jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2101702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SIUTRYK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2021, M. A B, représenté par Me Siutryk, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2021 par lequel le président de la région Grand Est lui a infligé la sanction de révocation ;
2°) de mettre à la charge de la région Grand Est le versement de frais irrépétibles dont il appartiendra au tribunal de fixer le montant en équité, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la région Grand Est a engagé la procédure disciplinaire alors qu'aucune faute professionnelle ne pouvait lui être reprochée et qu'il n'avait pas encore été condamné par le tribunal correctionnel pour des faits commis dans la sphère privée, en méconnaissance du principe de la présomption d'innocence ;
- le principe du droit de la défense a été méconnu dès lors qu'il n'a été informé que début janvier 2021 de l'existence de cette procédure engagée dès le mois d'août 2020 ;
- la région Grand Est a orienté les entretiens diligentés dans le cadre de l'enquête administrative dans le but d'instruire à charge ;
- l'arrêté contesté est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation dès lors que les griefs qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;
- les faits qui lui sont reprochés ne peuvent recevoir une qualification disciplinaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2021, la région Grand Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 14 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gottlieb, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, adjoint technique territorial de 1ère classe des établissements d'enseignement au sein de la région Grand Est, exerce les fonctions de cuisinier au sein du lycée D. Par un avis d'information en date du 3 août 2020, les services de la région Grand Est ont été informés par la procureure de la République près le tribunal judiciaire de C de la convocation de M. B à l'audience du 10 novembre 2020 pour y être jugé du chef de corruption de mineur de plus de quinze ans et de ce que l'intéressé faisait l'objet, dans le cadre de son contrôle judiciaire, d'une interdiction d'entrer en contact avec les mineurs et d'exercer une activité professionnelle en lien avec les mineurs. Par un arrêté du 17 août 2020, le président de la région Grand Est a suspendu M. B de ses fonctions à titre conservatoire à compter du 21 août 2020. Par un jugement du 10 novembre 2020 du tribunal correctionnel de C, M. B a été condamné à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis pour des faits de corruption de mineur de plus de quinze ans. Par un arrêté du 9 mars 2021, le président de la région Grand Est a infligé à M. B la sanction de révocation. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le principe de la présomption d'innocence ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité hiérarchique, investie du pouvoir disciplinaire, conduise les investigations nécessaires à l'exercice de ce pouvoir. Dans ces conditions, la région Grand Est a pu sans méconnaître ce principe, décider de diligenter une enquête administrative auprès des collègues de M. B afin de connaître son cadre de travail et éclairer ses services sur son comportement au travail, ses relations avec sa hiérarchie, ses collègues et les usagers de la restauration scolaire, alors même que ce dernier n'avait pas été condamné par le tribunal correctionnel de C. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de la présomption d'innocence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe, n'imposent à l'autorité territoriale d'informer l'agent de l'engagement d'une enquête disciplinaire, qui constitue une phase préalable à l'engagement de la procédure disciplinaire, ni n'impose à ce que cette dernière soit organisée de manière contradictoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les questions qui ont été posées aux collègues de M. B au cours de l'enquête administrative diligentée à son égard auraient été orientées dans le but d'instruire à charge contre le requérant. Par suite, ce moyen doit, en tout état de cause, être écarté.
5. En quatrième lieu, pour décider de prononcer la sanction de révocation à l'encontre de M. Larose, le président de la région Grand Est s'est fondé sur quatre griefs reprochés au requérant : avoir fait preuve d'un comportement inapproprié consistant à consulter, à montrer ou à envoyer depuis son téléphone à ses collègues pendant les heures de service des images, photographies ou vidéos à caractère sexuel ou pornographique ; avoir eu des gestes déplacés à caractère sexuel envers une de ses collègues consistant à lui frôler les fesses à plusieurs reprises ; ne pas consacrer l'intégralité de son temps de travail à la réalisation de ses tâches en faisant pendant son service un usage excessif de son téléphone portable ; avoir fait preuve, dans le cadre d'une affaire de mœurs particulièrement grave survenue dans la sphère privée, d'agissements contraires à l'éthique professionnelle.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de plusieurs témoignages de collègues de M. B recueillis au cours de l'enquête administrative diligentée par la région Grand Est, que l'intéressé envoyait ou montrait à plusieurs d'entre eux, durant le service et de manière récurrente, des images, des photographies ou des vidéos à caractère explicitement sexuel ou pornographique. Contrairement à ce soutient le requérant, les indications concordantes ressortant de ces témoignages permettent de regarder les griefs qui lui sont reprochés comme étant suffisamment établis.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du témoignage du supérieur hiérarchique direct de M. B, corroboré par les attestations émanant d'autres collègues du requérant, que ce dernier consultait son téléphone portable durant son service à raison de plusieurs heures par jour. Si M. B fait valoir que son responsable n'a jamais mis en avant cette problématique dans ses évaluations annuelles et qu'il lui était matériellement impossible d'utiliser son téléphone durant ses heures de travail compte tenu de la nature et de l'importance des tâches qui lui était confiées, ces éléments ne suffisent pas à remettre en cause la matérialité des griefs reprochés au requérant qui doivent ainsi être regardés comme suffisamment établis.
8. Enfin, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 10 novembre 2020 devenu définitif, le tribunal correctionnel de C a déclaré M. B coupable des faits de corruption de mineur de plus de quinze ans et l'a condamné à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis. Les constatations de fait du jugement pénal, qui sont le support nécessaire de son dispositif et sont revêtues de l'autorité absolue de la chose jugée, s'imposent à l'administration comme au juge administratif. M. B ne saurait, dès lors, utilement contester la matérialité desdits faits qui ont motivé la sanction prononcée à son encontre.
9. En revanche, si la région Grand Est fait également grief au requérant d'avoir eu des gestes déplacés à caractère sexuel envers une de ses collègues consistant à lui frôler les fesses à plusieurs reprises, l'unique témoignage émanant de cette collègue, qui est contesté par M. B, ne précise ni le lieu, ni la date des agissements reprochés à l'agent, et n'est corroboré par aucune autre pièce, attestation ou témoignage susceptible d'en confirmer la véracité. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la matérialité de ce grief n'est pas établie.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. () ". Aux termes de l'article 29 de cette loi, alors applicable : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / la radiation du tableau d'avancement ; / l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : / la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à un échelon correspondant à un indice égal ou immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : / la mise à la retraite d'office ; / la révocation. () ".
11. D'une part, le fait pour M. B d'avoir montré ou envoyé depuis son téléphone à ses collègues pendant les heures de service des images, photographies ou vidéos à caractère sexuel ou pornographique et d'avoir fait un usage excessif de son téléphone durant son service constitue un manquement à ses obligations de dignité et de service et présente un caractère fautif. D'autre part, si M. B fait valoir que les faits pour lesquels il a été condamné par le tribunal correctionnel de C se sont déroulés en dehors du service et qu'ils n'ont donné lieu à aucune publicité, ils sont également, compte tenu de leur gravité, de nature à justifier une sanction disciplinaire.
12. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que le président de la région Grand Est aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que les griefs énoncés au point 11 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée reposerait sur des griefs matériellement infondés ni que ceux-ci seraient insusceptibles de recevoir une qualification disciplinaire.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la région Grand Est, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens, alors au surplus que ce dernier n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la région Grand Est et à Me Siutryk.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le rapporteur,
R. Gottlieb Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au préfet de la région Grand Est et préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026