jeudi 25 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103720 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2021, Mme E B, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 7 octobre 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, subsidiairement de procéder à un nouvel examen de sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la légalité externe :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été mise à même de présenter préalablement ses observations, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
Sur la légalité interne :
- elle remplit les conditions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est contraire à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est contraire à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 15 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Lévi-Cyferman, avocate de Mme B, qui reprend les éléments de la requête.
Une note en délibéré a été produite, le 11 juillet 2022, pour Mme B et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante comorienne, née en 1977, est entrée en France de manière irrégulière, sur le territoire de Mayotte, en 1997. Elle a bénéficié d'un titre de séjour d'une durée d'un an en qualité de mère de trois enfants français, valable du 29 novembre 2010 au 28 novembre 2011, délivré par le préfet de Mayotte et reconduit jusqu'au mois de décembre 2016. Mme B, séparée de son conjoint français depuis 2011, est venue en France métropolitaine courant avril 2016, sous couvert d'un visa de court séjour. L'année suivante, l'intéressée a donné naissance à Rennes à un quatrième enfant et a déposé à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, une demande de renouvellement de son titre de séjour. L'intéressée ayant déménagé à Nancy au cours du second semestre de 2018, son dossier a été transféré à la préfecture de Meurthe-et-Moselle. Par la décision attaquée du 7 octobre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".
3. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est, en principe, opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application des principes ci-dessus rappelés.
4. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
5. Pour s'opposer à la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme B en qualité de parent d'un enfant français, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Meurthe-et-Moselle a considéré que la reconnaissance de paternité établie pour ses trois enfants nés à Mayotte par un ressortissant français revêtait un caractère frauduleux, et a relevé l'absence de vie commune et de contribution du père à l'entretien et à l'éducation des enfants ainsi que la reconnaissance, par l'intéressé, d'autres enfants d'autres mères de nationalité étrangère. Toutefois, si le préfet justifie avoir sollicité l'ouverture d'une enquête judiciaire le 10 mai 2019 afin de déterminer la réalité de la paternité du père des trois premiers enfants de A B, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'apporte pas d'éléments suffisamment précis et concordants de nature à établir de manière certaine, en l'absence de déclaration de nullité prise par l'autorité judiciaire, que la reconnaissance de paternité effectuée pour ces enfants serait frauduleuse et que M. M'Chindra ne serait pas le père biologique de ces enfants. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir qu'en lui refusant le séjour en France au motif que la reconnaissance de paternité de ses trois premiers enfants était frauduleuse, le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait une application inexacte des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Le préfet fait valoir en défense qu'il était fondé à rejeter la demande de titre de séjour de l'intéressée au motif qu'il n'est pas établi que les pères des enfants de A B participent à l'entretien et à l'éducation de leurs enfants respectifs. Toutefois, Mme B produit la copie du jugement rendu le 21 mars 2016 par le juge aux affaire matrimoniales de Rennes, qui condamne M. C, père de son quatrième enfant né en 2017 au versement d'une pension mensuelle de 100 euros et lui accorde un droit de visite. Dans ces conditions, Mme B remplit les conditions posées par l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la demande de substitution de motif présentée par le préfet de Meurthe-et-Moselle ne peut qu'être écartée.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 octobre 2021 du préfet de Meurthe-et-Moselle.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Compte tenu du motif d'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de Meurthe-et-Moselle délivre à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. Il sera ainsi enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer une telle carte de séjour à Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 000 euros à verser à Me Levi-Cyferman, avocate de Mme B, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 7 octobre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Levi-Cyferman, avocate de Mme B, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Boulangé, président-rapporteur
- M. Durand, premier conseiller,
- Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 août 2022.
Le président-rapporteur,
P. D L'assesseur le plus ancien,
F. DurandLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2103720
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026