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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102575

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102575

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP LAGRANGE - PHILIPPOT- CLEMENT-ZILLIG-VAUTRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2021 et un mémoire en réplique enregistré le 8 novembre 2021, l'association cynégétique du Pérotin, représentée par Me Duchet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du conseil d'administration de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle en date du 26 avril 2021 arrêtant la liste des territoires de chasse concernés par la " surtaxe " au titre du financement des dégâts de grand gibier ;

2°) d'annuler la décision du 3 mai 2021 par laquelle le président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle lui a notifié l'application de la " surtaxe " au massif sur lequel elle exerce le droit de chasse ;

3°) de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître de ce litige ;

- sa requête est recevable ;

- la décision du 3 mai 2021 est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de faits ;

- elle est privée de base légale en tant qu'elle se fonde sur une délibération du conseil d'administration de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle du 26 avril 2021 qui est elle-même illégale ;

- la délibération du 26 avril 2021 du conseil d'administration est entachée d'incompétence, la fédération départementale des chasseurs ne disposant pas du pouvoir de prononcer une sanction contre certains territoires regardés comme " fauteurs de troubles " ;

- la délibération est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en méconnaissance des dispositions du IV de l'article L. 421-8 du code de l'environnement et de l'article 3 de l'arrêté du 11 février 2020 portant modèle de statuts des fédérations départementales des chasseurs qui prévoient que les montants des cotisations et contributions doivent être votés et fixés par l'assemblée générale de la fédération départementale des chasseurs, en l'espèce le montant de la surtaxe a été fixé par le conseil d'administration ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 426-5 du code de l'environnement qui ne permet pas au conseil d'administration de créer une " surtaxe " ;

- le choix de " surtaxer " le territoire de chasse de l'association cynégétique du Pérotin est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas établi que la forêt domaniale de Moyeuvre soit particulièrement touchée par les dégâts de grands gibiers, qu'elle ne peut être tenue pour responsable des dégâts causés sur des territoires limitrophes sur lesquels elle n'a pas l'autorisation de chasser, que la sanction est discriminatoire puisqu'elle ne porte pas sur les associations de chasse communales et que le massif 9 n'a fait l'objet d'aucune " surtaxe " alors qu'il est l'un des plus touchés par les dégâts causés par les grands gibiers.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2021, et des mémoires complémentaires enregistrés les 16 mars, 26 avril et 4 novembre 2022, la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle, représentée par Me Zillig, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'association cynégétique du Pérotin d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;

- l'intervention de l'Office national des forêts est irrecevable et, subsidiairement, mal fondé.

Par un mémoire en intervention enregistré le 12 avril 2022, l'Office national des forêts (ONF) demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du conseil d'administration de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle du 26 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle de lui rembourser l'intégralité des sommes perçues en application de la surtaxe litigieuse ;

3°) de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son intervention est recevable ;

- la délibération contestée est entachée d'un vice de procédure en ce que la proposition de cotisation n'a pas fait l'objet d'une délibération du conseil d'administration, régulièrement réuni avec le quorum requis, en méconnaissance du IV de l'article L. 421-8 du code de l'environnement et des articles 3 et 7 des statuts de la fédération départementale des chasseurs ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'assemblée générale a été convoquée dans des conditions méconnaissant l'article 11 des statuts de la fédération ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation, en méconnaissance de l'article

L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par l'article

L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est dépourvue de base légale, les dispositions de l'article 3 du statut de la fédération ne lui donnant pas compétence pour appliquer une " surtaxe " pour sanctionner le comportement de certains de ses adhérents ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne les lots du massif A4 loués par l'association requérante.

Par un courrier en date du 7 novembre 2023, les parties ont été informées, conformément à l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions propres présentées par l'ONF et tendant à la condamnation de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle à lui rembourser l'intégralité des sommes perçues en application de la délibération contestée.

Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été enregistrées pour la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle le 7 novembre 2023.

Par un courrier en date du 14 novembre 2023, les parties ont été informées, conformément à l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions dirigées contre le courrier en date du 3 mai 2021 du président de la fédération départementale des chasseurs, qui se rattache au fonctionnement interne d'un organisme de droit privé, et, d'autre part, de l'irrecevabilité de la requête pour défaut d'intérêt à agir de l'association cynégétique du Pérotin pour contester la délibération du conseil d'administration de la fédération départementale des chasseurs en date du 26 avril 20221 en tant que celle-ci porte sur des lots pour lesquels la requérante ne dispose pas du droit de chasse.

Par un courrier en date du 21 novembre 2023, les parties ont été informées, conformément à l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions propres de l'ONF tendant au remboursement des sommes versées.

Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été enregistrées pour la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle le 22 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du ministre de la transition écologique et solidaire en date du 11 février 2020 portant modèle de statuts des fédérations départementales de chasseurs ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Clément représentant la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle.

Considérant ce qui suit :

1. L'association cynégétique du Pérotin est locataire des lots de chasse n°1, n°2, n°3 et n°4 en forêt domaniale de Moyeuvre dont l'Office national des forêts (ONF) est titulaire. Par une délibération en date du 23 avril 2021, l'assemblée générale de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle a décidé de " surtaxer " les territoires de chasse responsables de dégâts récurrents de grands gibiers. Par une délibération du 26 avril 2021, le conseil d'administration de la fédération départementale a arrêté la liste des territoires de chasse concernés. Par un courrier du 3 mai 2021, le président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle a notifié à l'association cynégétique du Pérotin l'application de cette " surtaxe " pour le massif 4A sur lequel elle exerce le droit de chasse. Par la requête susvisée, l'association cynégétique du Pérotin demande l'annulation de la décision du 3 mai 2021 prise par le président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle et de la délibération de son conseil d'administration en date du 26 avril 2021.

Sur l'intervention de l'Office national des forêts :

2. L'Office national des forêts (ONF), redevable de la surtaxe décidée par la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle en qualité de titulaire du droit de chasse exercé sur le territoire de chasse litigieux, a un intérêt direct et certain à l'annulation de la délibération du conseil d'administration de la fédération en date du 26 avril 2021. Son intervention au soutien des conclusions de l'association cynégétique du Pérotin tendant à l'annulation de la délibération du conseil d'administration de la fédération départementale de chasse en date du 26 avril 2021 doit ainsi être admise.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

3. Aux termes de l'article L. 421-5 du code l'environnement : " Les associations dénommées fédérations départementales des chasseurs participent à la mise en valeur du patrimoine cynégétique départemental, à la protection et à la gestion de la faune sauvage ainsi que de ses habitats. Elles assurent la promotion et la défense de la chasse ainsi que des intérêts de leurs adhérents. / Elles apportent leur concours à la prévention du braconnage. Elles conduisent des actions d'information, d'éducation et d'appui technique à l'intention des gestionnaires des territoires et des chasseurs et, le cas échéant, des gardes-chasse particuliers. Elles mènent des actions d'information et d'éducation au développement durable en matière de connaissance et de préservation de la faune sauvage et de ses habitats ainsi qu'en matière de gestion de la biodiversité. / Elles coordonnent les actions des associations communales et intercommunales de chasse agréées. / Elles conduisent des actions de prévention des dégâts de gibier et assurent l'indemnisation des dégâts de grand gibier dans les conditions prévues par les articles L. 426-1 et L. 426-5 () ". Aux termes de l'article L. 426-5 du même code : " () Dans le cadre du plan de chasse mentionné à l'article L. 425-6, il est institué, à la charge des chasseurs de cerfs, daims, mouflons, chevreuils et sangliers, mâles et femelles, jeunes et adultes, une contribution par animal à tirer destinée à financer l'indemnisation et la prévention des dégâts de grand gibier. Le montant de ces contributions est fixé par l'assemblée générale de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs sur proposition du conseil d'administration. La fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs prend à sa charge les dépenses liées à l'indemnisation et à la prévention des dégâts de grand gibier. Elle en répartit le montant entre ses adhérents ou certaines catégories d'adhérents. Elle peut notamment exiger une participation personnelle des chasseurs de grand gibier et de sanglier, une participation pour chaque dispositif de marquage, une participation des territoires de chasse ou une combinaison de ces différents types de participation. Ces participations peuvent être modulées en fonction des espèces de gibier, du sexe, des catégories d'âge, des territoires de chasse ou unités de gestion () ".

4. Si les fédérations départementales de chasseurs sont des organismes de droit privé, elles sont appelées à collaborer à une mission de service public. Dès lors, constituent des actes administratifs susceptibles d'être déférés à la juridiction administrative, les décisions prises par elles dans le cadre de leur mission de service public qui manifestent l'exercice d'une prérogative de puissance publique. Il en va notamment ainsi, en raison du caractère obligatoire de l'adhésion à une fédération départementale de chasse et du paiement des participations destinées à financer l'indemnisation et la prévention des dégâts de grand gibier prévues à l'article L. 426-5 du code de l'environnement, des délibérations que les fédérations prennent pour fixer le montant de ces participations. En revanche, l'action en recouvrement de ces cotisations, qui concerne le fonctionnement interne et la gestion patrimoniale de ces organismes de droit privé, ressortit à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.

5. Il ressort des pièces du dossier que, lors de l'assemblée générale ordinaire de la fédération départementale de chasse de Meurthe-et-Moselle en date du 23 avril 2021, les adhérents ont adopté deux résolutions instituant une participation due par les adhérents des territoires de chasse responsables de dégâts de grand gibier récurrents destinée à en financer la prévention et l'indemnisation conformément à l'article L. 426-5 du code de l'environnement. En sa séance du 26 avril 2021, le conseil d'administration a déterminé les critères de détermination des territoires de chasse concernés par cette participation, en a arrêté la liste, et a fixé pour chacun d'eux le montant à l'hectare de la majoration de cotisation.

6. Par le courrier du 3 mai 2021 contesté, le président de la fédération départementale des chasseurs a informé le président de l'association cynégétique du Pérotin de la décision de l'assemblée générale de la fédération de " surtaxer " les territoires de chasse responsables de dégâts de grands gibier, et de ce que le conseil d'administration avait fixé une " surtaxe " de 9 euros l'hectare pour le territoire sur lequel elle exerce le droit de chasse, en précisant qu'il lui appartenait, le cas échéant, de s'en acquitter auprès du groupement d'intérêt cynégétique. Il ressort des pièces du dossier que la créance correspondante a été liquidée et mise en recouvrement par une facture du 28 avril 2021 adressée par la fédération départementale des chasseurs à l'ONF, en qualité de titulaire du droit de chasse sur les lots concernés. Ainsi, le courrier contesté du 3 mai 2021 n'étant pas un acte de recouvrement, mais se rattachant à une mission de service public et mettant en œuvre des prérogatives de puissance publique, la fédération départementale des chasseurs n'est pas fondée à opposer l'exception d'incompétence de la juridiction administrative pour connaitre de sa légalité.

7. En revanche, le litige qui oppose l'ONF à la fédération départementale des chasseurs dans le cadre du recouvrement des sommes versées à la suite de la facture du 28 avril 2021 ressortit de la compétence de l'autorité judiciaire. Dès lors, ainsi que les parties en ont été informées par un courrier en date du 21 novembre 2023, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaitre des conclusions propres présentées par l'ONF tendant à la condamnation de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle à lui rembourser l'intégralité des sommes perçues en application de la délibération du 26 avril 2021.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête :

8. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être indiqué, par le courrier du 3 mai 2021 contesté, le président de la fédération départementale des chasseurs a informé l'association cynégétique du Pérotin que son territoire de chasse faisait l'objet d'une " surtaxe " votée par l'assemblée générale pour assurer la lutte contre les dégâts récurrents de grands gibiers. Ce faisant, ce courrier, qui ne modifie pas la situation juridique de l'association requérante, ne lui fait pas grief et n'est pas susceptible de recours. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par la fédération départementale de chasse doit être accueillie sur ce point.

9. En deuxième lieu, la fédération départementale des chasseurs oppose le fait que la délibération contestée du 26 avril 2021 serait inexistante. Toutefois, il ressort des termes du compte-rendu du conseil d'administration s'étant tenu à cette date que les critères de détermination des territoires concernés par la " surtaxe " et la liste de ceux-ci ont fait l'objet d'un vote à l'unanimité des membres du conseil d'administration. La fin de non-recevoir doit ainsi être écartée.

10. En troisième lieu, si l'association cynégétique du Pérotin justifie d'un intérêt pour agir pour contester la délibération du conseil d'administration du 26 avril 2021 en tant que celle-ci énumère les critères de détermination des territoires concernés par la " surtaxe " et qu'elle attribue au massif 4A une majoration à l'hectare de sa cotisation, elle n'est pas recevable à en demander l'annulation en ce qu'elle désigne des lots sur lesquels elle n'exerce pas le droit de chasse. Ses conclusions aux fins d'annulation sont ainsi, dans cette mesure, irrecevables.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Il résulte de ces dispositions que cette notification doit, s'agissant des voies de recours, mentionner, le cas échéant, l'existence d'un recours administratif préalable obligatoire ainsi que l'autorité devant laquelle il doit être porté ou, dans l'hypothèse d'un recours contentieux direct, indiquer si celui-ci doit être formé auprès de la juridiction administrative de droit commun ou devant une juridiction spécialisée et, dans ce dernier cas, préciser laquelle. Lorsque la notification ne comporte pas les mentions requises, ce délai n'est pas opposable.

12. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance et dans l'hypothèse où un recours gracieux a été formé, eu égard à son caractère suspensif, à compter de la date à laquelle le rejet du recours gracieux a été notifié ou de la date à laquelle il en a eu connaissance.

13. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la délibération du conseil d'administration en date du 26 avril 2021 ait fait l'objet d'une publication, d'un affichage ou d'une transmission au préfet faisant courir le délai de recours contentieux. D'autre part, si un extrait de cette délibération était joint au courrier du 3 mai 2021, il ne comportait pas les voies et délais de recours, dont l'association cynégétique du Pérotin n'a pas davantage été informée à la suite de l'envoi de son recours gracieux le 26 mai 2021. Le silence gardé par la fédération départementale des chasseurs a fait naître une décision implicite de rejet que l'association requérante est recevable à contester par requête introduite le 7 septembre 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la fédération départementale des chasseurs et tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 12 des statuts de l'association cynégétique du Pérotin constituée le 28 juin 1991, le président de l'association représente celle-ci vis-à-vis des tiers. Aucune disposition de ces statuts ne subordonnant l'action en justice à la décision d'un autre organe de l'association, le président de l'association, qui en est le représentant légal, justifie ainsi de sa qualité pour agir dans la présente instance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la fédération départementale de chasse et tirée du défaut de qualité pour agir du président de l'association requérante doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la délibération du 26 avril 2021 :

15. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-8 du code de l'environnement : " () II.- Dans l'intérêt général et afin de contribuer à la coordination et à la cohérence des activités cynégétiques dans le département, chaque fédération départementale des chasseurs regroupe : 1° Les titulaires du permis de chasser ayant validé celui-ci dans le département ; 2° Les personnes physiques et les personnes morales titulaires de droits de chasse sur des terrains situés dans le département et bénéficiaires d'un plan de chasse ou d'un plan de gestion pour tout ou partie de ces terrains. () / IV.-L'adhésion est constatée par le paiement à la fédération d'une cotisation annuelle dont les montants, qui peuvent être distincts selon qu'il s'agit de l'adhésion d'un chasseur ou du titulaire de droits de chasse, sont fixés par l'assemblée générale, sur proposition du conseil d'administration. Cette cotisation comprend la part forfaitaire destinée au budget de la Fédération nationale des chasseurs mentionnée à la seconde phrase du huitième alinéa de l'article L. 421-14. / Les adhérents sont également redevables des participations éventuelles décidées par la fédération pour assurer l'indemnisation des dégâts de grand gibier, en application de l'article L. 426-5 ".

16. D'autre part, aux termes de l'article 3 des statuts de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle, adoptés en assemblée générale le 27 avril 2019 : " 26. L'adhésion est constatée par le paiement à la fédération départementale des chasseurs d'une cotisation annuelle dont les montants, qui peuvent être distincts selon qu'il s'agit de l'adhésion d'un chasseur ou du titulaire d'un droit de chasse, sont fixés par l'assemblée générale, sur proposition du conseil d'administration. Ces cotisations comprennent une part forfaitaire destinée au budget de la Fédération nationale des chasseurs. Les montants minimaux de ces cotisations sont fixés annuellement par la Fédération nationale des chasseurs, en application de l'article L. 421-14 du code de l'environnement. Le montant de la cotisation temporaire payée par un chasseur qui valide son permis est égal au quart ou à la moitié du montant de la cotisation annuelle, en fonction de la durée de validation demandée. / 27. A la cotisation s'ajoutent, le cas échéant, les ou l'une des participations prévues à l'article L. 426-5 du code de l'environnement, pour contribuer à l'indemnisation des dégâts de grand gibier. Leurs montants sont fixés par l'assemblée générale, sur proposition du conseil d'administration. / 28. Un titulaire du permis de chasser, membre de la fédération départementale, adhérant également à celle-ci en tant que titulaire d'un droit de chasse dans le département, verse une cotisation à chacun de ces deux titres ".

17. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées et de l'article L. 426-5 du code de l'environnement cité au point 3 du présent jugement que l'assemblée générale de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle est compétente pour instituer une participation au financement de la prévention et de l'indemnisation des dégâts de grands gibiers qui s'ajoute à la cotisation annuelle des adhérents et pour en fixer le montant, qui peut être modulé en fonction des territoires de chasse. Et, contrairement à ce que soutient l'association requérante, la mise en place d'une telle participation financière n'a pas été décidée par le conseil d'administration mais par la délibération du 23 avril 2021 de l'assemblée générale de la fédération départementale, dans une résolution n°10 adoptée à la majorité des adhérents. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la fédération départementale des chasseurs et du défaut de base légale pour décider le principe de cette " surtaxe " doivent être écartés.

18. En deuxième lieu, les moyens, soulevés par la voie de l'exception, tirés de ce que la délibération de l'assemblée générale du 23 avril 2021 serait intervenue à la suite de vices de forme et de procédure en raison d'une convocation irrégulière, de l'absence de quorum, du non-respect de la procédure contradictoire et d'un défaut de motivation, ne peuvent être utilement invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la délibération du conseil communautaire du 26 avril 2021, seule contestée.

19. En troisième lieu, par la délibération contestée, le conseil d'administration a fixé les critères de détermination des territoires de chasse concernés par la majoration de cotisation comme suit : " ne chasse pas assez fréquemment au regard des obligations du schéma départemental, / ne participe pas à la prévention des dégâts (pose et entretien des clôtures) alors même qu'il est partiellement responsable, / applique des consignes de tir visant à freiner le prélèvement de certains animaux, / génère manifestement des dégâts de façon récurrente, / ne respecte pas le taux de 30% de femelles adultes dans son tableau de chasse, / prélève de façon récurrente un nombre d'animaux qui dépasse les préconisations du SDGS et ce, même si les animaux provenant du lot considéré génèrent des dégâts dans un périmètre éloigné (cas des lots en surdensité autour desquels les clôtures sont importantes mais ne font que repousser les dégâts en périphérie), / n'égraine pas au printemps alors même qu'il s'agit d'une obligation ".

20. Il ressort des pièces du dossier, qu'entre 2019 et 2021 les surfaces agricoles détruites par des sangliers aux abords immédiats du territoire de chasse de l'association cynégétique du Pérotin sont passées de 24,46 hectares à 42,82 hectares, dépassant les objectifs du schéma départemental de gestion cynégétique fixés à 13,50 hectares maximum. Cette perturbation de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique a été constatée par le préfet de Meurthe-et-Moselle par arrêtés des 28 octobre 2019 et 19 octobre 2020 classant ce secteur en vigilance aux fins d'obtenir une diminution forte et rapide du nombre de sangliers et, après avoir mis l'association requérante à même de présenter ses observations, il lui a été imposé d'organiser des battues efficaces, avec interdiction des consignes de tir destinées à préserver certaines classes d'âge ou de sexe, interdiction de l'agrainage en période hivernale et limitation de la fréquence du recours à l'agrainage linéaire. Si l'association requérante soutient qu'elle respectait son plan de chasse et qu'elle ne peut être regardée comme responsable des dégâts de grands gibiers constatés sur des parcelles limitrophes de son territoire de chasse, elle ne produit aucun élément susceptible de remettre en cause l'analyse du préfet et de la fédération départementale des chasseurs. Dans ces conditions, elle n'établit pas que le conseil d'administration de la fédération départementale des chasseurs aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant que le massif 4A sur lequel elle exerce le droit de chasse remplissait les critères de la majoration de cotisation pour participation au financement des dégâts de grands gibiers.

21. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que d'autres territoires de chasse concernés par des dégâts de grands gibiers n'auraient fait l'objet d'aucune majoration de cotisation à ce titre est sans incidence sur la légalité de la délibération en ce qu'elle concerne le territoire de chasse de l'association requérante.

22. En revanche, il ressort des termes de la délibération contestée que le conseil d'administration a fixé à 9 euros l'hectare le montant de la participation attribuée au massif 4A sur lequel l'association requérante exerce le droit de chasse. Ce faisant, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'assemblée générale lui ait délégué cette compétence, et alors même que, en sa séance ordinaire du 23 avril 2021, elle a adopté une résolution n°11 définissant la fourchette de majorations pouvant s'appliquer, le conseil d'administration n'était pas compétent pour fixer le montant de la majoration de la cotisation attribué à l'association requérante. La délibération du 26 avril 2021 contestée doit alors être regardée, en tant qu'elle a fixé ce montant, comme ayant été prise par une autorité incompétente.

23. Il résulte de ce qui précède que l'association cynégétique du Pérotin est seulement fondée à demander l'annulation de la délibération en date du 26 avril 2021 du conseil d'administration de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle en tant qu'elle a fixé le montant attribué au massif 4A au titre de la participation prévue par l'article L. 426-5 du code de l'environnement.

Sur les frais de l'instance :

24. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle le versement à l'association cynégétique du Pérotin d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

25. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association cynégétique du Pérotin, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

26. Enfin, les conclusions présentées par l'ONF doivent, en tout état de cause, être rejetées dès lors qu'il ne justifie pas avoir exposé de tels frais.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de l'Office national des forêts est admise.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'ONF et tendant à ce qu'il soit enjoint à la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle de rembourser l'intégralité des sommes versées en exécution de la délibération du 26 avril 2021 sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaitre.

Article 3 : La délibération en date du 26 avril 2021 du conseil d'administration de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle est annulée en tant qu'elle a fixé le montant attribué au massif 4A au titre de la participation prévue par l'article L. 426-5 du code de l'environnement.

Article 4 : La fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle versera à l'association cynégétique du Pérotin une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle et de l'ONF présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à l'association cynégétique du Pérotin, à l'Office national des forêts et à la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée pour information à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 28 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

F. Milin-Rance Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2102575

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