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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102452

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102452

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 août 2021, M. A D, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 avril 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Martin, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Martin s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 avril 2022.

Des pièces ont été produites pour M. D, le 28 avril 2022, et n'ont pas été communiquées.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant albanais né le 10 mars 1986, serait entré en France le 27 septembre 2019, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 30 octobre 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 22 janvier 2021. Par un arrêté du 7 janvier 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 11 mars 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a annulé cette décision. Le 4 janvier 2021, M. D a sollicité une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur. Par une décision du 30 avril 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour. M. D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, par un arrêté n°21.BCl.05 du 29 mars 2021, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le 30 mars suivant, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. I C, directeur de la citoyenneté et de l'action locale, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus d'admission au séjour, ainsi que, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci et de l'absence de Mme H B, à Mme G F, cheffe du bureau du séjour régulier. Par suite, Mme F était compétente pour signer la décision en litige et le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, l'invite à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 511-4, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". Aux termes de l'article D. 311-3-2 du même code : " Pour l'application de l'article L. 311-6, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné au 11° de l'article L. 313-11, ce délai est porté à trois mois ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été informé, le 3 octobre 2019, de ce qu'il disposait d'un délai de trois mois pour présenter, s'il s'y estimait fondé, une demande d'admission au séjour pour des raisons de santé. Il disposait ainsi d'un délai expirant le 3 janvier 2020 pour présenter une telle demande. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant souffre de troubles psychiatriques et qu'il a été hospitalisé du 6 au 8 novembre 2019, ces seuls éléments ne constituent pas des circonstances nouvelles liées à son état de santé de nature à justifier qu'il n'était pas en mesure de présenter sa demande de titre de séjour avant le 3 janvier 2020. Dans ces conditions, le préfet n'a pas inexactement apprécié sa situation en estimant que la demande reçue par les services de la préfecture le 4 janvier 2021 avait été présentée hors du délai prévu par l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en rejetant, pour ce motif, sa demande de titre de séjour.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la décision du 30 avril 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- M. Denizot, premier conseiller,

- Mme Cabecas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

L. ELe président,

O. Di Candia

La greffière

L. BourgerLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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