mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103245 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SELARL RICHARD & LEHMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 novembre 2021, et des mémoires enregistrés les 15 décembre 2022, 10 mars et 26 juin 2023, M. A B, représenté par Me Lehmann, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle le maire de la commune de Rarecourt a refusé de procéder à l'élagage de la végétation le long de sa clôture et de réparer celle-ci, ensemble la décision née du silence gardé à la suite de son recours gracieux du 6 juillet 2021 ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la commune de Rarecourt de défricher ou d'élaguer la végétation présente sur le domaine public le long de sa clôture, retirer les branches cassées qui empiètent sur sa propriété et écrasent ou menacent d'écraser sa clôture grillagée, réduire la hauteur de la haie, redresser les poteaux et réparer le grillage ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la commune de Rarecourt de défricher ou d'élaguer la végétation présente sur le domaine public le long de sa clôture et de condamner la commune de Rarecourt à lui verser une somme de 9 457,32 euros en réparation de son préjudice matériel ;
4°) en tout état de cause, de condamner la commune de Rarecourt à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral et de la perte de jouissance ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Rarecourt la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 2321-2 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 141-8 du code de la voirie routière dès lors que la commune a l'obligation d'entretenir la végétation en bordure de voie publique ;
- il n'est pas démontré que la haie soit classée par le plan local d'urbanisme et, en tout état de cause, un tel classement ne fait pas obstacle à l'obligation d'élagage qui n'emporte pas de destruction de la végétation et est permise par le document d'urbanisme ; la distance d'implantation de la haie par rapport à la limite de propriété n'est pas conforme au plan local d'urbanisme ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, puisqu'il s'est acquitté de son obligation d'entretien de la végétation sur sa propriété, qui ne constituait pas une haie protégée mais une zone de friche non soumise à déclaration d'élagage, et dont il n'est pas démontré qu'elle était protégée par une zone Natura 2000 ; la haie litigieuse, située sur les parcelles n° 9 et n° 10, n'est pas celle implantée sur les parcelles n° 124, n° 125 et n° 142 dont son père revendiquait la propriété en 1978 ; les limites séparatives relevées par un procès-verbal de bornage en date du 13 février 2023 se situent au niveau de la clôture ;
- la décision de rejet étant illégale, elle est de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- la commune a commis une faute engageant sa responsabilité en refusant de procéder à l'entretien de son domaine public, ce qui a endommagé sa clôture et conduit à une perte d'ensoleillement et de jouissance de sa propriété ;
- la responsabilité de la commune doit être engagée sans faute en raison du défaut d'entretien normal du domaine public, en l'absence de faute de la victime et de force majeure ;
- son préjudice matériel pour le remplacement de la clôture s'établit à la somme de 9 457,32 euros ;
- le trouble dans les conditions d'existence, du fait de la perte d'ensoleillement et du trouble esthétique, et le préjudice moral s'établissent à une somme globale de 3 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 septembre 2022, 22 mars et 11 juillet 2023, la commune de Rarecourt, représentée par Me Tadic, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- les observations de Me Lehmann, représentant M. B,
- et les observations de Me Tadic, représentant la commune de Rarecourt.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est propriétaire des parcelles cadastrées section C n° 142, n°143, n°124, n°125 et section ZI n°10 et n°9 sises le long de la rue des Eperchies à Rarecourt (Meuse). Le 19 mai 2021, il a demandé à la commune de procéder au défrichement du domaine public le long de sa clôture, au redressement des poteaux et à la réparation du grillage endommagé par la végétation en provenance du domaine public. Sa demande ayant été rejetée le 4 juin 2021, il recherche l'engagement de la responsabilité de la commune à raison du défaut d'entretien normal du domaine public et demande à ce qu'il soit enjoint à la commune de procéder à des travaux d'entretien et à ce que la commune l'indemnise de ses préjudices matériel et moral.
Sur la responsabilité de la commune :
2. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.
3. Pour la mise en œuvre des pouvoirs décrits ci-dessus, il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, dans les conditions définies au point précédent, alors même que le requérant demanderait l'annulation du refus de la personne publique de mettre fin au dommage, assortie de conclusions aux fins d'injonction à prendre de telles mesures. Dans ce cas, il doit regarder ce refus de la personne publique comme ayant pour seul effet de lier le contentieux.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 4 juin 2021 et du rejet du recours gracieux formé par M. B sont irrecevables et les moyens tirés des vices propres de ces décisions sont inopérants à l'appui des conclusions indemnitaires.
En ce qui concerne la propriété de la haie bordant la rue des Eperchies :
5. Aux termes de l'article L. 2111-14 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 1 et affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées ". Aux termes de l'article L. 2111-2 du même code : " Font également partie du domaine public les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 qui, concourant à l'utilisation d'un bien appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable ". Il incombe à l'autorité publique propriétaire d'une dépendance du domaine public d'assurer les travaux nécessaires à sa conservation et à une utilisation conforme.
6. Il résulte de l'instruction que, d'une part, la haie litigieuse est implantée le long de la rue des Eperchies, voie communale classée par délibération du conseil municipal de la commune de Rarecourt en date du 10 janvier 1983, et, d'autre part, la clôture délimitant la propriété du requérant du domaine public routier a été implantée à l'alignement de la voie, suivant une autorisation accordée par arrêté du maire de la commune en date du 5 octobre 1971. Ces circonstances n'ayant pas été remises en cause par le plan de bornage réalisé le 13 février 2023 à la demande de la commune, la végétation qui s'est déployée sur l'accotement entre la voie et cette clôture est située sur le domaine public routier communal et constitue ainsi un ouvrage public dont l'entretien incombe à la commune.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
7. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers sont tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage est inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement.
8. M. B, propriétaire des parcelles bordant le domaine public routier, peut se prévaloir de la qualité de tiers par rapport à la haie litigieuse. Toutefois, s'il soutient que la haie communale a endommagé le grillage et les poteaux de sa clôture bordant sa propriété et causé une perte d'ensoleillement à ses parcelles en raison d'un défaut d'entretien normal, ni les photographies, ni le devis de remplacement à neuf qu'il produit, qui ne localisent pas les parties endommagées du grillage, ne permettent d'établir que la végétation implantée sur l'accotement a causé ou concouru aux dégradations et pertes de jouissance déplorées.
En ce qui concerne l'existence d'une carence fautive :
9. Aux termes de l'article L. 2321-2 du code général des collectivités territoriales : " Les dépenses obligatoires comprennent notamment : () 20° Les dépenses d'entretien des voies communales () ". Et aux termes de l'article L. 141-8 du code de la voirie routière : " Les dépenses d'entretien des voies communales font partie des dépenses obligatoires mises à la charge des communes par l'article L. 221-2 du code des communes ".
10. Le requérant invoque, en premier lieu, l'illégalité fautive du refus de la commune de procéder aux travaux d'entretien et d'élagage de la haie communale qui relèveraient des dépenses obligatoires de la commune. Toutefois, l'obligation d'entretien communal porte uniquement sur la remise en état des voies publiques dégradées afin d'assurer des conditions optimales d'utilisation de la chaussée. Le requérant ne contestant pas le fait que l'entretien de la haie permette une circulation normale sur la voie, il n'est par suite pas fondé à soutenir que le refus de la commune de procéder à l'entretien sollicité serait fautif pour ce motif.
11. Le requérant soutient, en second lieu, que la commune ne peut refuser de procéder aux travaux d'entretien et d'élagage au motif que les haies de la commune seraient protégées. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que la haie litigieuse ferait l'objet d'une protection comme espace boisé classé, d'autre part, les dispositions de l'article 13.4 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone agricole n'interdisent ni le défrichement des haies existantes ni leur entretien, et enfin, contrairement à ce qu'invoque la commune en défense, la circonstance, à la supposer établie, que M. B ait procédé au défrichage de sa parcelle sans autorisation est sans incidence sur l'obligation de la commune de procéder à l'entretien de son domaine.
12. Toutefois, l'illégalité de ce second motif n'entraine pas, par elle-même, l'obligation pour la commune de procéder aux travaux d'entretien sollicités, puisqu'il appartient au requérant d'établir que les dommages dont il demande qu'il soit mis fin trouvent leur origine dans la haie litigieuse. Ainsi qu'il a été exposé au point 8, en l'absence de lien d'imputabilité entre le défaut d'entretien invoqué et les dommages allégués, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à rechercher la responsabilité de la commune de Rarecourt pour carence fautive.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation de M. B ainsi que celles à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B le versement à la commune de Rarecourt d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
15. Les conclusions présentées par le requérant sur le même fondement doivent, en revanche, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la commune de Rarecourt une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la commune de Rarecourt au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Rarecourt.
Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La rapporteure,
F. Milin-Rance
Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026