mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103442 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SCP SYNERGIE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 novembre 2021 et 28 février 2022, l'association de chasse " La Saint-Hubert " demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 20 août 2021 par laquelle le conseil municipal de Fontenoy-le-Château a décidé d'attribuer les droits de chasse sur les biens communaux ainsi que la décision du 19 novembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Fontenoy-le-château a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Fontenoy-le-château de lui attribuer un lot de chasse cohérent et non disproportionné en application de l'article 542 du code civil, d'appliquer les mêmes prix à l'hectare aux deux associations, d'organiser une vraie négociation des clauses particulières du bail conclue avec elle, de faire publier la décision de la juridiction dans la presse locale et dans une revue cynégétique ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Fontenoy-le-château une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'y a aucune raison valable justifiant les différences de taille et des prix de location à l'hectare entre les deux lots de chasse et l'article 542 du code civil n'est pas respecté ; il existe une discrimination entre les deux associations bénéficiaires du droit de chasse communal ;
- l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas respecté.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2022, la commune de Fontenoy-le-château, représentée par Me Babel, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'association de chasse " La Saint-Hubert " en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par l'association de chasse " La Saint-Hubert " ne sont pas fondés et que les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables.
La procédure a été communiquée à la société de chasse communale de Fontenoy-le-château qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de Me Babel, représentant la commune de Fontenoy-le-château.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Fontenoy-le-Château est propriétaire de forêts communales et de terrains de chasse dont les baux de chasse sont arrivés à terme le 31 mars 2017. Par deux délibérations du 27 mars 2017, le conseil municipal de Fontenoy-le-Château a, d'une part, décidé de ne constituer qu'un seul lot de chasse incluant l'ensemble des parcelles chassables appartenant à la commune ainsi que les parcelles forestières soumises au régime forestier de l'ex-commune de Le Magny et, d'autre part, autorisé le maire à signer un bail de location de chasse entre la commune et la société de chasse communale de Fontenoy-le-Château. Ces délibérations ont été annulées, à la demande de l'association de chasse " La Saint-Hubert ", par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 6 juillet 2021 qui a également enjoint à la commune de procéder au réexamen des modalités d'attribution des baux de chasse. Par une nouvelle délibération du 21 août 2021, le conseil municipal de la commune a décidé de conclure deux baux de location du droit de chasse, l'un attribué à l'association de chasse " La Saint-Hubert " et portant sur les parcelles " 8M et 17M " d'une surface de 62,37 ha correspondant aux parcelles communales incluses dans le plan de chasse et/ou plan de gestion grand gibier n° 5E282C01 délimité par la fédération départementale des chasseurs des Vosges, pour un montant annuel de 3 043,50 euros, l'autre attribué à la société de chasse communale de Fontenoy-le-château correspondant aux parcelles forestières 1 à 86, 1M à 7M, 21M et 22M, d'une surface de 1 065,87 ha, ainsi que les terrains communaux chassables de Fontenoy-le-Château, hormis ceux de l'ex-commune de Le Magny, soit 310,42 ha, soit un total de 1 376,29 ha correspondant aux parcelles communales incluses dans le plan de chasse et/ou plan de gestion du grand gibier n° 5EI76M011 délimité par la fédération départementale des chasseurs des Vosges, pour un montant annuel de 24 956,50 euros. L'association de chasse " La Saint-Hubert " a formé un recours gracieux contre cette délibération le 1er octobre 2021 que le maire de la commune de Fontenoy-le-château a rejeté par un courrier du 19 novembre 2021. Par la requête susvisée, l'association de chasse " La Saint-Hubert " demande l'annulation de la délibération du conseil municipal de Fontenoy-le-château du 21 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 542 du code civil : " Les biens communaux sont ceux à la propriété ou au produit desquels les habitants d'une ou plusieurs communes ont un droit acquis ".
3. S'il est loisible à l'autorité compétente, pour déterminer les conditions d'utilisation des biens communaux, de donner à bail le droit de chasse sur ces biens, elle ne saurait, sans méconnaître l'égale vocation de l'ensemble des habitants de la commune à bénéficier de ces biens, réserver l'usage, gratuit ou non, du droit de chasse à une personne physique ou morale déterminée, en l'absence de toute justification tirée de l'intérêt public. Il appartient ainsi au juge, saisi d'une délibération autorisant la conclusion d'un bail portant sur le droit de chasse sur des biens communaux, de vérifier, s'il est saisi d'un moyen en ce sens, que la décision de ne faire bénéficier qu'une seule personne morale déterminée de ce droit de chasse est justifiée par des différences de situation ou répond à un but d'intérêt général.
4. En premier lieu, si l'application de l'article 542 du code civil n'implique pas nécessairement, ainsi que le fait valoir la commune de Fontenoy-le-château en défense, que cette dernière partage les droits de chasse sur le territoire communal par l'attribution de parcelles de surfaces équivalentes entre les deux associations communales de chasse, ni même que l'une d'elle devrait disposer d'au moins 40 % de la surface à attribuer. La répartition des cinq forêts communales en cause, dont il n'est pas contesté qu'elles constituent des biens communaux, ne saurait non plus être réalisée au prix d'une discrimination sans lien avec l'intérêt général ou une différence de situation.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que la commune a identifié deux territoires de chasse distincts incluant les parcelles communales et que l'attribution décidée par la délibération en cause de quatre des cinq massifs forestiers communaux à la société de chasse communale de Fontenoy-le-château se justifie par la circonstance que celle-ci dispose des droits de chasse sur des parcelles appartenant à des particuliers, limitrophes de ces massifs, créant ainsi un territoire de chasse continu favorable tant à l'atteinte de l'objectif prioritaire d'un retour à l'équilibre sylvo-cynégétique fixé par le plan d'aménagement forestier établi par la région Grand Est pour la période 2020-2039 qu'à la réalisation du plan de chasse unique n° 5EI76M011 attribué à cette association, ainsi qu'à la sécurité des personnes. Si l'association requérante soutient que des demandes de plans de chasse ont été déposées par d'autres organisations pour des terrains localisés sur le territoire de la commune dont certains se situeraient entre les forêts communales, cette allégation, au demeurant non établie, n'infirme pas la cohérence du territoire de chasse dont dispose la société de chasse communale de Fontenoy-le-château. En outre, si l'association de chasse " La Saint-Hubert " soutient que son territoire de chasse ne contient aucune parcelle en semis susceptible d'attirer les cervidés, elle ne conteste pas que la parcelle 15M, que la commune affirme être en semis, se situe sur le territoire de chasse qui lui a été attribué, ni que les parcelles 13M et 14M en font également partie et sont en cours de régénération forestière. D'autre part, la délibération attaquée fixe, pour les deux lots, un prix déterminé proportionnellement au nombre de plombs (bagues ou droits de tir pour l'espèce cerf-biche-faon), de sorte qu'il n'en résulte aucune discrimination entre les deux associations concurrentes. Enfin, l'association requérante ne démontre pas que le nombre de quinze fusils qui lui a été autorisé, soit environ un pour quatre hectares, quand la société de chasse communale de Fontenoy-le-château s'en est vu attribuer soixante, soit un pour vingt-trois hectares, constituerait une discrimination opérée à son détriment.
6. Par ailleurs, le gibier étant par nature mobile, quel que soit le territoire chassable considéré, la seule circonstance que le " noyau de cent têtes " qui est régulièrement observé sur le territoire de chasse qui a été attribué à la requérante n'est pas susceptible de s'y cantonner, ne saurait démontrer une discrimination illégale. De même, la circonstance, à la supposer avérée, que le plan de chasse annuel, attribué par la fédération départementale des chasseurs sur demande du titulaire du droit de chasse, serait " disproportionné " et ne pourrait être garanti sur la durée du bail conclu avec la commune est sans incidence sur la légalité de l'attribution et le respect de l'article 542 du code civil, pas plus qu'il n'est susceptible de traduire une discrimination lors de l'attribution des droits de chasse sur les biens communaux. Enfin, alors en tout état de cause que les jours de chasse fixés par la délibération en litige sont les mêmes pour les deux associations, la requérante ne peut non plus utilement faire valoir, pour démontrer une discrimination, la circonstance que la limitation des jours au cours desquels la chasse est autorisée serait un obstacle à la réalisation du plan de chasse.
7. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 542 du code civil doit être écarté.
8. En second lieu, le principe de non-discrimination édicté par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne concerne que la jouissance des droits et libertés reconnus par la convention et ses protocoles additionnels. Dès lors, il appartient au requérant qui se prévaut de la violation de ce principe d'invoquer devant le juge administratif le droit ou la liberté dont la jouissance est affectée par la discrimination alléguée. Or, l'association de chasse " La Saint-Hubert " ne se prévaut d'aucun droit ou liberté reconnus par la convention qui serait méconnu et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article ne peut, par suite, qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de l'association de chasse " La Saint-Hubert " tendant à l'annulation de la délibération du 20 août 2021 prise par le conseil municipal de la commune de Fontenoy-le-château doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Fontenoy-le-château à ces conclusions à fin d'injonction, qu'elles ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association de chasse " La Saint-Hubert " une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Fontenoy-le-château et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de l'association de chasse " La Saint-Hubert " est rejetée.
Article 2 : L'association de chasse " La Saint-Hubert " versera à la commune de Fontenoy-le-château une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Fontenoy-le-château présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association de chasse " La Saint-Hubert ", à la commune de Fontenoy-le-château et à la société de chasse communale de Fontenoy-le-château.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026