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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102006

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102006

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 1)
Avocat requérantSCP CROUVIZIER-BANTZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2021, Mme C D, représentée par Me Crouvizier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 7 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 30 septembre 2017 (3 points), 20 février 2020 (3 points) et 14 mars 2021 (3 points) ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, d'une part, de lui restituer 4 points après le stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'elle a suivi et, d'autre part, de lui restituer son permis de conduire et de rétablir les points irrégulièrement retirés dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre une somme de 2 400 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision référencée 48 SI en litige a été signée par une autorité incompétente ;

- les informations préalables obligatoires prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été communiquées préalablement aux décisions de retrait de points récapitulées dans la décision 48 SI ;

- aucun point ne lui a été restitué à la suite du stage qu'elle a volontairement suivi les 17 et 18 septembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le solde de points de Mme D étant redevenu positif suite à la réception de l'attestation de suivi de stage de l'intéressée, la décision 48 SI a été retirée ;

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour exercer les fonctions de rapporteure publique, en application des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Crouvizier, représentant Mme D, qui reprend les conclusions et moyens de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48 SI du 7 avril 2021, le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité du permis de conduire de Mme D pour solde de points nul. Mme D demande l'annulation de cette décision et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 30 septembre 2017 (3 points), 20 février 2020 (3 points) et 14 mars 2021 (3 points).

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions portées sur le relevé d'information intégral produit par le ministre en défense, que, par une décision du 6 avril 2021 enregistrée dans le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de l'intéressée le 6 août 2021, 4 points ont été restitués au capital de point du permis du conduire de Mme D à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'elle a suivi les 17 et 18 septembre 2020. Dans ces conditions, la décision 48 SI du 7 avril 2021 ne figure plus sur ce relevé et est réputée avoir été retirée. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision 48 SI du 7 avril 2021 ainsi que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de procéder à la restitution de ces points ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". Aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Enfin, aux termes de l'article R. 223-3 de ce code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ".

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

5. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale en vigueur à la date des infractions litigieuses, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

6. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de Mme D que les infractions commises les 30 septembre 2017, 20 février 2020 et 14 mars 2021, constatées par procès-verbal électronique, ont donné lieu au paiement différé, par l'intéressée, des amendes forfaitaires correspondantes. Mme D, qui ne conteste pas ces éléments, ne démontre pas s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet. Par suite, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers la requérante de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende pour ces trois infractions.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 30 septembre 2017 (3 points), 20 février 2020 (3 points) et 14 mars 2021 (3 points) doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48 SI du 7 avril 2021.

Article 2 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La magistrate désignée,

J. B

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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