation en eau potable entre le 18 et le 49 de la Grande Rue, à Rogéville. Par un courriel du 7 avril 2021, la DITAM Val de Lorraine, service du département de Meurthe-et-Moselle, a informé le maire de la commune que " ces travaux sont hors du domaine public départemental, la voie est communale, nous ne sommes donc pas concernés ". Par la requête susvisée, la commune de Rogéville demande au tribunal d'annuler la décision en date du 7 avril 2021 par laquelle la DITAM Val de Lorraine s'est déclarée incompétente pour instruire la demande de permission de voirie qu'elle a présentée le 29 mars 2021, ensemble la décision implicite par laquelle la présidente du département de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de permission de voirie.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Par un courriel du 7 avril 2021, le secrétariat de la DITAM Val de Lorraine, qui constitue un service du département de Meurthe-et-Moselle, a informé la commune de Rogéville que la demande de permission de voirie sollicitée par cette dernière ne relevait pas de la compétence du département au motif que la portion de voie concernée par cette demande appartenait au domaine public routier communal. Contrairement à ce que soutient le département de Meurthe-et-Moselle en défense, ce courriel, qui a pour effet de refuser la délivrance d'une autorisation d'occupation du domaine public, constitue, quels qu'en soient ses motifs, une décision faisant grief. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le département de Meurthe-et-Moselle doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation d'une décision implicite de refus de délivrance d'une permission de voirie :

3. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que le courriel du 7 avril 2021 par lequel le secrétariat de la DITAM Val de Lorraine a informé la commune de Rogéville que la demande de permission de voirie sollicitée par cette dernière ne relevait pas de la compétence du département constitue une décision refusant la permission de voirie sollicitée par la commune. Dans ces conditions, aucune décision implicite de rejet née du silence gardé par la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle sur cette demande n'a pu naître postérieurement à l'édiction de cette décision. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées les parties, les conclusions de la commune de Rogéville tendant à l'annulation d'une décision implicite par laquelle le président du département de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de permission de voirie sont dirigées contre une décision inexistante et sont, par suite, irrecevables.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 avril 2021 :

4. D'une part, aux termes de l'article 2111-14 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 1 et affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées ". Aux termes de l'article L. 131-1 du code de la voirie routière : " Les voies qui font partie du domaine public routier départemental sont dénommées routes départementales ". Il résulte de ces dispositions que les voies ouvertes à la circulation publique et qui sont la propriété du département font partie du domaine public routier départemental.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 3221-4 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil départemental gère le domaine du département. A ce titre, il exerce les pouvoirs de police afférents à cette gestion, notamment en ce qui concerne la circulation sur ce domaine, sous réserve des attributions dévolues aux maires par le présent code et au représentant de l'Etat dans le département ainsi que du pouvoir de substitution du représentant de l'Etat dans le département prévu à l'article L. 3221-5 ".

6. Pour rejeter la demande la permission de voirie sollicitée par la commune de Rogéville, la présidente du département de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur la circonstance que la portion de voie objet de cette demande, située Grand Rue à Rogéville, n'appartient pas au domaine public routier départemental.

7. La commune de Rogéville, qui soutient que le département de Meurthe-et-Moselle est propriétaire de la portion de voie litigieuse, se prévaut notamment d'un courrier en date du 23 février 1949, émanant de M. B, ingénieur T.P.E., qui indique : " D'après les renseignements que je possède, le C.D 10/5 existerait déjà dans la traversée de votre village jusqu'à la partie haute de votre village sur une longueur de 230 mètres, la partie vers le cimetière ne serait classée que sur 113 mètres () ". Les indications portées dans ce courrier sont en outre corroborées par un plan établi par M. B, permettant d'établir que le tracé du chemin départemental 10/5, par la suite renommé chemin départemental 10B puis route départementale 10B, prend naissance au carrefour du chemin départemental 10 pour ensuite traverser l'agglomération de Rogéville jusqu'à l'intersection avec la Grand Rue. Il résulte des indications portées sur ce plan qu'à compter de cette intersection, le chemin départemental 10/5, d'une part, se poursuit vers le cimetière communal sur une longueur de 113 mètres et, d'autre part, emprunte le tracé de la Grand Rue sur une longueur de 230 mètres pour s'achever à l'origine du chemin de l'Orme. Par ailleurs, il ressort d'un plan établi en 1971 par les services de la direction départementale de l'équipement à l'occasion de travaux de rénovation de la place de l'Eglise que la Grand Rue y apparaît assortie de la mention entre parenthèses " CD 10B ". Il ressort également des pièces du dossier et en particulier des tableaux de classement des voies communales de la commune de Rogéville établis en 1961 et en 2012 que la Grand Rue ne figure pas au nombre des voies communales appartenant au domaine public routier de la commune. Il ressort enfin des pièces du dossier que par un arrêté du 14 janvier 2016, le président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle a délivré à la commune de Rogéville une permission de voirie en vue de la réalisation de travaux d'assainissement au 36 bis Grand Rue " le long de la RD 10b ". Si le département de Meurthe-et-Moselle se prévaut en défense d'un tableau de 1951 portant nouvelle numérotation des chemins départementaux ainsi que d'un bornage réalisé en 1987 par les services de la direction départementale de l'équipement, ni ces éléments, qui ne donnent aucune indication particulière sur le tracé exact de la RD10B, ni l'extrait de son système d'information routier, ne permettent à eux seuls d'établir, comme le soutient le département, que cette route n'emprunterait pas la Grand Rue et qu'elle se poursuivrait jusqu'au cimetière pour y prendre fin. Enfin, si le département de Meurthe-et-Moselle fait valoir que la permission de voirie délivrée à la commune le 14 juin 2016 pour des travaux situés Grand Rue l'a été par erreur et qu'il en a informé la commune par un courriel du 26 juillet 2019, il ne verse pas ce courriel à l'instance. Dans ces conditions et eu égard à l'ensemble des éléments produits par la commune de Rogéville, le département de Meurthe-et-Moselle doit être regardé comme propriétaire de la portion de voie située Grand Rue à Rogéville. Par suite, la commune de Rogéville est fondée à soutenir que c'est à tort que la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle a refusé d'instruire sa demande de permission de voirie du 29 mars 2021.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la commune de Rogéville est fondée à demander l'annulation de la décision de la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle du 7 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle procède à l'examen de la demande de permission de voirie présentée par la commune de Rogéville dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Meurthe-et-Moselle une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Rogéville et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 avril 2021 de la présidente du département de Meurthe-et-Moselle est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la présidente du département de Meurthe-et-Moselle de procéder à l'examen de la demande de permission de voirie présentée par la commune de Rogéville dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le département de Meurthe-et-Moselle versera à la commune de Rogéville une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Rogéville et au département de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023

Le rapporteur,

R. C Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2101604

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