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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2101853

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2101853

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2101853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantENARD-BAZIRE COLLIOU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a été saisi par M. et Mme B d’une demande d’indemnisation et d’injonction contre la communauté d’agglomération de Longwy, en raison de dysfonctionnements du raccordement de leur propriété au réseau d’assainissement collectif. Les requérants invoquaient des fautes du service public industriel et commercial lors des travaux de 2016 et la responsabilité sans faute pour dommages causés par un ouvrage public. Le tribunal a rejeté l’ensemble de leurs conclusions, considérant que les litiges relatifs aux rapports entre un service public industriel et commercial et ses usagers relèvent de la compétence du juge judiciaire. En conséquence, la requête a été rejetée, incluant les demandes d’injonction et celles fondées sur l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2021 et des mémoires complémentaires enregistrés les 1er septembre 2021, 31 octobre et 14 décembre 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Colliou, demandent au tribunal :

1°) de condamner la communauté d'agglomération de Longwy à leur verser une somme de 20 000 euros, assortie des intérêts à compter du 22 avril 2021 en réparation de leur préjudice ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération de Longwy de réaliser les travaux de raccordement au réseau d'assainissement collectif conformes au règlement général d'assainissement et de réaliser et de prendre à sa charge les travaux de mise en conformité du regard situé sur leur propriété ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Longwy la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la juridiction administrative est compétente ;

- les travaux réalisés en 2016, notamment le regard mis en place sur leur propriété, auraient dû donner lieu à un certificat de non-conformité ; le contrôle de l'exécution des travaux était défaillant en l'absence de visite du regard et du collecteur installés ; le technicien a examiné le regard de branchement mais n'a pas vu que l'entrée et la sortie étaient inversées et n'a pas vérifié le trajet de perméabilité vers la partie communale ;

- les travaux réalisés n'étaient pas conformes au règlement général d'assainissement ; le raccordement réalisé par la rue de la Forchette n'était pas fonctionnel et a été bouché à deux reprises depuis l'intervention ; la conduite a été installée en passant par les fonds voisins ;

- des informations erronées leur ont été délivrées ; l'expertise réalisée par l'expert d'assurance a démontré qu'il était possible de réaliser le raccordement sur la rue du 19 mars 1962, sans passer par des propriétés privées sur lesquelles il n'existe pas de servitude de passage ; en ne les informant pas de la possibilité de branchement par la rue du 19 mars 1962, le technicien leur a imposé le branchement existant défectueux par la rue de la Forchette ;

- même sans faute, la communauté d'agglomération est responsable du fait que le branchement se soit trouvé bouché en février 2021, en raison des travaux réalisés en 2016 rue de la Forchette ; les travaux réalisés en avril 2021 n'ont pas davantage rétabli le bon écoulement des eaux usées ; le compte-rendu d'intervention du 4 mars 2021 a été réalisé à la demande de la communauté d'agglomération et de ses services ;

- le préjudice moral, les troubles dans les conditions d'existence et le préjudice financier s'établissent à une somme globale de 20 000 euros ;

- les écritures en défense de la communauté d'agglomération ne sont pas recevables en l'absence d'habilitation de son président à agir en justice ;

- il est nécessaire de réaliser les travaux de raccordement au réseau d'assainissement par la rue du 19 mars 1962 pour faire cesser les nuisances qui nécessitent des interventions régulières pour déboucher le regard en limite de propriété.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 août 2021, 19 août et 21 novembre 2022 et 2 janvier 2023, la communauté d'agglomération de Longwy, représentée par Me Keller, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 2 000 euros au titre des frais d'instance.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Hassan, représentant la communauté d'agglomération de Longwy.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B sont propriétaires depuis 2007 d'une maison d'habitation située au 2b rue du 19 mars 1962 à Mexy (Meurthe-et-Moselle). En 2016, ils ont fait procéder à la suppression de leur installation individuelle d'assainissement et demandé le raccordement au réseau public. L'ancienne installation étant déjà raccordée, le branchement existant a été utilisé et un certificat de conformité leur a été délivré. En février 2021, le système d'évacuation des eaux usées ne fonctionnant plus, il est apparu que le raccordement au réseau public n'était pas effectif. Le 2 avril 2021, M. et Mme B ont mis en demeure la collectivité de procéder aux travaux de raccordement de leur propriété. Les travaux ont été réalisés le 8 avril 2021 à partir de la canalisation existante traversant les fonds voisins jusqu'au collecteur de la rue de la Forchette. Par un courrier du 22 avril 2021, ils ont demandé le raccordement direct de leur propriété sur la rue du 19 mars 1962, aux frais de la communauté d'agglomération, ainsi qu'une indemnité provisoire de 20 000 euros assortie des intérêts. Leur demande ayant été rejetée le 16 juin 2021, ils demandent au tribunal d'engager la responsabilité de la communauté d'agglomération de Longwy aux fins de les indemniser du préjudice subi du fait des fautes commises par le service en charge de l'assainissement lors de la réalisation des travaux de raccordement en 2016, et même sans faute, du fait de l'existence et du fonctionnement d'un ouvrage public, et d'enjoindre à la collectivité de procéder à la réalisation des travaux sollicités.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Eu égard aux rapports de droit privé nés du contrat qui lie le service public industriel et commercial de l'assainissement à ses usagers, les litiges individuels relatifs aux rapports entre ce service et ses usagers relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire. Ainsi, il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître des litiges relatifs à la facturation et au recouvrement de la redevance due par les usagers, aux dommages causés à ces derniers à l'occasion de la fourniture du service, peu important que la cause des dommages réside dans un vice de conception, l'exécution de travaux publics ou l'entretien d'ouvrages publics, ou encore à un refus d'autorisation de raccordement au réseau public. Il n'en va autrement que pour les litiges relatifs aux activités de ce service public qui, telles la réglementation, la police ou le contrôle, se rattachent, par leur nature, à des prérogatives de puissance publique. Il en va de même d'un litige né du refus de réaliser ou de financer des travaux de raccordement au réseau public de collecte, lesquels présentent le caractère de travaux publics, qui relève de la compétence de la juridiction administrative.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales : " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial ". Aux termes de l'article L. 2224-8 du même code : " I. - Les communes sont compétentes en matière d'assainissement des eaux usées. (). II. - Les communes assurent le contrôle des raccordements au réseau public de collecte, la collecte, le transport et l'épuration des eaux usées, ainsi que l'élimination des boues produites. Elles peuvent également, à la demande des propriétaires, assurer les travaux de mise en conformité des ouvrages visés à l'article L. 1331-4 du code de la santé publique, depuis le bas des colonnes descendantes des constructions jusqu'à la partie publique du branchement, et les travaux de suppression ou d'obturation des fosses et autres installations de même nature à l'occasion du raccordement de l'immeuble. Le contrôle du raccordement est notamment réalisé pour tout nouveau raccordement d'un immeuble au réseau public de collecte des eaux usées conformément au premier alinéa de l'article L. 1331-1 du même code et lorsque les conditions de raccordement sont modifiées. A l'issue du contrôle de raccordement au réseau public, la commune établit et transmet au propriétaire de l'immeuble ou, en cas de copropriété, au syndicat des copropriétaires un document décrivant le contrôle réalisé et évaluant la conformité du raccordement au regard des prescriptions réglementaires. La durée de validité de ce document est de dix ans. Le contrôle effectué à la demande du propriétaire de l'immeuble ou du syndicat des copropriétaires est réalisé aux frais de ce dernier et la commune lui transmet ce document dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 1331-1 du code de la santé publique : " Le raccordement des immeubles aux réseaux publics de collecte disposés pour recevoir les eaux usées domestiques et établis sous la voie publique à laquelle ces immeubles ont accès soit directement, soit par l'intermédiaire de voies privées ou de servitudes de passage, est obligatoire dans le délai de deux ans à compter de la mise en service du réseau public de collecte " ; et aux termes de l'article L. 1331-4 du même code : " Les ouvrages nécessaires pour amener les eaux usées à la partie publique du branchement sont à la charge exclusive des propriétaires et doivent être réalisés dans les conditions fixées à l'article L. 1331-1. Ils doivent être maintenus en bon état de fonctionnement par les propriétaires ".

5. M. et Mme B demandent l'engagement de la responsabilité de la communauté d'agglomération de Longwy à raison de fautes commises lors de la suppression de leur installation d'assainissement individuelle en 2016, à l'occasion de la mise en œuvre de ses activités de contrôle, par la délivrance d'informations et d'un certificat de conformité erronés, et dans la réalisation de travaux de raccordement au réseau collectif non conformes au règlement général d'assainissement. En dehors de toute prérogative de puissance publique mise en œuvre par le service compétent, cette demande doit être regardée comme se rattachant à un litige relatif aux rapports entre le service public industriel et commercial de l'assainissement et ses usagers. Par suite, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaitre de ces conclusions.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne l'exception d'irrecevabilité du mémoire en défense :

6. Par délibération en date du 22 juillet 2020, le conseil communautaire de Longwy a accordé à son président une délégation permanente aux fins notamment de défendre l'établissement public dans les actions intentées contre lui. Par suite, les conclusions des requérants tendant à ce que le mémoire en défense enregistré le 13 août 2021 soit écarté des débats doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction de travaux :

S'agissant de la responsabilité pour faute :

7. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures.

8. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision : de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.

9. Il résulte de l'instruction que lorsque les requérants ont procédé à l'enlèvement de leur installation individuelle d'assainissement en 2016, la canalisation implantée sur les fonds voisins reliant le regard implanté sur leur parcelle privative à la rue de la Forchette était déjà utilisée pour l'évacuation du trop-plein de leur installation vers le réseau collectif. S'il est apparu, en février 2021, que le raccordement au collecteur n'était pas effectif, le compte-rendu d'intervention établi le 4 mars 2021 par un agent du gestionnaire du réseau, ne suffit pas pour établir que des travaux auraient été réalisés sur un ouvrage public avant la reprise réalisée le 8 avril 2021. Si les requérants soutiennent que des nuisances ont persisté malgré la réalisation de ces travaux de reprise, il ne résulte pas de l'instruction que le raccordement serait défectueux ni que la persistance de nuisances, à les supposer établies, serait imputable à l'exécution de ces travaux puisque l'entreprise qu'ils ont mandatée les 1er mars et 13 avril 2021 avait déjà relevé que le regard situé sur leur parcelle privative présentait un filet d'eau de sortie inférieur à celui d'arrivée, faisant obstacle à une évacuation normale vers le réseau collectif. Il suit de là que M. et Mme B ne sont pas fondés à engager la responsabilité de la communauté d'agglomération de Longwy à raison d'une faute commise dans l'exécution de travaux publics.

S'agissant de la responsabilité sans faute :

10. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

11. En l'espèce, M. et Mme B, qui bénéficient de l'installation de raccordement au réseau collectif, n'ont pas la qualité de tiers à cet ouvrage et ne peuvent utilement invoquer le régime de la responsabilité sans faute résultant de l'existence ou du fonctionnement d'un ouvrage public. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que la communauté d'agglomération de Longwy serait tenue de procéder, même sans faute, à la réparation des dommages dont ils s'estiment victimes.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B tendant à l'indemnisation de leurs préjudices et à ce qu'il soit enjoint à la communauté d'agglomération de Longwy de procéder à des travaux de raccordement sur la rue du 19 mars 1962 doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. M. et Mme B verseront à la communauté d'agglomération de Longwy une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, en revanche, de faire droit aux conclusions de M. et Mme B présentées sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions tendant à ce que la communauté d'agglomération de Longwy indemnise le préjudice de M. et Mme B à raison des fautes commises à l'occasion de ses activités de contrôle et de la réalisation de travaux de raccordement au réseau collectif en 2016 sont rejetées comme étant présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme B est rejeté.

Article 3 : M. et Mme B verseront à la communauté d'agglomération de Longwy une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la communauté d'agglomération de Longwy est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à la communauté d'agglomération de Longwy.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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