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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103350

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103350

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSCP GOSSIN - HORBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2021, la société à responsabilité limitée Formation des Torrières, représentée par la SCP Fabrice Gossin et Eric Horber, demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet du 19 septembre 2021 née du silence gardé par la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) sur son recours exercé contre la décision du 11 mai 2021 rendue par la commission locale d'agrément et de contrôle Est (CLAC).

Elle soutient que :

- dès lors que le site internet du CNAPS était défaillant, ce qui a fait obstacle à ce que son dirigeant puisse déclarer tout changement en ligne, le manquement tiré de l'absence de déclaration ne peut être regardé comme constitué ;

- c'est à tort que lui a été reprochée l'organisation d'une session d'examen non conforme au référentiel technique général, la participation de l'un de ses salariés comme membre du jury délivrant le titre qui lui a été accordé ne lui étant pas imputable ;

- contrairement à ce qu'a retenu la commission nationale d'agrément et de contrôle, messieurs Chaval et Mackza disposaient de la qualification professionnelle et d'une expérience professionnelle suffisante au sens de l'article R. 625-10 du code de la sécurité intérieure, de l'article 4.1 de l'annexe II de l'arrêté du 1er juillet 2016 et de l'annexe IV du même arrêté

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Formation des Torrières ne sont pas fondés.

Par une lettre du 4 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, les manquements aux dispositions des articles R. 625-6 et R. 625-7 du code de la sécurité intérieure n'étant pas au nombre des manquements pour lesquels l'article R. 625-9 du code de la sécurité intérieure autorise l'administration à infliger une sanction.

Des observations en réponse au moyen d'ordre public ont été enregistrées le 11 octobre 2023 pour le conseil national des activités privées de sécurité et ont été communiquées à la société requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Di Candia, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Bastian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Formation des Torrières exploite un centre de formation à destination des équipes cynotechniques dans les domaines de la protection, des interventions cynophiles, de la détection d'explosifs et de la sécurité incendie sur le territoire de la commune de Neufchâteau, dans les Vosges. A la suite d'un contrôle ayant eu lieu le 9 septembre 2020, à l'issue duquel plusieurs manquements ont été constatés, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a saisi la commission locale d'agrément et de contrôle Est (CLAC) afin que celle-ci mette en œuvre une action disciplinaire. Par décision du 11 mai 2021, cette commission locale a prononcé un blâme à l'encontre de la SARL Formation des Torrières et lui a infligé une amende d'un montant de 10 000 euros. Saisi d'un recours administratif à l'encontre de cette décision, le CNAPS a, en conservant le silence, implicitement rejeté le recours administratif formé par la société requérante, reçu dans ses services le 19 juillet 2021. La SARL Formation des Torrières demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le CNAPS.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, applicable au recours formé par la société requérante : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 633-9 du même code, dans sa rédaction applicable à la même date : " Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission locale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de ce recours. / Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle. Une copie en est adressée à la commission locale d'agrément et de contrôle concernée ".

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Ainsi, lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, la décision implicite, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première.

4. En l'espèce, par une décision du 16 juin 2022, la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAPS) a explicitement statué sur le recours de la société requérante. Dès lors que cette décision s'est substituée à la décision implicite née de l'absence de la réponse initiale au recours administratif formé par la société requérante, ses conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme dirigées exclusivement contre cette décision du 16 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 634-9 du code de la sécurité intérieure : " Les sanctions disciplinaires applicables aux personnes physiques et morales exerçant les activités définies aux titres Ier, II et II bis du présent livre sont, en fonction de la gravité des faits reprochés, l'avertissement, le blâme et l'interdiction d'exercice de l'activité privée de sécurité ou de l'activité mentionnée à l'article L. 625-1 à titre temporaire pour une durée qui ne peut excéder sept ans./

Ces sanctions peuvent être assorties de pénalités financières dont le montant est fonction de la gravité du ou des manquements commis et, le cas échéant, des avantages tirés du ou des manquements, sans pouvoir excéder 150 000 euros pour les personnes morales et les personnes physiques non salariées et 7 500 euros pour les personnes physiques salariées. ". En vertu de l'article R. 625-9 du même code, seuls les manquements aux devoirs définis aux dispositions contenues à la section 4 du chapitre II du titre II bis du livre VI peuvent exposer le détenteur de l'autorisation à des sanctions disciplinaires.

6. Il résulte des termes de la décision prise par la commission locale d'agrément et de contrôle du 11 mai 2021 que l'ensemble des manquements pour lesquels la société requérante s'est vue infliger un blâme et une pénalité financière d'un montant de 10 000 euros trouvent leurs fondements dans le non-respect des dispositions R. 625-6 et R. 625-7 du code de la sécurité intérieure, qui ne sont pas au nombre de celles pouvant donnant lieu à des sanctions disciplinaires en vertu de l'article R. 625-9 du même code.

7. Le principe de légalité des délits et des peines, qui s'étend à toute sanction ayant le caractère d'une punition, fait obstacle à ce que l'administration inflige une sanction si, à la date des faits litigieux, il n'apparaît pas de façon raisonnablement prévisible par l'intéressé que le comportement litigieux est susceptible d'être sanctionné.

8. Si le CNAPS se prévaut en défense des dispositions de l'article L. 634-7 du code de la sécurité intérieure selon lesquelles " tout manquement aux lois, règlements et obligations professionnelles et déontologiques applicables aux activités privées de sécurité peut donner lieu à sanction disciplinaire, ces dispositions ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er mai 2022, soit postérieurement à la date des faits litigieux. Dans ces conditions, à la date de ces faits, les manquements reprochés à la société requérante n'étant pas au nombre de ceux pouvant justifier une sanction, la décision attaquée méconnaît le champ d'application de l'article R. 625-9 du code de la sécurité intérieure.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête, que la décision attaquée de la commission nationale d'agrément et de contrôle du 16 juin 2022 doit être annulée.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du 16 juin 2022 est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) Formation des Torrières et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience publique du 19 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président-rapporteur,

- Mme Bourjol, première conseillère,

- Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

O. Di CandiaL'assesseure la plus ancienne,

A. Bourjol

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2103350

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