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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103414

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103414

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantGUYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Guyon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle la directrice générale de l'agence régionale de santé (ARS) Grand Est l'a invitée à présenter des pièces justificatives afin d'apprécier la conformité de sa situation vaccinale aux dispositions issues de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;

2°) d'enjoindre à la directrice générale de l'ARS Grand Est, à titre principal, de la rétablir dans ses fonctions et de procéder au versement de sa rémunération, y compris de manière rétroactive, dans tous ses éléments et accessoires, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et dans l'attente, de procéder au versement de sa rémunération, y compris de manière rétroactive, dans tous ses éléments et accessoires, le tout sous une astreinte de 400 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît le principe des droits de la défense et les dispositions combinées des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- elle constitue une mesure de police administrative illégale ;

- elle porte atteinte au principe d'égalité et constitue une discrimination ;

- elle méconnaît les articles 2, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le droit à la santé, le droit au respect de l'intégrité physique et du corps humain, le principe de précaution, le droit au respect du secret médical, la liberté individuelle, la liberté d'entreprendre et la liberté du commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2022, l'agence régionale de santé Grand Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que le courrier du 15 octobre 2021 ne constitue qu'une mesure préparatoire ne faisant pas grief, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Risacher, substituant Me Guyon, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B exerce en qualité de masseuse-kinésithérapeute libérale à Épinal (Vosges). Par lettre du 15 octobre 2021, la directrice générale de l'agence régionale de santé (ARS) Grand Est l'a, d'une part, invitée à présenter des pièces justificatives au regard de son statut vaccinal, d'autre part, l'a informée des modalités souhaitées d'une telle transmission, enfin, l'a avertie qu'en l'absence de justification de l'engagement d'un schéma vaccinal contre la covid-19 au 27 octobre 2021, délai de rigueur, elle sera réputée ne plus pouvoir exercer son activité. Par la requête susvisée, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Si la loi a confié aux ARS une mission de contrôle du respect de cette obligation par les professionnels libéraux, elle n'a pas conditionné l'interdiction d'exercer découlant du non-respect de l'obligation vaccinale à l'édiction d'une décision préalable. Les éventuelles sanctions pénales ou disciplinaires auxquelles s'exposent les professionnels libéraux et qui pourraient être décidées par les juridictions judiciaires ou les conseils de discipline des ordres professionnels ne nécessitent pas une telle décision administrative préalable mais résultent directement du constat par ces autorités du non-respect de la loi. Dans ces conditions, le courrier du 15 octobre 2021 de la directrice générale de l'ARS Grand Est, qui se borne à rappeler à Mme B le cadre juridique établi par la loi du 5 août 2021 et les obligations afférentes pour la requérante tout en indiquant les modalités pratiques permettant d'y déférer et les conséquences qui pourraient découler de l'absence de transmission des justificatifs de son statut vaccinal, notamment qu'elle serait alors réputée ne plus pouvoir exercer son activité professionnelle en application de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, qui ne comporte en lui-même aucun effet juridique, ne peut être regardé comme une décision lui faisant grief. Il y a lieu, par suite, d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par l'ARS Grand Est aux conclusions à fins d'annulation.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la " décision " du 15 octobre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais de l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée, pour information, à l'agence régionale de santé Grand Est.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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