jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103727 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL SOLER-COUTEAUX & LLORENS |
Vu les procédures suivantes :
I°. Par une ordonnance du 20 décembre 2021, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Nancy, la requête et le mémoire de M. B A, enregistrés au tribunal administratif de Strasbourg les 6 et 10 juin 2020 sous le n° 2003290.
Par cette requête et ce mémoire, enregistrés sous le n° 2103733, et par un mémoire, enregistré le 24 juillet 2022 au tribunal administratif de Nancy, M. B A, représenté par Me Herren, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision la décision du 22 mai 2020 par laquelle la présidente de l'université de Haute-Alsace l'a suspendu de ses fonctions à effet immédiat ;
2°) d'annuler la décision du 8 juin 2020 par laquelle la présidente de l'université de Haute-Alsace l'a suspendu de ses fonctions à compter du 22 mai 2020 pour une durée de quatre mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision du 22 mai 2020 :
En ce qui concerne la légalité externe :
- en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, la décision attaquée ne comporte pas les nom, prénom et qualités du signataire et ne permet donc pas d'identifier son signataire ;
- l'auteur de l'acte n'est pas compétent ;
En ce qui concerne la légalité interne :
- l'université ne justifie d'aucun élément probant de nature à rendre vraisemblable, à la date du 22 mai 2020, l'existence d'un trouble grave dans le fonctionnement du service et celle d'un manquement à ses obligations professionnelles ;
- il n'y a pas eu de divulgation du sujet de l'épreuve de relations internationales, mais seulement une information sur la thématique du sujet qui a été adressée à l'ensemble des étudiants ; il ne peut lui être reproché de manquement grave dès lors que les modalités de l'examen ont été fixées en violation des règles édictées par l'université dans sa séance du 30 avril 2020 et au regard du fait qu'aucune consigne relative au mode de déroulement du contrôle continu ne lui a été délivrée ; aucune disposition n'interdit aux enseignants de faire part aux étudiants du sujet sur lequel ils seront interrogés ;
- il n' y a pas eu de diffusion préalable du sujet de droit constitutionnel, l'étudiant concerné a deviné seul le sujet par avance ;
- la décision est entachée de détournement de pouvoir dès lors qu'elle repose en réalité sur des considérations personnelles et politiques ;
Sur la décision du 8 juin 2020 :
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est rétroactive ;
- l'université ne justifie d'aucun élément probant de nature à rendre vraisemblable, l'existence d'un trouble grave dans le fonctionnement du service et celle d'un manquement à ses obligations professionnelles ;
- elle doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision initiale.
Par un mémoire, enregistré le 28 janvier 2021 au tribunal administratif de Strasbourg et un mémoire, enregistré le 22 avril 2022 au tribunal administratif de Nancy, l'université de Haute-Alsace, représenté par la SELARL Soler-Couteaux et Associés conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de condamner M. A à lui verser la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
II°. Par une ordonnance du 20 décembre 2021, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Nancy, la requête de M. B A, enregistrée au tribunal administratif de Strasbourg le 6 décembre 2021 sous le n° 2108354.
Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Nancy sous le n° 2103727, M. B A, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision la décision du 6 octobre 2021 par laquelle le président de l'université de Haute-Alsace l'a suspendu, à effet immédiat, de ses fonctions d'enseignant-chercheur pour une durée de onze mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la légalité externe :
- en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, la décision contestée ne comporte pas l'adresse administrative de l'université ;
Sur la légalité interne :
- l'université ne justifie d'aucun élément probant de nature à rendre vraisemblable, à la date du 6 octobre 2021, l'existence d'un manquement à ses obligations professionnelles ;
- s'agissant du grief invoqué, à savoir la déstructuration générale et l'absence de cours durant le créneaux horaires prévus à cet effet, la décision est entachée d'une erreur matérielle, dès lors que l'emploi du temps permet de vérifier que toutes les interventions prévues ont bien eu lieu et dès lors que le cours est articulé suivant une ligne directrice structurée et selon une méthode de pédagogie inversée ;
- s'agissant du grief invoqué de la tenue de tribunes politiques, l'allégation est fausse et repose sur une erreur de droit, les enseignants universitaires disposant d'une indépendance associée à une liberté de parole, l'ensemble sous la protection de la Constitution ;
- s'agissant du grief invoqué de la tenue de propos sexistes, dénigrants et de manière générale des propos et attitudes durant les séances dédiées aux cours, la décision est entachée d'une erreur matérielle, la tonalité qu'il donne à ses cours vise à développer leur esprit critique et à parfaire l'apprentissage de la gestion des émotions en situation d'urgence et/ou de crise ;
- ce dernier grief est également entaché d'une erreur de droit dès lors que la libre expression et l'indépendance des enseignants s'attache également à la forme ;
- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir car elle repose sur ces considérations personnelles et politiques, il s'agit d'une mesure de représailles et une stratégie visant à l'exclure de l'université.
Par un mémoire, enregistré le 19 juillet 2022, M. A, déclare se désister purement et simplement de sa requête.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 avril et 22 juillet 2022 au tribunal administratif de Nancy, l'université de Haute-Alsace, représenté par la SELARL Soler-Couteaux et Associés conclut, dans le denier état de ses écritures, à ce qu'il soit pris acte du désistement de M. A et demande au tribunal de condamner M. A à lui verser la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique,
- les observations de M. A, et celles de Me Hans-Moevi pour l'université de Haute-Alsace.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est maître de conférences à l'université de Haute-Alsace. Par une décision en date du 22 mai 2020, la présidente de l'université de Haute-Alsace a prononcé, à effet immédiat, la suspension de l'intéressé à qui il est fait grief d'avoir divulgué à l'ensemble des étudiants de première année de licence de droit, quelques jours avant l'épreuve, le sujet de relations internationales et, à l'un d'entre eux, celui de droit constitutionnel. Cette décision de suspension a été complétée par une décision du 8 juin 2020. Par ailleurs et ultérieurement, par un courrier du 27 septembre 2021, douze étudiants de master 1 ont dénoncé auprès du doyen de la faculté des sciences économiques, sociales et juridiques, la déstructuration générale des cours dispensés par M. A, prétexte selon eux, à de véritables tribunes politiques de sa part. Dans ce courrier, ils dénoncent également la tenue récurrente chez M. A, de propos sexistes et dénigrants envers certains étudiants. Après avoir été alerté par le doyen et après avoir entendu les étudiants à l'origine de ce courrier, par une décision du 6 octobre 2021 le président de l'université, dans l'attente de l'aboutissement de la procédure disciplinaire engagée contre l'intéressé, a prononcé sa suspension à effet immédiat pour une durée de onze mois. Dans la requête n° 2103733, M. A demande l'annulation des décisions des 22 mai et 8 juin 2020. Dans la requête n° 2103727, qu'il convient de joindre à la précédente, M. A demande l'annulation de la décision du 6 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions des 22 mai et 8 juin 2020 :
2. La décision de suspension du 8 juin 2020 n'a expressément ni retiré ni abrogé la décision de suspension antérieure du 22 mai 2020 mais l'a modifiée et cette dernière, qui ne pouvait pas être régularisée rétroactivement par l'université, n'a pas disparu de l'ordonnancement juridique. Il y a donc lieu à statuer sur les deux décisions.
3. Aux termes de l'article L. 951-4 du code de l'éducation : " Le ministre chargé de l'enseignement supérieur peut prononcer la suspension d'un membre du personnel de l'enseignement supérieur pour un temps qui n'excède pas un an, sans privation de traitement ". La suspension d'un professeur des universités sur le fondement de ces dispositions revêt un caractère conservatoire et vise à préserver l'intérêt du service public universitaire. Elle ne peut être prononcée que lorsque les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et que la poursuite des activités de l'intéressé au sein de l'établissement présente des inconvénients suffisamment sérieux pour le service ou pour le déroulement des procédures en cours. Si l'autorité hiérarchique dispose à cet égard d'un large pouvoir d'appréciation, le principe et la durée de la suspension ne doivent pas être manifestement excessifs au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Les décisions du 22 mai et 8 juin 2020 qui procèdent à la suspension de M. A font état de ce qu'il a diffusé le mardi 19 mai 2020 par message électronique à l'ensemble des étudiants, le sujet de l'épreuve de relations internationales de première année de licence de droit, en amont de l'examen organisé à distance le vendredi 22 mai 2020. Elles indiquent également qu'un étudiant se serait vu communiquer par M. A, préalablement à l'examen de droit constitutionnel du 19 mai 2021, le sujet de l'épreuve de cette matière, l'étudiant concerné diffusant ensuite le sujet sur Instagram. Elles précisent que les faits reprochés à M. A constituent une atteinte au principe d'égalité entre les étudiants, que ces faits sont constitutifs d'un délit, un manquement à ses obligations professionnelles, ainsi qu'un trouble au bon fonctionnement de l'université.
5. D'une part, il ressort des pièces des dossiers, qu'il ne peut être établi que M. A aurait communiqué par avance le sujet de l'épreuve de droit constitutionnel à un étudiant en particulier. En effet, le seul message de cet étudiant sur son compte Instragram, dévoilant la veille de l'épreuve, le sujet de droit constitutionnel, sans allusion à une quelconque communication du sujet par M. A, n'est pas suffisant pour que l'université rende ce dernier responsable de la diffusion par avance du sujet de l'épreuve de droit constitutionnel.
6. D'autre part, il est constant que M. A, le 19 mai 2020, a diffusé à l'ensemble des étudiants le sujet de l'épreuve de relations internationales pour laquelle ils devaient composer à leur domicile le 22 mai au matin. Toutefois, cette communication par avance du sujet à tous les étudiants concernés n'est qu'une modalité particulière de contrôle des connaissances qui relève de la liberté pédagogique de l'enseignant et n'avait pas été écartée formellement lors des réunions préparatoires de l'équipe des enseignants en amont de l'examen. S'il peut être fait grief à M. A ne pas avoir informé la directrice du département de droit de cette modalité particulière de l'examen lorsqu'il lui a adressé le 20 mai 2020, à la demande ce dette dernière, le sujet de l'épreuve de relations internationales, il ne saurait toutefois être reproché à l'intéressé d'avoir méconnu le principe d'égalité entre les étudiants, ni ses obligations professionnelles, aucune disposition n'interdisant aux enseignants de communiquer par avance aux étudiants du sujet sur lequel ils seront interrogés. Dès lors, si ces modalités particulières d'épreuves, qui ne sauraient caractériser une fraude ou une complicité de fraude, ont été organisées pour sa matière par M. A sans en informer préalablement la directrice du département de droit, révèlent une difficulté de communication, elles ne sont en revanche à l'origine d'aucun trouble dans le fonctionnement de l'université, en particulier dans l'organisation des examens de fin d'année. Les faits reprochés à M. A ne sauraient ainsi justifier une mesure de suspension immédiate, laquelle, au cas d'espèce, apparaît manifestement excessive. Pour ce motif, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, les décisions des 22 mai et 8 juin 2020 sont illégales et doivent être annulées.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions des 22 mai et 8 juin 2020 prononçant sa suspension.
En ce qui concerne la décision du 6 octobre 2021 :
8. Par un courrier du 19 juillet 2022, enregistré le même jour, M. A indique se désister purement et simplement de sa requête. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les frais d'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'université de Haute-Alsace la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par l'université de Haute-Alsace soient mises à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante à titre principal.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 22 mai et 8 juin 2020 portant suspension de M. A sont annulées.
Article 2 : Il est donné acte du désistement de M. A dans l'instance n° 2103727.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'université de Haute-Alsace.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Boulangé, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
Le président,
D. Marti Le rapporteur,
P. C
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°2103727, 2103733
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026