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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103080

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103080

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2021, Mme B M'Balla, représentée par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 47 du code civil ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme M'Balla ne sont pas fondés.

Mme M'Balla a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 septembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme M'Balla, ressortissante camerounaise née le 23 novembre 1981, est entrée en France le 18 septembre 2017, selon ses déclarations, accompagnée de son fils mineur. Le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de " parent d'enfant français ", valable jusqu'au 5 janvier 2021, dont elle a demandé le renouvellement. Un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour lui a été délivré le 15 janvier 2021 et était valable jusqu'au 14 juillet 2021. Mme M'Balla a demandé le renouvellement de son récépissé le 21 juin 2021. Par une décision du 29 juillet 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a " classé sans suite " la demande de renouvellement du récépissé de titre de séjour de Mme M'Balla.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement du titre de séjour à un étranger est subordonné à la collecte, lors de la présentation de sa demande, des informations le concernant qui doivent être mentionnées sur le titre de séjour selon le modèle prévu à l'article R. 431-11 () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande ". En application de l'article R. 431-13 du même code, le récépissé peut être renouvelé.

3. Il est constant qu'à la date du 21 juin 2021 à laquelle Mme M'Balla a sollicité le renouvellement du récépissé de sa demande de titre de séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle ne s'était pas prononcé de manière expresse sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour. En délivrant un premier récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour à la requérante le 15 janvier 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a implicitement mais nécessairement estimé que sa demande était complète et qu'elle était admise à souscrire une demande de renouvellement de séjour au sens des dispositions précitées de l'article R. 431-12. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché cette décision d'une erreur de droit.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme M'Balla est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Il résulte de l'instruction que le préfet de Meurthe-et-Moselle a délivré à Mme M'Balla une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", le 26 avril 2022, valable du 5 août 2021 au 4 août 2022. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet de délivrer à la requérante un titre de séjour ni à ce qu'il procède au réexamen de sa situation. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

6. Mme M'Balla a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cissé, avocat de Mme M'Balla, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cissé de la somme de 1 200 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 29 juillet 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté la demande de renouvellement du récépissé de titre de séjour présentée par Mme M'Balla est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Cissé, avocat de Mme M'Balla, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cissé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B M'Balla et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- M. Denizot, premier conseiller,

- Mme Cabecas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 août 2022.

La rapporteure,

L. ALe président,

O. Di Candia

Le greffier

P. LepageLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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