jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103763 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | PITCHO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 décembre 2021 et 29 décembre 2023, M. A, représenté par Me Pitcho, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2021, par lequel la préfète de la zone de défense et de sécurité Est a procédé à la révision de sa situation administrative à la suite de la rétrogradation prononcée à son encontre ;
2°) d'enjoindre à la préfète de le réintégrer rétroactivement dans son ancien grade et de reconstituer rétroactivement sa carrière ;
3°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat, ainsi que la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision du ministre de l'intérieur du 30 juin 2020 portant mutation d'office dès lors que celle-ci apparaît comme une sanction disciplinaire disproportionnée, ayant porté atteinte à ses conditions de travail et à ses prérogatives professionnelles, traduisant un détournement de pouvoir, l'administration ayant la volonté de le sanctionner alors qu'il était en arrêt maladie dès l'instant où la décision de relaxe est intervenue et qu'elle méconnaît le principe d'égalité entre les fonctionnaires ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 26 juillet 2021 portant rétrogradation qui constitue une sanction manifestement disproportionnée par rapport aux fautes qui lui sont reprochées, lesquelles ont donné lieu à une relaxe totale ;
- la préfète, par l'arrêté attaqué, a supprimé de manière abusive sa bonification d'ancienneté correspondant aux années au cours desquelles il a travaillé dans des quartiers difficiles ;
- la préfète, par l'arrêté attaqué, a également supprimé de manière abusive son reliquat d'ancienneté acquis de 3 ans et 5 mois ;
- la sanction est disproportionnée, dès lors qu'elle implique une perte significative de traitement qui n'est pas justifiée au regard de ses qualités, de larelaxe intervenue et des effets sur sa carrière et sa vie personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, la préfète de la zone de défense sécurité Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 95-313 du 21 mars 1995 relatif au droit de mutation prioritaire et au droit à l'avantage spécifique d'ancienneté accordés à certains agents de l'Etat affectés dans les quartiers urbains particulièrement difficiles ;
- l'arrêté du 17 janvier 2001 fixant la liste des secteurs prévue au 1° de l'article 1er du décret n° 95-313 du 21 mars 1995 relatif au droit de mutation prioritaire et au droit à l'avantage spécifique d'ancienneté accordés à certains agents de l'Etat affectés dans les quartiers urbains particulièrement difficiles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Di Candia, président-rapporteur,
- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, fonctionnaire de police affecté à la circonscription de sécurité publique de Châlons-en-Champagne en qualité de brigadier-chef, a été mis en cause en 2019 pour des faits de harcèlement sur une collègue. Par un arrêté du 9 juin 2019, M. A a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire. Par un jugement du 9 octobre 2019, confirmé en appel, la relaxe de M. A a été prononcée. Par un arrêté du 30 juin 2020, M. A a été muté dans l'intérêt du service au sein de la circonscription de sécurité publique de Bar-le-Duc à compter du 1er juillet 2020. Par un second arrêté du 26 juillet 2021, le ministre de l'intérieur a prononcé la rétrogradation disciplinaire de M. A à partir du 5 août 2021. Enfin, par un arrêté du 27 octobre 2021, la préfète de la zone de défense et de sécurité Est a procédé à la révision de la situation administrative de M. A à la suite de cette rétrogradation. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée.
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté du 27 octobre 2021 a été pris pour l'application de l'arrêté précité du 30 juin 2020 portant mutation dans l'intérêt du service de M. A ou que celui-ci en constituerait la base légale. M. A ne peut donc utilement exciper de l'illégalité de cet arrêté à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 27 octobre 2021.
4. En deuxième lieu, en revanche, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué du 27 octobre 2021 que la préfète de la zone de défense a révisé la situation de M. A en conséquence de l'arrêté portant rétrogradation intervenu le 26 juillet 2021. Ce dernier arrêté n'étant pas devenu définitif à la date d'introduction de la présente requête de M. A, ce dernier peut utilement exciper de l'illégalité de cette sanction et en contester la proportionnalité.
5. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : - l'avertissement ; - le blâme ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. / Deuxième groupe : - la radiation du tableau d'avancement ; - l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; - le déplacement d'office. / Troisième groupe : - la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. / Quatrième groupe : - la mise à la retraite d'office ; - la révocation () ".
6. M. A soutient que la sanction de rétrogradation est disproportionnée au regard des faits, dont la matérialité n'est pas contestée, qui lui sont reprochés. Il ressort des termes de la décision en litige et de l'ensemble des pièces du dossier que M. A a, le 6 décembre 2018, assisté sans protester à une scène au cours de laquelle deux des collègues placés sous son autorité au sein de la brigade ont, dans le but de plaisanter, entravé un adjoint de sécurité stagiaire à une chaise avant de l'asperger, le 19 mai 2019, a assisté sans s'y opposer, à une autre scène au cours de laquelle une adjointe de sécurité a été entravée et enfermée durant quinze minutes dans une geôle du commissariat, M. A ayant d'ailleurs aidé ses subordonnés à porter cette adjointe qui se débattait et pris des photographies. Plus généralement, il a été reproché à M. A le fait d'avoir manqué de discernement sur les limites des plaisanteries pratiquées au sein de sa brigade et de n'avoir pas su identifier la situation de harcèlement dont cette adjointe pouvait être l'objet. Si M. A n'a pas été condamné pénalement à raison de ces faits, compte tenu de la perception qu'en avaient les prévenus et les témoins, faisant état de jeux, il n'en demeure pas moins qu'ils excèdent, par leur nature même, le comportement normalement attendu d'un brigadier-chef et constituent une faute disciplinaire d'une gravité particulière. Dans ces conditions, la sanction de rétrogradation infligée à M. A, eu égard à la nature des faits, à leur caractère réitéré sur une période de plusieurs mois et aux fonctions exercées par M. A, ne présente pas un caractère disproportionné. Si M. A se prévaut de ses excellents états de service, fait valoir que la brigade souffrait de dysfonctionnements et de difficultés relationnelles avant sa nomination à la tête de la brigade et indique qu'il n'avait pas connaissance des conséquences négatives de ces évènements sur la santé de l'adjointe de sécurité qui en était la principale victime, de telles circonstances ne sont pas de nature à atténuer ni la gravité des faits retenus tenus, ni la responsabilité disciplinaire de l'intéressé.
7. En troisième lieu, il résulte de l'article 66 précité de la loi du 11 janvier 1984 qu'en cas de rétrogradation, l'administration est tenue de placer l'agent concerné au grade immédiatement inférieur à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent. M. A ne contestant pas les éléments de reclassement mis en œuvre par l'administration, il ne peut utilement soutenir que l'administration l'a ainsi sanctionné de manière disproportionnée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en tant qu'il procède à la suppression de la bonification d'ancienneté et à la suppression du reliquat d'ancienneté :
8. Aux termes de l'article 11 de la loi du 26 juillet 1991 modifiée portant diverses dispositions relatives à la fonction publique : " les fonctionnaires de l'Etat et les militaires de la gendarmerie affectés pendant une durée fixée par décret en Conseil d'Etat dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles, ont droit, pour le calcul de l'ancienneté requise au titre de l'avancement d'échelon, à un avantage spécifique d'ancienneté dans des conditions fixées par ce même décret ". Et, aux termes de l'article 2 du décret du 21 mars 1995 relatif au droit de mutation prioritaire et au droit à l'avantage spécifique d'ancienneté accordés à certains agents de l'Etat affectés dans les quartiers urbains particulièrement difficiles : " Lorsqu'ils justifient de trois ans au moins de services continus accomplis dans un quartier urbain désigné en application de l'article 1er ci-dessus, les fonctionnaires de l'Etat ont droit, pour l'avancement, à une bonification d'ancienneté d'un mois pour chacune de ces trois années et à une bonification d'ancienneté de deux mois par année de service continu accomplie au-delà de la troisième année. "
9. Ni ces dispositions législatives ou réglementaires, ni aucune autre disposition ou aucun principe n'a pour objet ou pour effet de permettre à l'administration, en cas de rétrogradation d'un fonctionnaire, de supprimer la bonification d'ancienneté ou le reliquat d'ancienneté qu'il tire de leur application.
10. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté qu'avant d'être muté à Bar-le-Duc, M. A avait exercé les fonctions de brigadier-chef dans la circonscription de Châlons-en-Champagne qui relève des secteurs urbains difficiles au sens du 1° de l'article 1er du décret du 21 mars 1995. A raison de l'exercice de ces fonctions, M. A disposait d'une bonification d'ancienneté de cinq mois et d'un reliquat d'ancienneté de trois ans et cinq mois. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2021 sur ce point.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2021 en tant seulement qu'il lui retire le bénéfice de sa bonification d'ancienneté de cinq mois et de son reliquat d'ancienneté de trois ans et cinq mois à compter de sa rétrogradation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le motif d'annulation implique qu'il soit enjoint à la préfète de la zone de défense et de sécurité Est de régulariser la situation administrative de M. A en ce qui concerne le bénéfice de la bonification d'ancienneté et du reliquat d'ancienneté de M. A.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas, pour l'essentiel, la partie perdante, la somme que sollicite M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. La présente instance ne donnant pas lieu à des dépens, les conclusions de M. A relatives aux dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 27 octobre 2021 est annulé en tant qu'il retire à M. A le bénéfice de sa bonification d'ancienneté de cinq mois et de son reliquat d'ancienneté de trois ans et cinq mois à compter de sa rétrogradation.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la zone de défense et de sécurité Est de régulariser la situation administrative de M. A en ce qui concerne le bénéfice de la bonification d'ancienneté et du reliquat d'ancienneté.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la zone de défense et de sécurité Est.
Délibéré après l'audience publique du 21 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Bourjol, première conseillère,
M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le président-rapporteur,
O. Di CandiaL'assesseur la plus ancienne,
A. Bourjol
La greffière,
L. Bourger La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2103763
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026