mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103443 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | LOCTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 novembre 2021 et 8 décembre 2023, la commune de Juvigny-sur-Loison, représentée par Me Loctin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel la préfète de la Meuse l'a mise en demeure de réaliser un passage caméra dans les ouvrages exploités pour l'alimentation en eau potable de sa population et d'effectuer mensuellement des mesures des débits de sources ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;
- la décision a été prise sans respecter la procédure contradictoire préalable ;
- la préfète n'a pas pris en compte les observations de la commune ni justifié l'urgence à édicter une mise en demeure ;
- la deuxième arrivée d'eau au réservoir communal alimentant la commune en eau potable n'existe pas ;
- l'arrêt de l'instruction du dossier de protection des sources " du caveau d'Iré " et " du Chou " n'est pas de la responsabilité de la commune mais des administrations départementales ;
- la maîtrise d'ouvrage a été déléguée à la commune de Louppy-sur-Loison par une délibération du 30 juillet 2007, de sorte qu'elle est incompétente pour réaliser les travaux prescrits.
Par des mémoires en défense enregistrés les 14 janvier 2022 et 15 décembre 2023, la préfète de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de Me Barbier-Renard, substituant Me Loctin, représentant la commune de Juvigny-sur-Loison.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de la procédure de définition du périmètre de protection du captage des eaux potables alimentant la population de la commune de Juvigny-sur-Loison (Meuse) et de l'étude d'une interconnexion des réseaux d'eau de cette commune et de la commune voisine de Louppy-sur-Loison, et alors que la direction territoriale de Meuse de l'agence régionale de santé (ARS) Grand Est a constaté la présence de deux arrivées d'eau dans le réservoir de la commune, la préfète de la Meuse a, par un arrêté en date du 9 novembre 2021 dont la commune de Juvigny-sur-Loison demande l'annulation, mis en demeure le maire de la commune de réaliser, dans un délai de deux mois, un passage caméra dans les ouvrages exploités pour l'alimentation en eau potable de sa population et d'effectuer mensuellement pendant une année des mesures de débits de sources pour connaître la quantité d'eau disponible afin de poursuivre l'instruction de la procédure de protection des sources " du Caveau d'Iré " et " du Chou ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. Christian Robbe-Grillet, secrétaire général, auquel la préfète de la Meuse avait délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté n° 2021-2519 en date du 13 octobre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, à la suite de la visite sur place le 7 novembre 2019 des agents du service des eaux destinées à la consommation humaine de la délégation territoriale de Meuse de l'ARS Grand Est, la commune de Juvigny-sur-Loison en a reçu, le 9 janvier 2020, le compte-rendu, lequel comportait des préconisations permettant de poursuivre la procédure de protection des sources d'alimentation en eau potable de la commune. Elle a également reçu un courrier de la préfète de la Meuse du 29 juin 2021 lui rappelant la procédure suivie et les obligations qui lui avaient ainsi été prescrites. Par ailleurs, la préfète de la Meuse a, par un courrier du 24 septembre 2021, informé la commune de son intention de la mettre en demeure de réaliser un passage caméra dans les ouvrages exploités pour l'alimentation en eau potable de sa population et d'effectuer mensuellement des mesures des débits de sources et a joint à ce courrier un projet d'arrêté en ce sens. Elle y indiquait également que la commune disposait d'un délai d'un mois pour présenter ses observations. Le moyen tiré de ce que la procédure contradictoire n'aurait pas été respectée doit, par suite, être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du I de l'article L. 1324-1 A du code de la santé publique : " Indépendamment des poursuites pénales, en cas d'inobservation des dispositions prévues par les articles L. 1321-1, L. 1321-2, L. 1321-4, L. 1321-8, L. 1321-9, L. 1322-2, L. 1322-3 et L. 1322-4 ou des règlements et décisions individuelles pris pour leur application, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne responsable de la production ou de la distribution de l'eau au public ou, à défaut, le propriétaire de l'installation de production, de distribution ou de l'établissement thermal concerné d'y satisfaire dans un délai déterminé ".
6. La préfète, qui rappelle dans l'arrêté en litige qu'une deuxième arrivée d'eau au réservoir communal a été constatée et que celle-ci était inconnue des services de la direction territoriale de Meuse de l'ARS Grand Est, n'avait pas à répondre plus explicitement aux observations du maire de la commune de Juvigny-sur-Loison qui, au demeurant, n'a répondu qu'au courrier du 29 juin 2021 de la préfète lui rappelant, à la suite des services de l'ARS, ses obligations et n'a apporté aucune réponse au courrier en date du 24 septembre 2021 par lequel la préfète lui a, dans le cadre de la procédure contradictoire, soumis pour observations le projet de mise en demeure. Par ailleurs, alors que la mise en demeure n'est soumise à aucune condition d'urgence, le moyen tiré de ce que la préfète n'a pas justifié d'une éventuelle urgence à mettre en œuvre la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 1324-1 A du code de la santé publique est, en tout état de cause, inopérant, et ne peut, par suite, qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 1321-2 du code de la santé publique : " En vue d'assurer la protection de la qualité des eaux, l'acte portant déclaration d'utilité publique des travaux de prélèvement d'eau destinée à la consommation humaine mentionné à l'article L. 215-13 du code de l'environnement détermine autour du point de prélèvement un périmètre de protection immédiate dont les terrains sont à acquérir en pleine propriété et un périmètre de protection rapprochée à l'intérieur duquel peuvent être interdits ou réglementés toutes sortes d'installations, travaux, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols de nature à nuire directement ou indirectement à la qualité des eaux. Pour les points de prélèvement qui ne sont pas considérés comme sensibles au sens de l'article L. 211-11-1 du même code, un périmètre de protection éloignée peut être adjoint aux périmètres de protection immédiate et rapprochée. À l'intérieur du périmètre de protection éloignée, peuvent être réglementés les installations, travaux, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols et dépôts ci-dessus mentionnés. / () ".
8. Aux termes de l'article L. 1324-1 A du même code : " I.- Indépendamment des poursuites pénales, en cas d'inobservation des dispositions prévues par les articles L. 1321-1, L. 1321-2, L. 1321-4, L. 1321-8, L. 1321-9, L. 1322-2, L. 1322-3 et L. 1322-4 ou des règlements et décisions individuelles pris pour leur application, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne responsable de la production ou de la distribution de l'eau au public ou, à défaut, le propriétaire de l'installation de production, de distribution ou de l'établissement thermal concerné d'y satisfaire dans un délai déterminé. / II.- Si, à l'expiration du délai fixé, l'intéressé n'a pas obtempéré à cette injonction, l'autorité administrative compétente peut : / 1° L'obliger à consigner entre les mains d'un comptable public une somme correspondant à l'estimation du montant des travaux à réaliser, laquelle sera restituée au fur et à mesure de leur exécution ; il est, le cas échéant, procédé au recouvrement de cette somme comme en matière de créances de l'État étrangères à l'impôt et au domaine ; / 2° Faire procéder d'office, aux frais de l'intéressé, à l'exécution des mesures prescrites. Les sommes consignées en application des dispositions ci-dessus peuvent être utilisées pour régler les dépenses entraînées par l'exécution d'office ; / 3° Suspendre, s'il y a lieu, la production ou la distribution jusqu'à exécution des conditions imposées ; / 4° Prononcer une amende administrative à l'encontre de l'auteur de l'infraction, assortie d'une astreinte journalière ".
9. D'une part, l'article 2 de l'arrêté en litige se borne à rappeler les sanctions prévues par les dispositions précitées du II de l'article L. 1324-1 A du code de la santé publique en cas de non-respect des mesures prescrites par l'article 1er du même arrêté. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cet article serait dénué de fondement légal et, dès lors que ces sanctions ne sont pas prononcées, qu'elles seraient disproportionnées.
10. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'inspectrice relevant de la direction territoriale de Meuse de l'agence régionale de santé a constaté, lors d'une visite sur place le 7 novembre 2019, que le réservoir d'alimentation en eau potable de la commune de Juvigny-sur-Loison était alimenté, outre par la source " du caveau d'Iré ", par une seconde source non identifiée. Outre le courrier du 9 janvier 2020 faisant suite à cette visite par lequel le service a fait part de ce constat au maire de la commune de Juvigny-sur-Loison, précisant qu'il avait été fait en présence du premier adjoint au maire et du fontainier de la commune, la préfète de la Meuse produit des photographies du réservoir sur lesquelles sont visibles les deux amenées d'eau qui l'alimentent. L'avis du 3 décembre 2018 du coordonnateur des hydrogéologues agréés dont se prévaut le maire de la commune de Juvigny-sur-Loison porte quant à lui sur la définition du périmètre de protection rapprochée des captages de la commune voisine de Louppy-sur-Loison. La requérante ne démontre ainsi aucunement l'inexistence de cette seconde source d'alimentation de son réservoir d'eau potable. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait commise par la préfète ne peut qu'être écarté.
11. En cinquième lieu, la commune de Juvigny-sur-Loison soutient que la maîtrise d'ouvrage de la protection des captages a été déléguée à la commune voisine de Louppy-sur-Loison. Il résulte de l'instruction que ces deux communes ont, par des délibérations respectivement adoptées les 16 décembre 2005 et 30 juillet 2007, décidé que la maîtrise d'ouvrage de la première phase technique de la procédure d'établissement des périmètres de protection des captages utilisés pour l'alimentation en eau potable des communes (" le Chou " et " Le Caveau d'Iré ") serait déléguée à la commune de Louppy-sur-Loison. La convention de délégation qui a été conclue en ce sens le 19 novembre 2007 précise qu'elle porte sur la maîtrise d'ouvrage d'une étude hydrogéologique préalable nécessaire à la procédure de déclaration d'utilité publique de leurs captages d'eau potable respectifs, que sa durée maximale est de dix-huit mois et qu'elle prendra fin à la réception définitive de l'étude et des documents qui le concernent au délégant. Il n'est pas contesté que l'étude ainsi visée de l'hydrogéologue agréé en date du 20 février 2013 a été remise à la commune de Juvigny-sur-Loison, autorité délégante. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que par une autre décision, la maîtrise d'ouvrage de la seconde phase, administrative, de la procédure de déclaration d'utilité publique relative aux sources relevant de la commune de Juvigny-sur-Loison ait été à son tour déléguée à la commune de Louppy-sur-Loison. Dans ces conditions, la commune de Juvigny-sur-Loison n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'est pas compétente pour procéder aux travaux auxquels la préfète de la Meuse l'a mise en demeure de procéder.
12. En dernier lieu, si la commune de Juvigny-sur-Loison impute aux services départementaux l'interruption de la procédure d'instruction du dossier de protection des sources " du caveau d'Iré " et " du Chou " de la commune, cette interruption, postérieure à l'arrêté en litige, n'est en tout état de cause pas de nature à entacher celui-ci d'illégalité. Ce moyen, inopérant, ne peut ainsi qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la commune de Juvigny-sur-Loison tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2021 doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par la commune de Juvigny-sur-Loison au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la commune de Juvigny-sur-Loison est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Juvigny-sur-Loison et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Meuse.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026