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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103792

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103792

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103792
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Fort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a déclaré le logement dont il est propriétaire insalubre, ensemble la décision par laquelle le ministre des solidarités et de la santé a implicitement rejeté son recours hiérarchique ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, notamment en ce qu'il n'a nullement pris en considération l'existence d'une procédure pendante devant le tribunal judiciaire de Nancy ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'insalubrité du logement est imputable à la négligence du locataire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, propriétaire d'un logement situé 83, rue Division Leclerc à Baccarat, demande l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a déclaré ce logement insalubre, ensemble la décision par laquelle le ministre des solidarités et de la santé a implicitement rejeté son recours hiérarchique.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. () ". Aux termes de l'article L. 1331-24 du même code : " Les situations d'insalubrité indiquées aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 font l'objet des mesures de police définies au titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article L. 511-2 : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique ". L'article L. 511-4 de ce code précise que l'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police dans le cas mentionné au 4° de l'article L. 511-2 est le représentant de l'État dans le département. Aux termes de l'article L. 511-8 du même code : " La situation d'insalubrité mentionnée au 4° de l'article L. 511-2 est constatée par un rapport du directeur général de l'agence régionale de santé ou, par application du troisième alinéa de l'article L. 1422-1 du code de la santé publique, du directeur du service communal d'hygiène et de santé, remis au représentant de l'Etat dans le département préalablement à l'adoption de l'arrêté de traitement d'insalubrité () ". Aux termes de l'article L. 511-10 du même code : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est pris à l'issue d'une procédure contradictoire avec la personne qui sera tenue d'exécuter les mesures : le propriétaire ou le titulaire de droits réels immobiliers sur l'immeuble, le local ou l'installation, tels qu'ils figurent au fichier immobilier ou, dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin ou du Haut-Rhin, au livre foncier, dont dépend l'immeuble. () Par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la procédure contradictoire est conduite avec les personnes suivantes qui seront celles tenues d'exécuter les mesures : () 3° La personne qui a mis les immeubles, les locaux ou les installations à disposition ou celle qui en a l'usage lorsque la mesure de police porte sur l'usage qui en est fait. ". Aux termes de l'article L. 511-12 du même code : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est notifié à la personne tenue d'exécuter les mesures () ". Aux termes de l'article L. 511-14 : " L'autorité compétente constate la réalisation des mesures prescrites ainsi que leur date d'achèvement et prononce la mainlevée de l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité et, le cas échéant, de l'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux. () ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. S'il ne mentionne pas l'existence d'une procédure judiciaire entre le locataire et le propriétaire, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, qui ne vise en tout état de cause que le propriétaire de l'immeuble insalubre. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée par rapport aux conclusions du rapport de l'agence régionale de santé.

6. En troisième lieu, si M. A fait valoir que certains des désordres constatés dans le logement ayant conduit à le déclarer insalubre sont imputables à la négligence et au défaut d'entretien des lieux du locataire, une telle circonstance, si elle est de nature à justifier que M. A engage, s'il s'y croit fondé, une action en responsabilité à l'encontre de celui-ci, est en revanche sans incidence sur le constat de l'insalubrité des lieux et sur son obligation, en tant que propriétaire, d'y remédier par les travaux prescrits dans l'arrêté préfectoral. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est fondé à demander ni l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a déclaré le logement dont il est propriétaire insalubre, ni celle de la décision par laquelle le ministre des solidarités et de la santé a implicitement rejeté son recours hiérarchique. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat des frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Une copie sera adressée, pour information, à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Bourjol, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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