mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103587 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | REMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 décembre 2021 et 11 décembre 2023, 28 décembre 2023 et 6 février 2024, M. D C et Mme B E, représentés par Me Remy, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler les décisions du 26 novembre 2020 et 9 novembre 2021 par lesquelles le préfet des Vosges a refusé de fixer la puissance du droit d'usage de l'eau attaché au moulin de Docelles respectivement à 115 kW et 118 kW ;
2°) de constater que le Moulin de Docelles bénéficie d'une puissance ou d'une consistance légale de 118 kW, correspondant à l'utilisation d'un débit maximal dérivé de 2,574 m³/s sous une chute de la dérivation égale à 4,67 m ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le préfet commet une erreur de droit en utilisant la méthode de calcul prévue par l'article R. 214-18-1 du code de l'environnement, privilégiant les éléments statistiques disponibles, et de l'article 3 de l'arrêté ministériel du 11 septembre 2015 qui ne leur est pas applicable dès lors que leur demande ne consiste pas en un porter à connaissance d'une opération de confortement, de remise en eau et/ou de remise en service d'un ouvrage autorisé avant 1919 pour l'usage de l'eau ;
- la consistance légale ou puissance du droit d'usage de l'eau de leurs ouvrages doit être calculée en faisant le produit de la hauteur de chute par le débit maximum de la dérivation par l'intensité de la pesanteur ;
- la hauteur de chute s'établit à 4,67 mètres ;
- le débit maximal dérivé doit être mesuré au niveau de l'entrée d'eau motrice, soit au vannage moteur du moulin, tenant compte de la largeur des trois vannes existantes de 2,574 m² et d'une vitesse de l'eau de l'ordre de 1 m/sec, ce qui conduit à retenir 2,574 m3/sec.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, le préfet des Vosges conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C et Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 11 septembre 2015 fixant les prescriptions techniques générales applicables aux installations, ouvrages, épis et remblais soumis à autorisation ou à déclaration en application des articles L. 214-1 à L. 214-3 du code de l'environnement et relevant de la rubrique 3.1.1.0. de la nomenclature annexée à l'article R. 214-1 du code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- les observations de Me Remy, représentant M. C et Mme E,
- et les observations de M. A, représentant la préfète des Vosges.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme E, propriétaires du " Moulin de Docelles " à Docelles (Vosges), ont sollicité le 7 octobre 2020 le transfert du droit d'eau attaché à ce site localisé sur le cours d'eau Le Barba et la reconnaissance de la consistance légale du droit d'eau à 115 kW. Le préfet des Vosges a, le 26 novembre 2020, reconnu le bénéfice du droit d'eau dont bénéficie leur installation en vertu de l'article L. 511-9 du code de l'environnement, dès lors que cette installation a été autorisée par un arrêté préfectoral du 9 novembre 1865, et a fixé la consistance légale de ce droit à 12 kW. Le recours gracieux formé le 9 septembre 2021 par les requérants tendant à la réformation de cette décision en vue de porter la consistance légale du droit d'usage de l'eau à 118 kW a été rejeté par le préfet des Vosges par une décision du 9 novembre 2021. Par la requête susvisée, M. C et Mme E demandent, d'une part, l'annulation de la décision du 26 novembre 2020 en tant qu'elle refuse de fixer la consistance légale du droit d'eau à 115 kW et de la décision du 9 novembre 2021 en tant qu'elle rejette le recours gracieux et refuse de fixer la consistance légale du droit d'eau à 118 kW, d'autre part, la fixation de la consistance légale du droit d'eau attaché au " Moulin de Docelles " à 118 kW.
Sur la consistance du droit acquis :
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'énergie : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 511-4, nul ne peut disposer de l'énergie des marées, des lacs et des cours d'eau, quel que soit leur classement, sans une concession ou une autorisation de l'État ". Aux termes de l'article L. 511-4 du même code : " Ne sont pas soumises aux dispositions du présent livre : / 1° Les usines ayant une existence légale ; / () ". Aux termes de l'article L. 511-5 du même code : " Sont placées sous le régime de la concession les installations hydrauliques dont la puissance excède 4 500 kilowatts. / Les autres installations sont placées sous le régime de l'autorisation selon les modalités définies à l'article L. 531-1. / La puissance d'une installation hydraulique, ou puissance maximale brute, au sens du présent livre est définie comme le produit de la hauteur de chute par le débit maximum de la dérivation par l'intensité de la pesanteur ". Aux termes de l'article L. 511-9 du même code : " Les installations hydrauliques autorisées à la date du 18 octobre 1919 et dont la puissance ne dépasse pas 150 kilowatts demeurent autorisées conformément à leur titre et sans autre limitation de durée que celle résultant de la possibilité de leur suppression dans les conditions fixées au titre Ier du livre II du code de l'environnement ".
3. Un droit d'usage de l'eau acquis à la date du 18 octobre 1919 conserve, en principe, la consistance légale qui était la sienne à l'origine. À défaut de preuve contraire, cette consistance est présumée conforme à sa consistance actuelle. Celle-ci correspond, non à la force motrice utile que l'exploitant retire de son installation, compte tenu de l'efficacité plus ou moins grande de l'usine hydroélectrique, mais à la puissance maximale dont il peut, en théorie, disposer. S'il résulte des dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'énergie, que ces ouvrages ne sont pas soumis aux dispositions du livre V " Dispositions relatives à l'utilisation de l'énergie hydraulique " du code de l'énergie, leur puissance maximale est calculée en appliquant la même formule que celle qui figure au troisième alinéa de l'article L. 511-5 précité, c'est-à-dire en faisant le produit de la hauteur de chute par le débit maximum de la dérivation par l'intensité de la pesanteur.
4. Invoquant une note d'expertise du 13 novembre 2020 rédigée par les services de l'Office français de la biodiversité (OFB), le préfet des Vosges soutient que l'étude hydraulique réalisée par le bureau d'études Jacquel et Chatillon en avril 2020 à la demande de M. C et Mme E ne tient pas compte de la modification probable du vannage d'entrée du canal d'amenée et utilise une méthodologie de calcul inadaptée reposant sur des hypothèses et postulats maximalistes sans fondement hydraulique. Il fait en outre valoir qu'au vu des états statistiques de 1897 relatifs au bassin de la Vologne sur lesquels est identifiée l'activité du Moulin de Docelles, la consistance légale doit être fixée à 12,26 kW tenant compte d'une hauteur de chute en eaux ordinaires de 5 mètres et d'un volume d'eaux motrices de 0,250 m3/sec.
5. En premier lieu, le document dont se prévaut le préfet qui dresse un inventaire statistique des cours d'eau, usines et irrigations sur le bassin de la Vologne, réalisé en 1897, et qui fait apparaître pour le Barba au niveau du moulin en cause un " volume des eaux motrices " de 0,250 m3/sec et une " chute en eaux ordinaires " de 5 mètres, ne précise, ni s'il s'agissait du débit moyen ou du débit maximal dérivé, ni l'endroit où cette mesure avait été réalisée, ni enfin la méthode utilisée pour la mesure de la chute. Dans ces conditions, ce document décrivant le plus ancien état connu de l'ouvrage, ne permet pas, à lui seul, au vu des informations qu'il contient, de déterminer la consistance légale du droit fondé en titre attaché aux ouvrages du Moulin de Docelles
6. En second lieu, le débit maximum dérivé à prendre en compte est celui du canal d'amenée, apprécié au niveau du vannage d'entrée dans l'usine, en aval de ce canal. La hauteur de chute à retenir est celle de la hauteur constatée de l'ouvrage, y compris les rehausses mobiles, sans tenir compte des variations de débit pouvant affecter le niveau d'eau au point de restitution.
7. D'une part, la hauteur de chute doit être déterminée au vu des caractéristiques de l'ouvrage par la différence entre le sommet de la crête du barrage de prise d'eau et le niveau du lit du cours d'eau au point de restitution des eaux dérivées. Au vu du procès-verbal, établi en 1867, de récolement des travaux autorisés, le bureau d'études Jacquel et Chatillon a constaté que la configuration du site est inchangée depuis l'origine du moulin. Ce bureau d'études a par ailleurs mesuré le niveau du sommet de la crête du barrage de prise d'eau à la cote de 99,85 mètres et il n'est pas sérieusement contesté que le niveau du lit du cours d'eau au point de restitution des eaux dérivées est de 95,33 mètres. Ainsi, la hauteur de chute est, sans qu'il y ait lieu de tenir compte d'éventuelles variations dues à une augmentation du débit de la rivière au point de restitution, de 4,52 mètres.
8. D'autre part, compte tenu de ce qui a été dit au point 6 ci-dessus, le préfet ne peut utilement soutenir qu'il faudrait retenir, pour calculer le débit maximal dérivé, la surface des vannes d'entrée du canal d'amenée, ni celle de la surface de la grille précédant l'entrée de l'eau dans les vannes motrices. Il ne conteste pas non plus utilement la surface des vannes d'entrée dans l'usine en soutenant qu'elle ne correspond pas aux dimensions prescrites par les dispositions de l'arrêté du 9 novembre 1865 ayant autorisé ce moulin dès lors que ces prescriptions concernent, non les vannes d'entrée dans l'usine mais les vannes de décharge destinées à permettre l'irrigation des parcelles voisines de l'ensemble usinier. Par suite, il y a lieu de retenir la surface avancée par les requérants de 2,574 m².
9. Par ailleurs, le préfet ne démontre pas que la vitesse de l'eau, qui constitue le deuxième élément du calcul du débit, évaluée à 1 mètre par seconde par les requérants, ne correspondrait pas à la réalité ni même qu'elle serait disproportionnée par rapport aux données habituellement admises en la matière. Dans ce cadre, si le préfet peut, au titre de la police de l'eau, soumettre l'installation à des prescriptions particulières, notamment en vue d'assurer la continuité écologique sur le cours d'eau en cause, classé en l'espèce en listes 1 et 2 au titre de l'article L. 214-17 du code de l'environnement, la nécessité invoquée par le préfet de limiter la vitesse turbinée devant la grille de l'installation à 0,5 m/sec est inopérante à l'égard du calcul du débit maximal de la dérivation évalué indépendamment de ses conditions de fonctionnement. Par suite, le débit maximal dérivé doit être fixé à 2,574 m3/sec.
10. Dès lors, en appliquant à la hauteur de chute et au débit maximal dérivé ainsi retenus le coefficient d'accélération de la pesanteur de 9,81, la consistance légale du droit fondé en titre attaché à la prise d'eau du " Moulin de Docelles " correspond à une puissance de 114,13 kW.
11. En troisième lieu, dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, la consistance légale correspond à la puissance maximale théorique dont l'exploitant peut disposer, il n'y a pas lieu, contrairement à ce que soutient le préfet, de minorer le résultat obtenu au vu des droits des irrigants, ni de le corriger en fonction du débit moyen interannuel de la rivière le Barba dans sa partie non dérivée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que, selon la formule exposée au point 2 ci-dessus, la consistance du droit attaché aux ouvrages hydrauliques du " Moulin de Docelles " doit être fixée à 114,13 kW.
Sur les frais de l'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et Mme E et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :Il est déclaré que la consistance légale du droit fondé en titre attaché au " Moulin de Docelles " doit être fixée à 114,13 kW.
Article 2 : L'État versera à M. C et Mme E une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C et Mme E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et Mme B E et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée, pour information, à la préfète des Vosges.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026