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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103661

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103661

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 décembre 2021 et 24 août 2022, M. A C, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 26 juillet 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- le préfet ne renverse pas la présomption d'authenticité de l'article 47 du code civil ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 et 25 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 août 2021.

Par une ordonnance du 4 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code civil ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- et les observations de Me Chaïb, représentant M. C.

La note en délibéré présentée pour M. C le 7 septembre 2022 n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien, serait né le 28 octobre 2022 et a déclaré être entré en France en janvier 2019. Par un jugement en date du 15 avril 2019, du tribunal de grande instance de Nancy, il a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance de Meurthe-et-Moselle. Par une demande en date du 2 novembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de jeune majeur et à titre exceptionnel. Par une décision du 26-juillet-2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, M. E B, directeur de la citoyenneté et de l'action locale, a pu légalement signer l'arrêté attaqué en vertu d'une délégation de signature que le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a consentie par un arrêté du 29 mars 2021 publié le 30 mars 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

5. Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles. Si l'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays, il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve, par tout moyen, du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'autorité administrative n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont elle dispose sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié. En outre, en cas de contestation, par l'administration, de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, le requérant a produit les originaux d'un acte de naissance n° 47/CR-D établi le 10 décembre 2018 par le centre principal de la commune de Diallan, un extrait d'acte de naissance n° 47 :CR-D établi le 11 mars 2020 par le centre principal de la commune de Diallan, un jugement supplétif n° 991/RG-2018 établi par la cour d'appel de Kayes le 30 novembre 2018, un certificat de nationalité n° 623 établi par la cour d'appel de Kayes le 21 septembre 2020 et une carte consulaire n° 1443/CGML/20.

7. Pour remettre en cause le caractère probant des documents d'état civil présentés par le requérant et refuser de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur le rapport d'examen technique documentaire du 20 janvier 2021 établi par un analyste en fraude documentaire, qui a indiqué que s'agissant du jugement supplétif, il s'agit d'un acte non sécurisé, imprimé en recto et verso. La signature du président de la JPCE de Bafoulabe n'est pas légalisée par l'apposition d'un cachet humide déclinant sa fonction, ce qui n'est pas conforme, qu'il en est de même pour la greffière assermentée présente à l'audience. Certaines mentions dont l'intitulé de certains paragraphes sont décalés (mal centrés) au regard des autres mentions, ce qui donne un rendu brouillon dans le cadre du formalisme rédactionnel de cet acte judiciaire. S'agissant de la mention marginale rédigée par l'Adjoint au Maire de la commune de Diallan, il constate une surcharge au niveau de la numérotation du jour de transcription de l'acte, ce qui est irrégulier. S'agissant de l'acte de naissance, il laisse apparaître que l'encre employée pour la signature de l'autorité diverge de celle employée pour la rédaction des données de personnalisation ce qui est atypique. Le numéro de série du document qui est censé être imprimé en typographie lors de la production du document avant personnalisation est manquant. Ce numéro doit apparaître au-dessus du cadre dans la partie haute du document. En outre, l'établissement et la signature de ce document par le second adjoint au Maire est non conforme aux articles 92 et 94 du code des personnes et de la famille au Mali. Ce document est également non conforme à l'article 126 du même code. II ne respecte pas les délais d'attente pour latranscription tels que prévus par les articles 554 et 555 du code de procédure civile commerciale et sociale du Mali. S'agissant de l'extrait d'acte de naissance, l'encre utilisée pour la signature de l'autorité diverge de celle employée pour la même signature sur l'acte de naissance et en mention marginale sur le jugement supplétif, ce qui est atypique s'agissant de la même autorité. A l'instar de l'acte de naissance les délais prévus aux articles 554 et 555 du code de procédure civile commerciale et sociale du Mali ne sont pas respectés. Concernant le certificat de nationalité, ce document indique avoir été délivré, tel que le stipule l'article 264 du code des personnes et de la famille au Mali, au regard d'un extrait d'acte de naissance portant le numéro 991/ jugement de l'année 2018, or, l'extrait d'acte de naissance porte le n° 47/ CR-D. Le numéro 991 du jugement de l'année 2018 est celui en réalité du jugement supplétif. De plus, ce document est délivré au regard des documents précédemment cités jugés non conformes à l'article 47 du code civil. Enfin, concernant la carte consulaire, elle a été délivrée sur la base d'un acte de naissance non conforme. Il n'est pas précisé le long du bord droit sur le second volet, la liste du ou des justificatifs ayant permis sa délivrance ce qui est atypique.

8. Ainsi que le soutient M. C, l'absence de support sécurisé ne permet pas de remettre en cause l'authenticité de ses actes d'état civil et ce alors qu'il produit une attestation du consulat du Mali selon laquelle l'informatisation n'est pas effective au Mali. Par ailleurs, l'absence de cachet déclinant les fonctions du président de la JPCE de Bafoulabe ainsi que de la greffière ne saurait remettre en cause, à elle seule, l'authenticité du jugement supplétif de même que le non-respect du délai de transcription. De plus, les adjoints aux maires qui sont des officiers d'état civil aux termes des dispositions de l'article 94 du code des personnes et de la famille malien sont compétents pour signer les actes de naissance. Toutefois, au regard des nombreuses autres anomalies relevées, le préfet de Meurthe-et-Moselle renverse la présomption d'authenticité des documents d'état civil présentés par M. C et a pu, sans commettre ni d'erreur de fait, ni d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

10. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Meurthe-et-Moselle devait d'abord vérifier que ce dernier était dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire et qu'il avait été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans. Dès lors que le préfet a constaté que les actes d'état civil produits par M. C ne permettaient pas d'établir son âge et, en conséquence, de justifier qu'il avait été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans, le préfet pouvait, pour ce seul motif, lui refuser sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait commis une erreur de droit ni même une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

11. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " et aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. En tout état de cause, les éléments invoqués par M. C, tirés de ses efforts d'insertion, de sa forte motivation, de son âge, de ses perspectives de travail et du déroulement satisfaisant de sa scolarité ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

14. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. C séjournait en France depuis seulement deux ans. Célibataire et sans enfant, il ne fait état d'aucun lien familial en France et n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il ne serait en conséquence pas isolé. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'insertion que le requérant a consenti, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de délivrer un titre de séjour à M. C, le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 26 juillet 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M Marti, président,

M. Boulangé, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

C. D

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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