jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL RICHARD & LEHMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 octobre 2021 et le 11 avril 2022, Mme D B, représentée par Me Richard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du directeur du groupement hospitalier de territoire du 24 juin 2021 l'affectant de manière définitive sur un poste de chargé de mission, ensemble le rejet implicite du recours gracieux formé contre cette décision ;
2°) de condamner le groupement hospitalier de territoire Cœur Grand-Est à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation de ses préjudices ;
3°) de mettre à la charge du groupement de territoire Cœur Grand-Est une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que la décision contestée ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur dès lors qu'elle porte atteinte à sa situation professionnelle ;
- les conclusions aux fins d'annulation sont dirigées contre un acte si bien que la circonstance que le groupement hospitalier de territoire soit dépourvu de la personnalité morale est inopérante ;
- les conclusions indemnitaires sont recevables dès lors que le groupement hospitalier de territoire doit être regardé comme agissant pour le compte des établissements qui le composent ;
- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 ;
- l'auteur de la décision contestée est incompétent dès lors que, s'agissant d'une mutation dans l'intérêt du service, la seule autorité compétente est le directeur du centre national de gestion ;
- la décision est entachée d'un détournement de procédure ;
- il n'est pas justifié de l'intérêt du service ;
- la décision est constitutive d'une sanction déguisée ;
- l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- elle est fondé à solliciter le paiement d'une somme de 3 000 euros et d'une somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral et de son préjudice psychologique.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2022, les centres hospitaliers de Verdun Saint-Mihiel, Bar-le-Duc et Fains-Veel, de la Haute-Marne, de Saint-Dizier, de Vitry-le-François, de Montier-en-Der, de Wassy et de Joinville, représentés par Me Marrion, concluent :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est irrecevable en sa totalité dès lors que le groupement hospitalier de territoire Cœur Grand-Est ne dispose pas de la personnalité juridique ;
- les conclusions aux fins d'annulation sont irrecevables dès lors que la décision contestée constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;
- les moyens au soutien des conclusions d'annulation ne sont pas fondés ;
- aucune faute de nature à engager leur responsabilité n'a été commise ;
- les préjudices allégués ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi du 22 avril 1905 ;
- loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n°2005-921 du 2 août 2005 ;
- décret n°2007-704 du 4 mai 2007 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique,
- les observations de Me Lehmann, représentant Mme B,
- et les observations de Me Dubois, représentant les centres hospitaliers de Verdun Saint-Mihiel, Bar-le-Duc et Fains-Veel, de la Haute-Marne, de Saint-Dizier, de Vitry-le-François, de Montier-en-Der, de Wassy et de Joinville.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B exerce les fonctions de directrice d'hôpital au sein du groupement hospitalier de territoire (GHT) Cœur Grand-Est. A la suite de la découverte de faits susceptibles d'être qualifiés de harcèlement moral, commis par l'intéressée, le directeur du GHT Cœur Grand-Est a, par décision du 24 mars 2021, affecté temporairement Mme B sur un poste de chargé de mission, le temps que soit menée une enquête administrative. La commission d'enquête a remis son rapport le 24 juin 2021 et, par décision du même jour, le directeur du GHT Cœur Grand-Est a affecté l'intéressée de manière définitive sur le poste de chargée de mission qu'elle occupait. Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision, le 3 août 2023, qui a été implicitement rejeté. Par sa requête, cette dernière demande au tribunal d'annuler la décision du directeur du GHT Cœur Grand-Est du 24 juin 2021 et de condamner ce groupement à l'indemniser des préjudices moraux et psychologiques qu'elle a subis.
Sur les conclusions d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 20 du décret du 2 août 2005 portant statut particulier des grades et emplois des personnels de direction des établissements mentionnés à l'article 2 (1° et 2°) de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Toute mutation dans l'intérêt du service est prononcée après avis de la commission administrative paritaire nationale par le directeur général du centre national de gestion () ". Aux termes de l'article de l'article 2-3 du décret du 4 mai 2007 relatif à l'organisation et au fonctionnement du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière : " En application des dispositions du deuxième alinéa du I de l'article 6 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, les chefs d'établissement prennent, à l'égard des agents relevant de leur autorité et appartenant aux corps respectivement régis par le décret du 19 avril 2002 susvisé et par les décrets n° 2005-921 et n° 2020-959 du 31 juillet 2020 susvisés ainsi que par le décret n° 2007-1930 du 26 décembre 2007 portant statut particulier du corps des directeurs d'établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux de la fonction publique hospitalière et par le décret n° 2014-8 du 7 janvier 2014 relatif aux conditions de nomination et d'avancement dans les emplois fonctionnels de directeur des soins de certains établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : () 3° Les décisions relatives aux changements d'affectation interne concernant les personnels de direction occupant un emploi de directeur adjoint et les directeurs des soins ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté est relatif au changement d'affectation interne concernant Mme B, personnels de direction occupant un emploi de directeur adjoint et les directeurs des soins. Par suite, M. C A, directeur général adjoint du groupement hospitalier de Territoire Cœur Grand Est était compétent pour signer cette décision.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". Il résulte de ces dispositions qu'un agent public, dont le changement d'affectation, qui constitue une mesure prise en considération de sa personne, est envisagé par l'autorité compétente, doit être mis à même de demander, s'il la juge utile, la communication de l'intégralité de toutes pièces figurant dans son dossier dans un délai garantissant le respect des droits de la défense avant que la décision de mutation ne soit prise.
5. Lorsqu'une enquête administrative a été diligentée sur le comportement d'un agent public, y compris lorsqu'elle a été confiée à des corps d'inspection, le rapport établi à l'issue de cette enquête, ainsi que, lorsqu'ils existent, les procès-verbaux des personnes entendues sur le comportement de l'agent faisant l'objet de l'enquête, font partie des pièces dont ce dernier doit recevoir communication en application de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, sauf si la communication de ces procès-verbaux est de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui ont témoigné.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la découverte de faits susceptibles d'être qualifiés de harcèlement moral, commis par Mme B, le directeur du GHT Cœur Grand-Est a, par décision du 24 mars 2021, affecté temporairement l'intéressée sur un poste de chargé de mission, le temps que soit menée une enquête administrative. Il ressort des termes de la décision attaquée du 24 juin 2021, et n'est pas contesté, que la requérante a été reçue en entretien le 22 juin 2021 au cours duquel la fiche de poste de sa nouvelle affectation lui a été remise. Si la requérante soutient que les dispositions citées au point 2 ont été méconnues, dans les circonstances de l'espèce, alors que l'administration envisageait d'affecter Mme B à titre définitif sur le poste litigieux, il n'apparait pas que le délai de deux jours entre l'entretien du 22 juin et la décision contestée ait été insuffisant. Par ailleurs, si Mme B indique que les conclusions du rapport d'enquête ne lui ont été communiquées que tardivement, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'en a fait la demande que quinze jours après la décision contestée. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée fait suite à la dénonciation de faits de harcèlement moral par plusieurs personnes placées sous l'autorité hiérarchique de Mme B et à la reddition des conclusions d'une enquête administrative qui considère comme établis des faits relevant d'un management autoritaire et vexatoire de l'intéressée. Le changement d'affectation apparait ainsi comme exclusivement motivé par l'intérêt du service. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir et que la mesure litigieuse présente le caractère d'une sanction déguisée et relève d'un détournement de pouvoir.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 24 juin 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'indemnisation.
Sur les frais de l'instance :
9. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge des centres hospitaliers de Verdun Saint-Mihiel, Bar-le-Duc et Fains-Veel, de la Haute-Marne, de Saint-Dizier, de Vitry-le-François, de Montier-en-Der, de Wassy et de Joinville, qui ne sont pas les parties perdantes au principal dans la présente instance.
10. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées à l'encontre de Mme B, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentée par les centres hospitaliers de Verdun Saint-Mihiel, Bar-le-Duc et Fains-Veel, de la Haute-Marne, de Saint-Dizier, de Vitry-le-François, de Montier-en-Der, de Wassy et de Joinville sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et aux centres hospitaliers de Verdun Saint-Mihiel, Bar-le-Duc et Fains-Veel, de la Haute-Marne, de Saint-Dizier, de Vitry-le-François, de Montier-en-Der, de Wassy et de Joinville.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2103057
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026