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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102285

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102285

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantBOULANGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 5 août 2021 sous le n° 2102284, M. A B, représenté par Me Boulanger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 2 juin 2021 par lequel le préfet des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

Il soutient que :

- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2022, le préfet des Vosges conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 8 octobre 2021.

II- Par une requête enregistrée le 5 août 2021sous le n° 2102885, Mme D C, représentée par Me Boulanger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 2 juin 2021 par lequel le préfet des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

Elle soutient que :

- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2022, le préfet des Vosges conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 8 octobre 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durand, rapporteur ;

- et les observations de M. B et de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 10 juin 1982, et Mme D C épouse B, née le 3 mai 1983, tous deux de nationalité albanaise, sont entrés en France le 27 décembre 2017. Le bénéfice de l'asile leur a été refusé le 13 avril 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 28 novembre 2018 par la Cour nationale du droit d'asile. Ils ont sollicité une demande de réexamen le 6 février 2019, rejetée le 28 février suivant par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par deux arrêtés du 26 mars 2019, ils ont fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont ils ont la nationalité, décisions confirmées par jugement du tribunal administratif de Nancy en date du 28 mai 2019. Par deux arrêtés du 10 septembre 2019, le préfet des Vosges leur a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par courrier reçu le 16 mars 2021, les intéressés ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement des articles L. 421-3, L. 425-10 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 2 juin 2021, le préfet des Vosges a rejeté leurs demandes. Par leurs requêtes, qu'il convient de joindre, les intéressés demandent au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Les requérants ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 8 octobre 2021, leurs demandes d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont sans objet, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ". En vertu des dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du même code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionné au 2° de l'article L. 5221-2 () ". Enfin selon l'article R. 5221-15 de ce code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation un contrat visé par les services en charge de l'emploi.

4. Si M. B, qui a déposé une demande de titre de séjour en qualité de d'ouvrier d'exécution, a produit auprès des services préfectoraux, le 25 janvier 2021, une promesse d'embauche de la SARL ALB bardage, il ne ressort pas des pièces du dossier que son futur employeur ait transmis au préfet une demande d'autorisation de travail pour un salarié étranger. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, sont inopérants, devant le juge de l'excès de pouvoir, les moyens de légalité interne qui, sans rapport avec la teneur de la décision, ne contestent pas utilement la légalité des motifs et du dispositif de la décision administrative attaquée. Il ne ressort ni des pièces des dossiers, ni des termes des décisions attaquées, que les requérants aient sollicité leur admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces des dossiers que M. B et Mme C sont entrés en France le 27 décembre 2017. S'ils font état de la durée de leur séjour en France, de leurs efforts d'intégration et de la circonstance que M. B bénéficie d'une promesse d'embauche, la durée de leur séjour en France est justifiée pour partie par le refus des intéressés d'exécuter de précédentes mesures d'éloignement prises à leur encontre. Les intéressés ne soutiennent pas, par ailleurs, être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine, l'Albanie, où ils ont vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre et de trente-cinq ans. Par suite, compte tenu notamment de la durée et des conditions de séjour des requérants en France, les décisions attaquées, au regard des buts qu'elles poursuivent, ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il convient également d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". Lorsque le préfet se prononce sur la possibilité de délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il examine l'existence de difficultés de recrutement dans les métiers dits " en tension " parmi les éléments tels que la qualification, l'expérience, les diplômes, la situation personnelle de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi postulé, sur lesquels il fait porter son appréciation, pour déterminer s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance à titre exceptionnel d'une carte de séjour temporaire en qualité de salarié.

9. S'il ressort des pièces des dossiers que les requérants ont vécu en France pendant près de cinq ans et que M. B dispose d'une promesse d'embauche en qualité d'ouvrier du bâtiment, ces circonstances ne constituent, en l'espèce, ni un motif humanitaire ni un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens des dispositions précitées alors, au demeurant, que les requérants ont résidé en France de nombreuses années en situation irrégulière, qu'ils ne démontrent pas avoir sur le territoire français d'autres attaches familiales que leurs enfants, et qu'ils ne soutiennent pas être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine. Par suite, nonobstant leurs efforts d'intégration, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que les requérants ne remplissaient pas les conditions pour obtenir la délivrance de plein droit d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que le préfet a entaché ses décision d'un vice de procédure en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais des instances :

13. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans les présentes instances.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. B et Mme C.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Mme D C et au préfet des Vosges.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. MartiLe greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet des Vosges, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N° 2102284, 2102285

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