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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2101920

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2101920

jeudi 25 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2101920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n°2101919 le 1er juillet 2021, M. D C, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 30 avril 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'enregistrer sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

5°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité d'accompagnant de malade et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un récépissé :

- le préfet a commis une erreur de fait et une erreur de droit dès lors que son dossier était complet ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet n'établit pas avoir saisi le collège de médecins de l'OFII avant de prendre la décision contestée ;

- la décision méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 et les dispositions de l'article L. 313-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale ;

En ce qui concerne la décision refusant l'enregistrement de la demande de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet ne pouvait opposer un refus d'enregistrement alors qu'une décision implicite de rejet est née ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait exiger un justificatif de nationalité de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut à l'irrecevabilité de la requête.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2021.

Un mémoire produit pour M. C après la clôture n'a pas été communiqué.

II. Par une requête enregistrée sous le n°2101920 le 1er juillet 2021, Mme E, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 30 avril 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'enregistrer sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

5°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité d'accompagnante de malade et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soulève les mêmes moyens que M. C.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2021.

Un mémoire présenté pour Mme A après la clôture n'a pas été communiqué.

Les parties ont été informées par des courriers du 1er juillet 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les refus implicites de titre de séjour et de délivrance de récépissés de demandes de titres de séjour comme étant des décisions inexistantes.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Jeannot, représentant M. C et Mme A ;

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen et Mme A, ressortissante sierra-léonaise, sont entrés en France, pour y solliciter l'asile. La demande d'asile de Mme A a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 24 février 2020 et celle de M. C le 14 décembre 2020. Le 30 novembre 2020, M. C et Mme A ont présenté une demande de délivrance de titre de séjour en qualité de parents d'enfant malade. Par une décision du 30 avril 2021, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle les a informés du caractère incomplet de leur demande. Considérant qu'une décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour est née du silence du préfet, les requérants en demandent l'annulation ainsi que l'annulation du refus implicite de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour.

2. Les requêtes nos 2101919 et 2101920 concernent la situation de membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

4. M. C et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 2 août 2021. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur leur demande tendant à les admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus d'enregistrement :

5. En premier lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11, ou à l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée (). Et aux termes de l'article R. 311-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Pour l'application de l'article L. 311-12, l'étranger présente à l'appui de sa demande, outre les pièces prévues aux articles R. 311-2-2 et R. 311-31 : 1° Les documents justifiant de l'état civil et de la nationalité de l'étranger mineur ; 2° Un justificatif de domicile ; 3° L'acte de naissance du mineur comportant l'établissement du lien de filiation ou la décision judiciaire portant délégation de l'autorité parentale sur l'étranger mineur prononcée par une juridiction étrangère ou française ; () ".

7. Il est constant que M. C et Mme A n'ont produit, à l'appui de leur demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parents d'enfant malade, aucun justificatif de la nationalité de leur enfant et n'établissent pas, par les pièces produites, qu'ils étaient dans l'impossibilité de produire cet élément. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet de Meurthe-et-Moselle a considéré que la demande des requérants était incomplète et a pu refuser son enregistrement.

En ce qui concerne la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé :

8. Aux termes de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce récépissé est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 311-10, de l'instruction de la demande ". Aux termes de l'article R. 311-2-2 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants ". Il résulte de ces dispositions, qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le dossier de demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parents d'enfant malade, présenté par M. C et Mme A, était incomplet. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que le préfet de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de leur délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour :

10. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le 30 novembre 2020, M. C et Mme A ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parents d'enfant malade. Par un courrier du 30 avril 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle les a informés que leur dossier de demande de délivrance d'un titre de séjour était incomplet en l'absence d'indications relatives à la nationalité de leur enfant et les invitait à compléter leur dossier. Les requérants n'établissent pas avoir déposé un dossier complet. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du préfet leur refusant le séjour en France, sont dirigées contre une décision inexistante et sont ainsi irrecevables. Les conclusions d'annulation ne peuvent par conséquent qu'être rejetées.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

12. En application de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré dans les cas suivants : 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable ". L'article 51 précise que : " Le retrait est prononcé par le bureau qui a accordé l'aide juridictionnelle, excepté dans le cas mentionné au 4° de l'article 50, où il est prononcé par la juridiction saisie ". En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'irrecevabilité manifeste de leur requête, de retirer à M. C et Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à admettre provisoirement M. C et Mme A à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. C et à Mme A.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme E, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 août 2022.

La rapporteure,

C. B

Le président,

D. Marti Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2101919 et 2101920

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