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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102033

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102033

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantLEHMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 juillet 2021 et le 27 avril 2022, M. B A, représenté par Me Lehmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 21 janvier 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Seille et Grand Couronné a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du secteur Grand Couronné, ensemble la décision du 14 mai 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Seille et Grand Couronné une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision expresse de rejet de son recours gracieux et la délibération du 21 janvier 2021 sont entachées d'une erreur de fait ;

- le classement de la parcelle cadastrée section ZT n° 72 en zone Nv est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ce classement entre en contradiction avec le projet d'aménagement et de développement durables ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2021, la communauté de communes Seille et Grand Couronné, représentée par Me Luisin, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- les observations de Me Lehmann, représentant M. A,

- et les observations de Me Luisin, représentant la communauté de communes Seille et Grand Couronné.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 21 janvier 2021, le conseil communautaire de la communauté de communes Seille et Grand Couronné a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du secteur Grand Couronné. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal d'annuler cette délibération, ensemble la décision du 14 mai 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section ". Aux termes de l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

4. Le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du plan local d'urbanisme intercommunal du secteur Grand Couronné fixe, au sein de l'orientation n° 1 " renforcer et développer l'attractivité et les dynamiques socio-économiques enregistrées sur le Grand Couronné ", un objectif de création d'une offre nouvelle de logements devant intégrer " une réflexion sur la notion de densité, de forme urbaine et d'intégration des futures constructions à leur environnement " consistant à travailler sur " des formes urbaines peu consommatrices d'espace et favorisant les densités édictées par le SCoT Sud 54 tout en veillant à l'intégration des programmes de constructions de logements " et à " donner la priorité à l'optimisation des possibilités de construction à l'intérieur de l'enveloppe urbaine avant d'envisager les extensions à l'urbanisation hors des enveloppes urbaines ". L'orientation n° 2 du PADD " maintenir l'identité du territoire du Grand Couronné au travers de la mise en valeur du paysage et du cadre de vie et la protection de l'environnement " vise en outre à préserver les éléments constitutifs de la trame verte et bleue du territoire du Grand Couronné, notamment composés de " secteurs de nature ordinaire tels que les vergers, les prairies alluviales et les massifs forestiers ", et à fixer un objectif de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain.

5. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section ZT n° 72 située sur le territoire de la commune de Bouxières-aux-Chênes et appartenant à M. A a été classée en partie en zone Nv, correspondant à des secteurs de vergers, et pour partie en zone N. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, et notamment du courrier du 14 mai 2021 par lequel le vice-président en charge de l'urbanisme de la communauté de communes a rejeté le recours gracieux de M. A, que le classement de cette parcelle est justifié par la circonstance que son accès n'était pas adapté ni calibré au niveau de la voirie et qu'il nécessiterait " d'importants et couteux travaux " pour la commune. Si M. A soutient que ce classement serait entaché d'une erreur de fait dès lors que rien ne distinguerait cette parcelle des parcelles voisines cadastrées section ZT nos 73 et 74 pour ce qui concerne le calibrage de la voirie, il ressort toutefois des pièces du dossier et en particulier des photographies aériennes produites que la parcelle en cause est desservie par un chemin d'exploitation non carrossable. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que cette parcelle serait desservie par les réseaux, alors même qu'elle se situe à proximité d'une parcelle comportant une maison d'habitation. Si M. A se prévaut des dispositions de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme permettant à l'autorité qui délivre une autorisation d'urbanisme d'exiger, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, ni la circonstance que le pétitionnaire serait susceptible de prendre en charge financièrement la réalisation des travaux de voirie et de raccordement aux réseaux de la parcelle en cause à l'occasion de la délivrance d'une autorisation d'urbanisme, ni celle que d'autres parcelles de la commune qui ne sont desservies ni par la voire ni par les réseaux ont été classées en zone UB par le plan local d'urbanisme litigieux, ne sont de nature à entacher le classement litigieux d'une erreur de fait quant à la desserte de la parcelle cadastrée section ZT n° 72 par les voies et réseaux.

6. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et en particulier des plans et photographies aériennes produites que la parcelle cadastrée section ZT n° 72 présente un caractère naturel et ne comporte aucune construction. Si cette parcelle est bordée à l'est de parcelles classées partiellement en zone UB et au sud par une parcelle comportant une maison d'habitation, elle est néanmoins située dans un secteur éloigné du centre-bourg, en limite d'urbanisation de la commune, et s'ouvre au nord, à l'ouest, et au sud-ouest, sur de vastes zones naturelles en partie boisées, également classées en zone naturelle par le plan local d'urbanisme contesté. En outre, et contrairement à ce que soutient M. A, ce classement n'entre pas en contradiction avec l'orientation du PADD tendant à conforter le maillage urbain autour des polarités principales que constituent les communes de Champenoux et de Bouxières-aux-Chênes en concentrant l'offre nouvelle de logements sur ces deux communes, ni avec celle tendant à donner la priorité à l'optimisation des possibilités de construire à l'intérieur de l'enveloppe urbaine avant d'envisager les extensions à l'urbanisation, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que c'est précisément pour limiter l'extension hors de l'enveloppe urbaine que les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu maintenir la parcelle litigieuse en zone naturelle. Dans ces conditions, et eu égard aux caractéristiques de la parcelle et au parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme, et nonobstant la circonstance que ces derniers auraient dans un premier temps envisagé de la classer pour partie en zone UB, M. A n'est pas fondé à soutenir que le classement litigieux serait entaché d'une erreur manifeste ou fondé sur des faits matériellement inexacts.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires () ". Il résulte de ces dispositions que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller municipal intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec ceux de la généralité des habitants de la commune, est de nature à en entraîner l'illégalité. De même, sa participation aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption d'une telle délibération est susceptible de vicier sa légalité, alors même que cette participation préalable ne serait pas suivie d'une participation à son vote, si le conseiller municipal intéressé a été en mesure d'exercer une influence sur la délibération. S'agissant d'une délibération déterminant des prévisions et règles d'urbanisme applicables dans l'ensemble d'une commune, la circonstance qu'un conseiller municipal intéressé au classement d'une parcelle ait participé aux travaux préparatoires et aux débats précédant son adoption ou à son vote n'est de nature à entraîner son illégalité que s'il ressort des pièces du dossier que, du fait de l'influence que ce conseiller a exercée, la délibération prend en compte son intérêt personnel.

8. Il ressort des pièces du dossier qu'un conseiller municipal résidant dans le voisinage immédiat de la parcelle appartenant à M. A a, lors de l'enquête publique, formulé une observation tendant à ce que les parcelles cadastrés sections ZT nos 70, 71, 72, 73, et 74 soient classées en zone N. Une telle circonstance n'est toutefois par de nature à faire regarder cet élu comme " personnellement intéressé " à l'adoption du plan local d'urbanisme au sens des dispositions de l'article L. 2131-11 précité dès lors que ces observations, qui portaient sur la nécessité de préserver cette zone au regard de ses caractéristiques naturelles et les risques d'accident pour les usagers de la rue adjacente susceptibles d'être induits par l'ouverture à l'urbanisation de cette zone, ne permettent pas de le regarder comme ayant manifesté un intérêt personnel distinct de celui de la généralité des habitants. Par ailleurs, si M. A soutient qu'à l'issue de l'enquête publique, la commune de Bouxières-aux-Chênes a été associée au réexamen du zonage de ce secteur, il ne ressort pas des pièces du dossier que le conseiller municipal en cause aurait participé, même de manière indirecte, à ce réexamen. Il ressort enfin des pièces du dossier que l'intéressé n'est pas membre du conseil communautaire qui a approuvé le plan local d'urbanisme en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement en zone Nv d'une partie de la parcelle cadastrée section ZT n° 72 aurait été décidé dans le but de favoriser l'intérêt privé du conseiller municipal habitant à proximité immédiate de cette parcelle. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la communauté de communes Seille et Grand Couronné qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté de communes Seille et Grand Couronné.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

R. C Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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