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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103482

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103482

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL RICHARD & LEHMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 novembre 2021 et 4 juillet 2022, et un mémoire non communiqué enregistré le 24 mai 2023, la société Immo XS représentée par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2021 par laquelle le président de la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat (CCTLB) a refusé de procéder à la vente des parcelles cadastrées section BW n°58 et BW n°162 situées sur le territoire de la commune de Lunéville, ensemble la décision du 8 novembre 2021 par laquelle le président de la CCTLB a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat de régulariser la vente en procédant à la signature de l'acte authentique dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat le versement d'une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente ;

- les courriers du 7 octobre 2021 et du 8 novembre 2021 présentent le caractère d'une décision ;

- la délibération du 23 janvier 2020 fixant les conditions de la vente est un acte créateur de droits de sorte que, ne pouvant être retirée, elle doit être exécutée par le président de la communauté de communes ;

- la délibération du 23 janvier 2020 ne porte pas sur une cession à vil prix ;

- le courrier du président de la communauté de communes ainsi que le rejet de son recours gracieux méconnaissent les dispositions de l'article L. 5211-9 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'ils constituent des refus d'exécution d'une délibération de l'organe délibérant par le président.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 juin 2022 et 21 avril 2023, la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat, représentée par Me Loctin conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la SCI Immo XS du versement d'une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante ne démontre pas disposer d'un intérêt à agir ;

- la requête est irrecevable dès lors que les courriers contestés constituent une simple information et ne peuvent être regardés comme présentant le caractère d'une décision, la conclusion de la vente appartenant à l'établissement public foncier de Grand Est ;

- le moyen tiré de l'illégalité du retrait de la délibération du 23 janvier 2020 est inopérant dès lors que les courriers du président de la CCTLB des 7 octobre 2021 et 8 novembre 2021 ne constituent pas un retrait d'une décision créatrice de droits mais un refus d'exécution de la délibération ;

- le moyen tiré de l'illégalité du retrait est inopérant dès lors que le président était tenu de refuser l'exécution de la délibération entachée d'illégalité, laquelle acceptait la vente à vil prix.

Par deux ordonnances en date des 7 et 28 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2023.

Le mémoire enregistré le 12 novembre 2024 pour la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat n'a pas été communiqué.

Par un courrier en date du 13 novembre 2024, les parties ont été informées, conformément à l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office un moyen tiré de l'incompétence du président de la CCTLB pour abroger le prix fixé par la délibération du conseil communautaire en date du 23 janvier 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- les observations de Me Lehman, représentant la société Immo XS,

- et les observations de Me Dartois, représentant la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat.

Considérant ce qui suit :

1. La CCTLB a conclu le 26 octobre 2017 avec l'établissement public foncier lorrain, devenu établissement public foncier de Grand-Est (EPFGE), une convention de maîtrise foncière opérationnelle prévoyant le rachat par la communauté de communes ou par des tiers de terrains acquis par l'EPFGE situés sur la zone du " Mossus " sur le territoire des communes de Lunéville et de Moncel-lès-Lunéville, en vue de créer une zone d'activité économique. Par une délibération du 23 janvier 2020, la CCTLB a autorisé l'EPFGE à céder un terrain à la SCI Immo XS, afin de permettre l'extension d'activité de la société Polyex située à proximité. Par un courrier du 21 mai 2021, la société Polyex a demandé à la CCTLB de formaliser la vente des parcelles cadastrées section BW n°58 et n°162 sur le territoire de la commune de Lunéville. Par une lettre du 7 octobre 2021, le président de la CCTLB a refusé d'y procéder au motif que le prix était inférieur à la valeur vénale du bien et a proposé l'adoption d'une nouvelle délibération. Par un courrier en date du 29 octobre 2021, la SCI Immo XS a formé un recours gracieux, lequel a été rejeté le 8 novembre 2021. Par la requête susvisée, la société Immo XS demande l'annulation de la décision du 7 octobre 2021, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Il ressort des termes de l'article 6.1 de la convention de portage foncier conclue entre l'EPFGE et la communauté de communes le 26 octobre 2017, d'une part, que les biens acquis par l'EPFGE sont destinés à être rétrocédés à la communauté de communes, et, d'autre part, que la cession de biens au profit de tiers est subordonnée à un accord préalable, formel et exprès de la collectivité. Un tel accord étant une décision détachable de l'acte de vente, le président de la CCTLB, en informant le président de la société Polyex, par courrier en date du 7 octobre 2021, qu'il n'entendait pas procéder à l'organisation de la vente sollicitée aux conditions votées par la délibération du conseil communautaire en date du 23 janvier 2020, en a remis en cause la teneur, ce qui fait obstacle à la réalisation de la vente par l'EPFGE. Il est constant que la société Immo XS se porte acquéreuse des parcelles cadastrées section BW n°58 et 162 pour permettre le développement de l'activité de la société Polyex. La décision du président de la CCTLB lui faisant grief, elle est recevable à en demander l'annulation et la fin de non-recevoir opposée par la CCTLB doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 5211-6 du code général des collectivités territoriales, dans sa version en vigueur à la date de la décision de résiliation en litige : " Les métropoles, communautés urbaines, communautés d'agglomération et communautés de communes sont administrées par un organe délibérant composé de représentants des communes membres désignés dans les conditions prévues au titre V du livre Ier du code électoral. () ". Aux termes de l'article L. 5211-9 de ce code : " Le président est l'organe exécutif de l'établissement public de coopération intercommunale. / Il prépare et exécute les délibérations de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale () ". Et aux termes de l'article L. 5211-10 de ce même code : " () Le président, les vice-présidents ayant reçu délégation ou le bureau dans son ensemble peuvent recevoir délégation d'une partie des attributions de l'organe délibérant () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la décision de céder un bien relevant de son domaine privé, et, en application du principe de parallélisme des formes et des procédures, la décision d'en remettre en cause les conditions, relèvent de la compétence de l'organe délibérant de la communauté de communes, chargé d'administrer l'établissement public de coopération intercommunale, lequel peut toutefois, déléguer une partie de ses attributions dans les limites posées par l'article L. 5211-10 du code général des collectivités territoriales.

5. Par une délibération en date du 23 janvier 2020, le conseil communautaire de la CCTLB a autorisé l'établissement public foncier de Lorraine à céder à la SCI Immo XS un terrain, dont l'emprise foncière d'environ 1,4 hectares est matérialisée sur un plan annexé, au prix de 5,5 euros hors droits et taxes le mètre carré. Si cette délibération autorisait le président de la communauté de communes à signer tout document relatif à cette affaire, cette habilitation ne lui permettait pas de revenir sur les éléments de la cession sur lesquels le conseil communautaire a donné son accord et qui n'ont fait l'objet d'aucune réserve de sa part. La circonstance que les conditions d'une telle vente relèveraient d'une cession à vil prix ne permettait pas davantage au président de la communauté de communes de remettre en cause l'accord du conseil communautaire avant que celui-ci n'ait délibéré en ce sens. Et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une délibération ultérieure du conseil communautaire se soit substituée à la délibération du 23 janvier 2020. Dès lors, le président de la communauté de communes était incompétent pour remettre en cause le prix sur lequel le conseil communautaire a donné son accord le 23 janvier 2020.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 7 octobre 2021 par laquelle le président de la CCTLB a remis en cause la teneur de la délibération du 23 janvier 2020, ensemble la décision du 8 novembre 2021 portant rejet du recours gracieux de la SCI Immo XS, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date du présent jugement le terrain en litige ait été rétrocédé par l'EPFGE à la CCTLB en application de la convention de maîtrise foncière opérationnelle du 26 février 2017 et de ses avenants successifs. Dès lors, l'exécution du présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint à la communauté de communes de procéder à la vente. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Immo XS, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que sollicite la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat le versement à la SCI Immo XS d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La décision en date du 7 octobre 2021 du président de la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat, ensemble la décision du 8 novembre 2021 de rejet du recours gracieux de la société Immo XS, sont annulées.

Article 2 : La communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat versera à la société Immo XS la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L .761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la société Immo XS est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Immo XS et à la communauté de communes du territoire de Lunéville à Baccarat.

Délibéré après l'audience publique du 19 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103482

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