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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102745

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102745

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantGEHIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2021, le syndicat des copropriétaires Les Adrets 2, représenté par Me Fouray, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Gérardmer a délivré un permis de construire un ensemble de dix logements à M. A et le rejet en date du 26 juillet 2021 de son recours gracieux ;

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le projet empiète sur une servitude de passage établie au profit du syndicat des copropriétaires ;

- le projet a été accordé en méconnaissance de l'article 3 UB du plan local d'urbanisme ;

- le projet a été accordé en méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, la commune de Gérardmer, représentée par Me Zoubeidi-Defert, s'en remet à la sagesse et à la prudence du tribunal et conclut à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle a délivré le permis de construire en litige sur injonction du tribunal administratif mais qu'il ressortirait des écritures du syndicat des copropriétaires requérant que ce permis pourrait avoir été obtenu par fraude.

Par un mémoire enregistré le 14 mars 2022, M. A, représenté par Me Géhin, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoit à statuer en application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en vue de permettre au pétitionnaire de déposer un permis de construire modificatif pour régulariser les vices de légalité externe et interne éventuellement retenus par le tribunal ;

3°) en tout état de cause, à ce que le tribunal prononce la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires contenus dans le mémoire du 9 mars 2022 de la commune de Gérardmer et condamner la commune de Gérardmer à lui verser la somme de 1 euro sur le fondement de l'article 41 de la loi du 28 juillet 1881 ;

4°) à ce que les entiers frais et dépens de l'instance en ce compris les frais de plaidoirie de 13 euros ainsi que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge du syndicat des copropriétaires Les Adrets 2 et de la commune de Gérardmer en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- les observations de Me Luisin, substituant Me Fouray, représentant le syndicat de copropriétaires de la résidence Les Adrets 2,

- les observations de Me Zoubeidi-Defert, représentant la commune de Gérardmer,

- et les observations de Me Géhin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 mars 2020, la commune de Gérardmer a refusé de délivrer à M. A le permis de construire deux immeubles collectifs pour un total de dix logements situés sur une parcelle cadastrée qu'il avait sollicité le 23 décembre 2019. Par un jugement du 9 février 2021, le tribunal administratif de Nancy a annulé ce refus et a enjoint au maire de la commune de Gérardmer de délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, un permis de construire à M. A en l'assortissant des prescriptions nécessaires pour interdire l'entrée et la sortie des véhicules depuis et à partir de la rue des Charmilles, de nature à faire respecter les conditions de sécurité posées par les articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et 3 UB du plan local d'urbanisme de la commune. En application de ce jugement, le maire a délivré le 4 mai 2021 le permis de construire sollicité par M. A et l'a assorti de prescriptions interdisant notamment l'accès et la sortie du projet par la rue des Charmilles. Par la requête susvisée, le syndicat des copropriétaires Les Adrets 2 demande l'annulation du permis de construire ainsi que du rejet en date du 26 juillet 2021 de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si le juge administratif doit, pour apprécier la légalité du permis au regard des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne lui appartient pas de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de permis de construire, M. A a produit au service instructeur de la commune une attestation notariale du 20 février 2020 selon laquelle la parcelle cadastrée servant d'assiette au projet, bénéficie aux termes d'un acte notarié du 21 août 2020 d'une servitude conventionnelle accordée par le fonds servant appartenant à la société Les Adrets sur les parcelles aujourd'hui cadastrées . La circonstance que par ce même acte notarié, la copropriété Les Adrets 2, en qualité de fonds dominant, s'était vue consentir une servitude destinée à l'élargissement du passage sur le fonds servant constitué par la parcelle d'assiette du projet est sans incidence sur la légalité du permis de construire que la commune a délivré à M. A sous réserve du droit des tiers.

4. En deuxième lieu, la fraude est une manœuvre destinée à induire les services instructeurs en erreur afin d'obtenir indûment une autorisation. Elle suppose de la part d'un pétitionnaire de donner sciemment des informations erronées à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme dans le but de contourner une réglementation d'urbanisme faisant obstacle à la délivrance du permis de construire qu'il sollicite.

5. L'existence d'une servitude conventionnelle affectant la parcelle d'assiette du projet en litige au profit de la copropriété Les Adrets 2 n'est pas susceptible de faire obstacle à la délivrance d'un permis de construire qui n'est délivré que sous réserve du droit des tiers. La circonstance que M. A n'ait pas mentionné l'existence de la servitude affectant sa parcelle lors du dépôt de sa demande de permis de construire n'a ainsi pas été de nature à fausser l'appréciation portée par les services instructeurs. Par suite, la commune n'est pas fondée à suggérer que la décision attaquée par laquelle elle a accordé un permis de construire à M. A aurait pu, pour ce motif, être obtenue par fraude.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 UB du plan local d'urbanisme de la commune de Gérardmer : " Les autorisations d'occuper et d'utiliser le sol peuvent être refusées si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. / Le nombre des accès sur les voies publiques et leur localisation peut être limité dans l'intérêt de la sécurité. / Aucun accès ne devra avoir une largeur inférieure à 3 mètres. / () ".

7. Le syndicat requérant soutient que la desserte du projet de construction de dix logements va intensifier le trafic sur la partie privée du chemin de la Rayée dont la largeur ne permettrait pas à deux véhicules de se croiser et dont le danger serait encore accru en période hivernale.

8. Toutefois, les dispositions précitées de l'article 3 UB du plan local d'urbanisme de la commune de Gérardmer ont uniquement vocation à régir les conditions de raccordement du projet à la voirie et non les caractéristiques des voies existantes desservant le projet. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne soutient pas que l'accès au projet par la voie existante méconnaîtrait ces dispositions, il ne peut utilement et en tout état de cause invoquer les dispositions de l'article 3 UB du plan local d'urbanisme de la commune relatives aux accès pour critiquer l'insuffisance de la partie privative du chemin de la Rayée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'édification des deux immeubles d'un total de dix logements et dix places de stationnement pour laquelle le permis de construire a été sollicité est susceptible d'augmenter le trafic des véhicules sur la partie privative du chemin de la Rayée de telle sorte que la circulation sur ce chemin en serait notablement perturbée, y compris en hiver, alors qu'il dessert déjà les copropriétés Les Adrets 1 et Les Adrets 2 comportant trente-et-un lots d'habitation dotés de quarante-cinq places de stationnement.

11. Par ailleurs, à supposer même que les conditions de circulation sur la partie privative du chemin de la Rayée ne permettraient pas, ainsi que l'affirme le requérant, aux engins de lutte contre l'incendie d'accéder au projet et de disposer d'une aire de retournement, il ressort des pièces du dossier que le projet est implanté en bordure du chemin des Charmilles, voie publique le long de laquelle sont déjà présentes plusieurs habitations individuelles, et qu'ainsi, les véhicules de secours ne sont pas tenus d'emprunter la partie privative du chemin de la Rayée pour assurer la défense incendie des immeubles en projet. Par suite, le syndicat requérant n'est pas fondé à soutenir que la configuration de la voie ne permettrait pas d'assurer la défense incendie du projet.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par M. A, que les conclusions du syndicat des copropriétaires Les Adrets 2 tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2021 pris par le maire de la commune de Gérardmer doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suppression d'un passage diffamatoire et outrageant dans le mémoire en défense de la commune de Gérardmer et tendant à la condamnation de celle-ci à verser une indemnité en réparation du préjudice subi :

13. Les quatrième à sixième alinéas de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui, en vertu des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, sont applicables au Conseil d'État, aux cours administratives d'appel et aux tribunaux administratifs, disposent que : " Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. / Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. () ".

14. M. A demande au tribunal, outre la suppression d'un passage du mémoire de la commune de Gérardmer, de condamner cette dernière à lui verser la somme d'un euro à titre de dommages et intérêts en raison des termes de son mémoire en application des dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881.

15. Le passage incriminé du mémoire en défense de la commune, en sa huitième page, situé au dernier paragraphe entre les mots " Ainsi, au moment de l'instruction, " et " au jugement " présente un caractère diffamatoire. Par suite, il y a lieu d'en prononcer la suppression en application des dispositions citées au point 13. M. A n'invoquant aucun préjudice qui ne serait entièrement réparé par cette suppression, ses conclusions tendant à la condamnation de la commune de Gérardmer au versement de dommages et intérêts doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

16. D'une part, l'instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

17. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Gérardmer, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires Les Adrets 2 une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête du syndicat des copropriétaires Les Adrets 2 est rejetée.

Article 2 : Le passage du mémoire en défense de la commune de Gérardmer situé au dernier paragraphe de la huitième page entre les mots " Ainsi, au moment de l'instruction " et " au jugement " est supprimé.

Article 3 : Le syndicat des copropriétaires Les Adrets 2 versera à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires Les Adrets 2, à la commune de Gérardmer et à M. A.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Kohler, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La rapporteure,

G. Grandjean La présidente,

J. Kohler

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne au préfet des Vosges en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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