mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103208 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique (Chambre 1) |
| Avocat requérant | IOSCA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 novembre 2021 et le 15 juin 2022, Mme B D, représentée par Me Iosca, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 31 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 29 mai 2017 (3 points), 21 mai 2018 (6 points), 6 septembre 2019 (4 points) et 6 juin 2020 (3 points) ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de rétablir les points irrégulièrement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- les informations préalables obligatoires prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été communiquées préalablement aux décisions de retraits de points récapitulées dans la décision 48 SI ;
- la réalité de ces infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A pour exercer les fonctions de rapporteure publique, en application des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision référencée 48 SI du 31 août 2021, le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité du permis de conduire de Mme D pour solde de points nul. Mme D demande l'annulation de cette décision et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 29 mai 2017 (3 points), 21 mai 2018 (6 points), 6 septembre 2019 (4 points) et 6 juin 2020 (3 points).
Sur le cadre juridique :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". Aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Enfin, aux termes de l'article R. 223-3 de ce code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ".
3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
4. D'autre part, il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
Sur la réalité des infractions :
5. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de Mme D, d'une part, que les infractions constatées les 29 mai 2017 et 6 septembre 2019 ont donné lieu à l'émission des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées correspondantes et, d'autre part, que les infractions constatées les 21 mai 2018 et 6 juin 2020 ont donné lieu au paiement des amendes forfaitaires correspondantes. Dans ces conditions et alors que Mme D ne fait état d'aucun élément qui serait de nature à remettre en cause l'exactitude de ces mentions elle n'est pas fondée à soutenir que la réalité de ces infractions n'est pas établie.
Sur la délivrance de l'information préalable aux retrait de points :
En ce qui concerne les infractions constatées les 21 mai 2018 et 6 juin 2020 :
6. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale en vigueur à la date des infractions litigieuses, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.
7. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de Mme D que les infractions commises les 21 mai 2018 et 6 juin 2020 constatées par procès-verbal électronique, ont donné lieu au paiement différé des amendes forfaitaires correspondantes. Mme D, qui ne conteste pas ces éléments, ne démontre pas s'être vue remettre un avis inexact ou incomplet. Par suite, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers l'intéressée de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende pour ces deux infractions.
En ce qui concerne l'infraction constatée le 6 septembre 2019 :
8. La circonstance qu'un conducteur forme, contre un avis de contravention, la requête en exonération prévue par l'article 529-2 du code de procédure pénale, établit qu'il a reçu cet avis et qu'il doit être regardé comme ayant, par suite, bénéficié de l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dont cet avis est assorti, sauf à soutenir qu'il a reçu un avis incorrect ou incomplet.
9. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du dossier de contestation de l'infraction du 6 septembre 2019 produit en défense, que Mme D a saisi l'officier du ministère public d'une requête en exonération concernant cette infraction. Il ressort de ce dossier que Mme D a produit, à l'appui de sa contestation, l'avis de contravention daté du 24 septembre 2019 relatif à l'infraction en cause. Or, les avis de contravention comportent en principe, à leur verso, les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'information préalable au retrait de points encouru en conséquence de l'infraction du 6 septembre 2019 doit être écarté.
En ce qui concerne l'infraction constatée le 29 mai 2017 :
10. Il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de Mme D que l'infraction constatée le 29 mai 2017, ayant entraîné un retrait de trois points, a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Ces mentions ne permettent toutefois pas d'établir que la requérante se serait acquittée de l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction en cause. Par suite, et alors que le procès-verbal dressé par voie électronique le 29 mai 2017 produit par le ministre ne contient ni la signature de la requérante ni les informations exigées, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que Mme D a reçu à l'occasion de cette infraction, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par ailleurs, la seule circonstance que ce procès-verbal électronique mentionne l'adresse de l'intéressée ne suffit pas à établir que l'avis de contravention puis, le cas échéant l'avis de majoration de l'amende forfaitaire comportant l'ensemble des informations requises lui auraient été transmis. Dans ces conditions, Mme D est fondée à soutenir que le retrait de trois points dont elle a fait l'objet à la suite de l'infraction constatée le 29 mai 2017 est intervenu à la suite d'une procédure irrégulière et que cette irrégularité l'a privée d'une garantie.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision de retrait de trois points suite à l'infraction constatée le 29 mai 2017. Eu égard à cette annulation, et à la restitution, le 2 juillet 2020, de quatre points sur le capital de points attaché à son permis de conduire, Mme D est fondée à soutenir que le solde de points de son permis de conduire n'était pas nul à la date du 31 août 2021 et que le ministre ne pouvait donc, à cette date, constater l'invalidité de son titre de conduite et à demander, par suite, l'annulation de la décision référencée 48 SI.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à Mme D les trois points correspondant à l'infraction du 29 mai 2017 à la date de la décision qui avait procédé à leur retrait dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder à cette restitution, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché au permis de conduire de Mme D, compte tendu d'éventuelles infractions ultérieures, et de restituer le permis si le solde est positif.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de retrait de trois points consécutive à l'infraction du 29 mai 2017 et la décision référencée 48 SI du 31 août 2021 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution de trois points sur le permis de conduire de Mme D dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché au permis, compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures, et de le restituer à l'intéressée si le solde est positif.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La magistrate désignée,
J. C
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026