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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102121

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102121

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSOCIÉTÉ D'AVOCATS LARZUL-BUFFET-LE ROUX & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2021, M. A C, représenté par Me Mlekuz, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception 2021-220-1660 du 4 mai 2021 par lequel le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours de Meurthe-et-Moselle a mis à sa charge une somme de 7 512,62 euros ;

2°) de mettre à la charge du service départemental d'incendie et de secours de Meurthe-et-Moselle une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre exécutoire méconnaît les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dès lors que la qualité du signataire du titre n'y est qu'incomplètement mentionnée ;

- les bases de la liquidation ne sont pas indiquées en méconnaissance de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ou à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation : la prescription biennale prévue par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, qui ne pouvait être interrompue par son recours contentieux, s'oppose à la récupération de la somme en litige se rattachant à des indemnités perçues de juillet 2016 à juillet 2018.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, le service départemental d'incendie et de secours de Meurthe-et-Moselle, représenté par Me Zillig, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 26 juin 2018, M. C, sergent avec appellation de sergent-chef, a été informé de la décision du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Meurthe-et-Moselle de mettre fin, à compter du 9 mai 2018, au versement du régime indemnitaire dont il bénéficiait et de procéder à la récupération du montant perçu à ce titre depuis le mois de juillet 2016 pour un montant de 20 708,04 euros. Un titre exécutoire a été émis le 2 août 2018 aux fins de recouvrement de cette même somme et le 9 octobre 2018, le SDIS a rejeté le recours gracieux formé par M. C contre la décision du 26 juin 2018 et la réclamation indemnitaire préalable de celui-ci. Par un jugement nos 1802679 et 1803396 du 30 septembre 2020, le tribunal administratif de Nancy a annulé le titre exécutoire du 2 août 2018, a ramené la somme due par M. C à 8 579,54 euros bruts et a condamné le SDIS de Meurthe-et-Moselle à verser au requérant la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice subi. Le SDIS a émis un nouveau titre de perception en date du 4 mai 2021 aux fins de recouvrer la somme de 7 512,62 euros nets. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de ce titre exécutoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doit mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur.

3. Il résulte de l'instruction que le titre de recettes individuel en litige mentionne les nom et prénom de son auteur, B Gauthier, et précise sa qualité de président du conseil d'administration. Si le requérant soutient que, en l'absence de précision quant à l'administration représentée par M. B, cette mention est insuffisante pour identifier avec précision l'émetteur du titre, il résulte toutefois de l'instruction que le titre exécutoire en litige comporte la mention " SDIS 54 " à deux reprises. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". En application de cette règle, doivent être indiqués soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels l'ordonnateur se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge du redevable.

5. Le titre de perception du 4 mai 2021 en litige indique qu'il porte " application du jugement du 30 septembre 2020, joint " et renvoie à un " bulletin de simulation période juillet 2018, joint ". Si M. C soutient que le titre reçu n'était pas accompagné de ces deux documents, il n'apporte aucun élément susceptible de l'établir, faute notamment de faire état des diligences qu'il a accomplies pour obtenir communication des documents manquants. Par ailleurs, il n'est pas contesté que ces documents permettaient à l'intéressé de connaître l'origine de la créance et de vérifier, le cas échéant, l'exactitude de son montant. Ainsi, le moyen, tiré de ce que le titre exécutoire n'indiquerait pas les bases de liquidation de la créance, doit être écarté.

6. En troisième lieu, M. C soutient que les sommes indûment versées par l'administration entre juillet 2016 et juillet 2018 étaient atteintes par la prescription biennale dont les principes s'opposaient à ce que la créance de l'administration puisse être répétée postérieurement au jugement rendu le 30 septembre 2020 par le tribunal administratif de Nancy.

7. D'une part, l'annulation par une décision juridictionnelle d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme ou de l'incompétence de son auteur n'implique pas nécessairement que les sommes perçues par l'administration sur le fondement du titre ainsi dépourvu de base légale soient immédiatement restituées à l'intéressé, dès lors qu'il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

8. D'autre part, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / () ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée.

10. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de cet article 37-1 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil.

11. Il résulte des principes dont s'inspirent les dispositions des articles 2241 et 2242 du code civil, tels qu'applicables aux rapports entre une personne publique et un de ses agents, qu'un recours juridictionnel, quel que soit l'auteur du recours, interrompt le délai de prescription et que l'interruption du délai de prescription par cette demande en justice produit ses effets jusqu'à l'extinction de l'instance.

12. Il résulte de l'instruction que la prescription biennale prévue par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 a été interrompue par le courrier du 26 juillet 2018 par lequel le président du SDIS de Meurthe-et-Moselle a informé M. C de ce qu'il devait rembourser la somme de 20 708,04 euros bruts en raison du versement indu de primes et indemnités entre juillet 2016 et juillet 2018, puis par l'émission d'un titre exécutoire le 2 août 2018. En vertu des principes rappelés aux points 7 à 11 du présent jugement, l'introduction par M. C de requêtes les 2 octobre et 13 décembre 2018 contre ces décisions a de nouveau interrompu le délai de prescription qui n'a recommencé à courir que le 30 septembre 2020, date à laquelle le tribunal administratif de Nancy a annulé ce premier titre exécutoire pour défaut de mention de la qualité de l'émetteur du titre. Le SDIS de Meurthe-et-Moselle a émis un nouveau titre exécutoire le 4 mai 2021, soit avant l'expiration, le 30 septembre 2022, du délai de prescription biennale courant à compter du prononcé du jugement. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la créance en litige est prescrite.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation du titre de perception émis le 4 mai 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SDIS de Meurthe-et-Moselle, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le SDIS de Meurthe-et-Moselle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera au SDIS de Meurthe-et-Moselle une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions du SDIS de Meurthe-et-Moselle présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au service départemental d'incendie et de secours de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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