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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102647

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102647

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL RICHARD & LEHMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2021 et un mémoire en réplique enregistré le 10 novembre 2023, M. A Bertrand, représenté par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2021 par laquelle le président de la communauté de communes Moselle-et-Madon a rejeté sa demande du 29 juin 2021 visant à l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme de la commune de Chavigny adopté puis modifié par délibérations du conseil communautaire du 28 novembre 2019 et du 5 novembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Moselle-et-Madon une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le plan de zonage du plan local d'urbanisme de la commune de Chavigny doit être abrogé en tant qu'il a classé les parcelles cadastrées section AC n° 408, 409 et 410 en zone Nj, dès lors que :

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il existe une contradiction entre le zonage adopté et le projet d'aménagement et de développement durable ou le rapport de présentation ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2023, la communauté de communes Moselle-et-Madon, représentée par Me Verra, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. Bertrand en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les éventuels dépens.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. Bertrand ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Lehmann, substituant Me Richard, représentant M. Bertrand,

- et les observations de Me Verra, représentant la communauté de communes Moselle-et-Madon.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 juin 2021, M. Bertrand, propriétaire à Chavigny (Meurthe-et-Moselle) des parcelles cadastrées section AC n°408 et 409 classées en zone Nj du plan local d'urbanisme (PLU) adopté puis modifié respectivement le 28 novembre 2019 et le 5 novembre 2020 par le conseil communautaire de la communauté de communes Moselle-et-Madon, a sollicité du président de la communauté de communes la modification du zonage de ces parcelles, ainsi que de la parcelle, voisine, cadastrée section AC n° 410. Ces trois parcelles se situent à l'arrière des parcelles cadastrées section AC n° 1074 et 1076, elles-mêmes classées en zone UB, sur lesquelles s'élève l'habitation du requérant. Le président de la communauté de communes a rejeté cette demande par un courrier du 13 juillet 2021. Par la requête susvisée, M. Bertrand demande l'annulation de ce refus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes. / Chacun de ces éléments peut comprendre un ou plusieurs documents graphiques. Ces documents graphiques peuvent contenir des indications relatives au relief des espaces auxquels il s'applique ". Aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".

3. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du PLU entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du PLU à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

4. Le PADD du PLU en litige prévoit, au sein de son orientation n° 2 " Favoriser le cadre de vie : entre conservation patrimoniale et modernité ", de renforcer le cadre de vie existant notamment en " conserv[ant] et préserv[ant] un cadre de vie agréable dans la commune en réservant la présence de la nature dans la trame urbaine (espaces verts, jardins, vergers, ) " et, au sein de son orientation n° 6 " Préserver durablement et valoriser les ressources naturelles et le paysage ", au volet " Équilibre environnemental ", de : " - garantir voire optimiser l'équilibre actuel : forêt/vergers/pâtures. Ce triptyque fait l'identité paysagère de Chavigny ", de " - préserver la biodiversité sur l'ensemble du territoire " et d'" - Accorder une attention particulière au droit des zones humides, des espaces boisés et des espaces de verger et de jardin qui jouent le rôle d'interface (permet d'éviter l'urbanisation en 2ème rideau). / - Protéger des vergers et lutter contre leur enfrichement. / - Mettre en œuvre une protection particulière au droit des éléments végétaux remarquables du paysage (arbres isolés, haies, cordons végétaux, ) ". Par ailleurs, le rapport de présentation du PLU indique que la commune de Chavigny souhaite " mettre en œuvre une protection particulière sur certains éléments patrimoniaux et végétaux " et vise, dans ce cadre, à " Permettre un développement urbain à vocation principale d'habitat, raisonnable, maîtrisé et cohérent, tout en respectant les caractéristiques de la commune en termes de paysage, d'intégration urbaine et de fonctionnement " et " Préserver et valoriser les caractéristiques traditionnelles du village ancien et sauvegarder les éléments de patrimoine à la fois architectural et paysager. () ", ainsi qu'à " Préserver les paysages urbains et naturels qui participent à la qualité du cadre de vie " et " Prendre en compte l'aspect environnemental du site ". En ce qui concerne plus spécifiquement la zone UB au sein de laquelle s'insère la zone Nj comprenant les trois parcelles en litige, le rapport de présentation précise que : " La commune est soucieuse de préserver les espaces naturels environnants à vocation agricole (au sud de la trame urbaine), de jardin ou de verger (au nord). De ce fait, les limites de la zone UB sont positionnées à l'arrière des constructions existantes en limite de la trame urbaine actuelle. La présence de zones Nj au nord, entre la trame urbaine et le grand paysage, permet de conserver un espace de respiration non bâti. Elles participent à la trame verte et permettent d'éviter un rapport brutal avec le grand paysage (franges diluées). Elles évitent également le développement urbain en deuxième rideau. / Les parcelles accueillant des constructions ont été classées en zone UB afin de ne pas léser les propriétaires et autoriser les constructions à l'avant de la parcelle. Cependant, les parcelles non construites situées à proximité immédiate ont été classées en zone Nj afin de ne pas étendre les possibilités d'urbanisation et dans le but de limiter l'urbanisation en deuxième rideau ". En outre, en ce qui concerne la zone Nj, le rapport de présentation indique (pages 160 et 162 de ce document) que : " À travers l'identification de ces zones, la commune souhaite préserver les espaces en jardin pour leur intérêt paysager, écologique et environnemental. En effet, les secteurs de jardins forment des poches et une ceinture verte autour et au sein de la trame urbaine. Ils participent donc à une valorisation paysagère mais également à la formation de la trame verte en pas japonais. Ils forment des réservoirs de biodiversité au sein de la trame urbaine " et que : " Leur intégration au sein de la trame urbaine permet quant à elle d'atténuer l'impact visuel des constructions qui peuvent être perçues depuis les axes de communication et les points hauts du territoire. Cette trame verte est la première perception lointaine du bourg et participe ainsi à son identité. / Enfin, leur délimitation en bordure de la zone UB a été définie afin d'éviter l'urbanisation en 2ème rideau dans la mesure où ces constructions posent toujours des difficultés de gestion (réseaux, passage pour les propriétaires qui changent dans la durée, accès aux services type enlèvement des ordures ménagères, difficultés de voisinage). Leur délimitation au sein de la trame urbaine permet d'octroyer une profondeur et de maintenir les jardins en fond de parcelles. Dans le même temps, cela permet d'éviter une trop grande promiscuité des habitants dans leur domaine privé ".

5. Au vu des orientations du PADD et de l'exposé des objectifs des auteurs du PLU dans le rapport de présentation ainsi rappelés, et quand bien même les parcelles en litige se situeraient au cœur du village de Chavigny, et les orientations du PADD de ce PLU prévoiraient également de " Privilégier le développement urbain intramuros ou en périphérie immédiate de la trame urbaine. / Pour cela il s'agit d'identifier les dents creuses et les fenêtres urbaines sur lesquelles se porteront en priorité les projets d'aménagements " et d'" Étoffer la trame urbaine existante pour éviter de générer un développement linéaire favorisant l'étalement urbain ", M. Bertrand n'est pas fondé à soutenir que le règlement graphique qui a classé les trois parcelles en litige en zone Nj du PLU de la communauté de communes Moselle-et-Madon entrerait en contradiction avec le PADD ou le rapport de présentation du PLU.

6. En deuxième lieu, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan local d'urbanisme, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts. En outre, il n'appartient pas au juge administratif de vérifier si un autre classement aurait été possible, mais seulement de s'assurer que le classement retenu n'est pas illégal.

7. D'une part, les parcelles en litige cadastrées section AC n° 408 à 410, situées au cœur de la trame urbaine constituée par la zone UB et au nord du bourg ancien de Chavigny, ne constituent pas, contrairement à ce que soutient M. Bertrand, une dent creuse au sens rappelé à la page 64 du rapport de présentation du PLU. En outre, le classement en zone Nj répond aux préoccupations clairement affirmées au sein du PADD et du rapport de présentation du PLU de la communauté de communes Moselle-et-Madon rappelées au point 4 du présent jugement, de préserver, au sein de la commune de Chavigny, des poches vertes au sein de la trame urbaine, de valoriser le paysage, de favoriser les réservoirs de biodiversité, de participer au maintien de l'identité du village lorrain traditionnel, d'atténuer l'impact visuel des constructions depuis les points hauts du territoire et de créer une transition entre les espaces naturels et bâtis, enfin d'éviter les possibilités d'urbanisation en deuxième rideau. Par suite, le classement des parcelles cadastrées section AC n° 408 à 410 en zone Nj du PLU n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. D'autre part, M. Bertrand ne peut utilement soutenir que les parcelles en litige auraient dû être classées en zone UB du PLU au motif qu'elles sont dans la même situation que les parcelles voisines, cadastrées section AC n° 413, 412, 1137, 422, 423, 424, 436, 437, 438 et 439, qui ont fait l'objet d'un tel classement. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

9. Enfin, à supposer même que le président de la communauté de communes ait relevé à tort, ainsi que le soutient le requérant, que les parcelles en litige sont exposées à un risque d'aléas liés au phénomène de retrait-gonflement d'argile et de mouvements de terrain, cette circonstance n'est pas susceptible de fonder la révision du PLU dès lors qu'elle n'est pas à l'origine du classement des parcelles en zone Nj. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué consistant à soutenir que le classement des parcelles cadastrées section AC n° 408 à 410 en zone Nj du PLU permettrait au voisin de M. Bertrand, conseiller municipal de la commune de Chavigny, d'éviter tout vis-à-vis à l'arrière de la parcelle cadastrée section AC n° 1126 dont ce dernier est propriétaire, n'est pas établi. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. Bertrand tendant à l'annulation de la décision du 13 juillet 2021 prise par le président de la communauté de communes Moselle-et-Madon doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

12. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par la communauté de communes Moselle-et-Madon doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Moselle-et-Madon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. Bertrand demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. Bertrand une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes Moselle-et-Madon et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. Bertrand est rejetée.

Article 2 : M. Bertrand versera à la communauté de communes Moselle-et-Madon une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la communauté de communes Moselle-et-Madon présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A Bertrand et à la communauté de communes Moselle-et-Madon.

Copie en sera adressée, pour information, à la commune de Chavigny.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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