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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103569

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103569

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL COSSALTER & DE ZOLT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 décembre 2021 et le 22 février 2022, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler la décision en date du 13 août 2021 par laquelle le maire de la commune de Jarny ne s'est pas opposé à la déclaration préalable souscrite par la société Orange UPR Nord Est en vue de l'implantation d'un relais de téléphonie mobile rue Sainte-Barbe à Jarny.

Ils soutiennent que :

- l'antenne présente un risque pour la sécurité en raison de son implantation en zone R 2 d'aléa progressif minier ;

- le maire aurait dû appliquer le principe de précaution ;

- l'implantation de l'antenne porte atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2023, la commune de Jarny, représentée par Me De Zolt, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que M. et Mme A ne démontrent pas leur intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, que les moyens qu'ils soulèvent ne sont pas fondés.

La société Orange UPR Nord Est, à qui la requête a été communiquée, n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Barbier-Renard, substituant Me De Zolt, représentant la commune de Jarny.

Considérant ce qui suit :

1. La société Orange UPR Nord Est a déposé le 16 juillet 2021 un dossier n° DP 54 273 21B0163, complété le 9 août 2021, de déclaration préalable en vue de l'installation d'une antenne relais de radiotéléphonie sur des parcelles cadastrées section AK 0020, AK 0021, AK 0022, AK 0024, AK 0125, AK 0289, AK 0294 à Jarny. Le maire de la commune a autorisé ces travaux par un arrêté du 13 août 2021. Le recours gracieux formé le 8 octobre 2021 par M. et Mme A, voisins du projet, a été implicitement rejeté par le maire de la commune. Par la requête susvisée, M. et Mme A demandent l'annulation de l'arrêté par lequel le maire a autorisé ces travaux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, en vertu du I du règlement du plan de prévention des risques miniers (PPRM) des communes de Conflans-en-Jarnisy, Giraumont, Hatrize, Jarny et Labry annexé à l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 26 mars 2013, la zone R est une " zone inconstructible où tout est interdit sauf certains travaux ", la zone R2 correspondant aux " zones d'aléa sans risque direct pour les personnes mais avec un risque de dommage pour les biens ". Le B de la partie II fixe les dispositions applicables aux zones R 2 et R 3 du PPRM, précise que la zone R 2 correspond à des secteurs d'aléa minier où la sécurité des personnes n'est pas directement menacée et comprend " - des secteurs soumis à l'aléa d'affaissement progressif ; / - des secteurs soumis à l'aléa de mouvements résiduels dans les communes peu concernées " et pose " une interdiction générale des constructions, des installations et travaux à l'exception toutefois des cas explicitement énumérés à l'article b. 2 et b. 3 ". Aux termes de l'article b. 2.2, consacré aux biens futurs dans les seules zones R 2, de ce règlement : " Sont autorisés, sous réserve de respecter les prescriptions techniques des articles b. 3 et b. 6 ci-après et les annexes 1 et 2 du règlement selon le type d'aléa rencontré (affaissement progressif ou mouvements résiduels) ou les dispositions prévues à l'article b. 9 : / () • les équipements et installations nécessaires au fonctionnement des services assurant une mission de service public ou d'intérêt général () ". Aux termes de l'article b. 3 du même règlement consacré aux prescriptions concernant les voiries, infrastructures et réseaux : " La réalisation et l'entretien de voiries, d'infrastructures et de réseaux, sont autorisés et ne sont soumis à aucune prescription particulière au titre du présent PPRM. / Il appartiendra au maître d'ouvrage de s'assurer, notamment dans le cadre des procédures relatives à ces opérations (DUP, DICT, etc.), que la conception de ses ouvrages n'est pas de nature à créer, en cas de réalisation de l'aléa minier, des risques pour les personnes, usagers et occupants de la voirie, de l'infrastructure ou de la zone ".

3. Les antennes relais de radiotéléphonie sont des installations nécessaires au fonctionnement d'un service assurant une mission d'intérêt général et sont donc, en application de l'article b. 2.2, autorisées dans les zones R 2 du PPRM. Par ailleurs, saisie pour avis de la déclaration préalable de la société Orange UPR Nord Est, la direction départementale des territoires a rappelé que " les équipements et installations nécessaires au fonctionnement des services assurant une mission de service public ou d'intérêt général sont autorisés ", relevé que " le pétitionnaire a joint à sa demande une attestation " hors typologie " qui confirme qu'en cas de réalisation de l'aléa, celui-ci ne produirait pas sur le projet des dommages supérieurs au niveau N3 " et estimé que rien ne s'oppose à ce que l'autorisation demandée soit accordée au regard de ce risque.

4. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme peut, si elle estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation d'espèce qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation de construire est sollicitée, y compris d'éléments déjà connus lors de l'élaboration du plan de prévention des risques naturels, que les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique le justifient, refuser, sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de délivrer un permis de construire, alors même que le plan n'aurait pas classé le terrain d'assiette du projet en zone à risques ni prévu de prescriptions particulières qui lui soient applicables.

5. M. et Mme A n'apportent aucune précision relative à la probabilité de réalisation du risque et de ses effets, en cas de réalisation, tant sur l'antenne relais que pour les habitations voisines. Dans ces conditions, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article précité.

6. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 2 à 5 que le moyen tiré du risque que représenterait le projet contesté pour la sécurité publique doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de la charte de l'environnement, à laquelle le Préambule de la Constitution fait référence en vertu de la loi constitutionnelle du 1er mars 2005 : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ". Ces dispositions s'imposent aux pouvoirs publics et aux autorités administratives dans leurs domaines de compétence respectifs. S'il appartient, dès lors, à l'autorité administrative compétente de prendre en compte le principe de précaution lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, les dispositions de l'article 5 de la charte de l'environnement ne permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés faisant apparaître, en l'état des connaissances scientifiques, des risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus.

8. En l'espèce, il ne ressort des pièces versées au dossier aucun élément circonstancié de nature à établir l'existence d'un risque quelconque pouvant résulter, pour le public, de l'installation de l'antenne relais de radiotéléphonie en litige. Par suite, en ne s'opposant pas à la déclaration préalable de travaux de la société Orange UPR Nord Est, le maire de la commune de Jarny n'a pas méconnu le principe de précaution ni entaché son appréciation d'erreur manifeste.

9. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".

10. Il résulte de ces dispositions que les requérants ne peuvent utilement invoquer à l'appui de leur demande d'annulation les nuisances sonores que pourrait induire la présence de cette antenne en cas de vent ou la " pollution visuelle " et la dépréciation de la valeur immobilière de leur bien qui en découleraient dès lors que la décision en litige est délivrée sous réserve des droits des tiers.

11. En dernier lieu, les requérants ne se prévalent d'aucune disposition du plan local d'urbanisme applicable à la commune de Jarny visant à préserver le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants et ne démontrent par aucune des pièces produites que l'antenne relais contestée porterait à l'intérêt des lieux avoisinants l'atteinte qu'ils invoquent. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Jarny, que les conclusions de M. et Mme A tendant à l'annulation de la décision du 13 août 2021 prise par le maire de la commune de Jarny ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Jarny et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : M. et Mme A verseront à la commune de Jarny une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Jarny présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à Mme B A, à la commune de Jarny et à la société Orange UPR Nord Est.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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