mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103793 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | AARPI GARTNER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 décembre 2021 et les 11 juin et 2 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Keyser, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle la commission départementale d'aménagement foncier des Vosges a rejeté sa réclamation relative à l'aménagement foncier agricole et forestier de la commune de Rouvres-en-Xaintois ;
2°) de lui allouer une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'équilibrage des comptes n'a pas été assuré au vu du différentiel en sa défaveur existant entre ses apports et ses attributions qu'il s'agisse du compte n° 2460 ou du compte n° 2461 et alors que les prélèvements faits pour les équipements collectifs ne sont pas justifiés ;
- la parcelle cadastrée section ZH n° 18 est enclavée ;
- le chemin d'exploitation n° 40 doit être déplacé pour sauvegarder deux chênes remarquables et la commission n'a pas motivé sa décision concernant cette demande.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 juin 2023 et 5 juillet 2024, le département des Vosges, représenté par Me Zoubeidi-Defert, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de Me Keyser, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Rouvres-en-Xaintois (Vosges) a mis en œuvre une opération d'aménagement foncier agricole et forestier sur son territoire. À cette occasion, Mme A a formé le 27 août 2018 une réclamation devant la commission départementale d'aménagement foncier (CDAF) des Vosges concernant les parcelles qui lui ont été attribuées. Par une décision du 7 novembre 2018, la commission a rejeté la demande de Mme A. Par un jugement du 8 juillet 2021, le tribunal administratif de Nancy a annulé cette décision au motif que la commission avait méconnu l'obligation qui était la sienne d'examiner séparément chaque compte de propriété de la requérante. Par une décision du 28 septembre 2021, la CDAF, après avoir réexaminé les réclamations de Mme A, les a de nouveau rejetées. Par la requête susvisée, Mme A demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-4 du code rural et de la pêche maritime : " Chaque propriétaire doit recevoir, par la nouvelle distribution, une superficie globale équivalente, en valeur de productivité réelle, à celle des terrains qu'il a apportés, déduction faite de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs mentionnés à l'article L. 123-8 et compte tenu des servitudes maintenues ou créées. / () / Sauf accord exprès des intéressés, l'équivalence en valeur de productivité réelle doit, en outre, être assurée par la commission communale dans chacune des natures de culture qu'elle aura déterminées. Il peut toutefois être dérogé, dans les limites qu'aura fixées la commission départementale pour chaque région agricole du département, à l'obligation d'assurer l'équivalence par nature de culture. / () ".
3. D'une part, ces dispositions ne garantissent aux propriétaires ni une égalité absolue entre la surface qui leur est attribuée et celle de leurs apports, ni une équivalence parcelle par parcelle ou classe par classe entre ces terres. Les commissions d'aménagement foncier sont seulement tenues d'attribuer des lots équivalents en valeur de productivité réelle aux apports de chaque propriétaire après déduction de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs. L'aggravation éventuelle des conditions d'exploitation et la règle de l'équivalence entre les apports et les attributions s'apprécient non parcelle par parcelle mais pour l'ensemble d'un compte de propriété.
4. D'autre part, la règle d'équivalence s'apprécie en valeur de productivité réelle, déduction faite, en ce qui concerne les apports, de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs.
5. Contrairement à ce que soutient Mme A, il ressort des pièces du dossier que l'aménagement foncier à l'origine du litige a prévu divers travaux connexes justifiant que ses apports soient diminués de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs. Il ressort par ailleurs de la décision contestée du 28 septembre 2021 que, concernant le compte n° 2460, pour un apport réduit d'une valeur de 208 280,16 points, Mme A a reçu des attributions d'une valeur de 207 026 points, soit une différence de - 0,602 %, et concernant le compte n° 2461, elle a reçu, pour un apport réduit d'une valeur de 7 549,74 points, des attributions d'une valeur de 7 533 points, soit une différence de - 0,222 %. Compte tenu du faible écart en valeur de productivité réelle entre apports et attributions, la règle d'équivalence posée par l'article L. 123-4 du code rural et de la pêche maritime doit être regardée comme ayant été respectée.
6. En deuxième lieu, la décision de la CDAF vise les dispositions pertinentes du code rural, rappelle la règle selon laquelle chaque propriétaire doit recevoir une superficie équivalente en valeur de productivité réelle à celle des terrains qu'il a apportés déduction faite de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs puis expose, pour chacun des comptes de propriété de Mme A, le différentiel entre les apports réduits et les attributions tant en nombre et en surface de parcelles qu'en valeur de productivité réelle. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision attaquée est suffisamment motivée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 : " L'aménagement foncier [] a principalement pour but, par la constitution d'exploitations rurales d'un seul tenant ou à grandes parcelles bien groupées, d'améliorer l'exploitation agricole des biens qui y sont soumis ". Le respect de ces dispositions s'apprécie au regard de l'ensemble des biens de chaque compte et non parcelle par parcelle.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le compte n° 2460, au sein duquel est incluse la parcelle ZH 18 dont Mme A fait valoir l'enclavement en raison de la suppression du chemin d'exploitation n° 36 qui la longeait, est composé de 6 parcelles constituées en échange de 26 parcelles, parmi lesquelles les parcelles ZH 14 et ZH 18 forment, nonobstant l'existence d'une haie entre ces deux parcelles, un même îlot d'exploitation. La circonstance qu'un cours d'eau peu actif, le " ruisseau du Cochon ", sépare ces parcelles, ne saurait à elle seule être regardée comme aggravant les conditions d'exploitation, la requérante ne démontrant d'ailleurs pas que celui-ci serait infranchissable, même en période de fortes pluies.
9. En quatrième lieu, il ressort des mentions mêmes de la décision de la CDAF du 28 septembre 2021 que Mme A a demandé, par la voix de sa mandataire le jour de la séance, à ce que les limites du chemin d'exploitation n° 9, également identifié sous le n° 40, soient modifiées pour préserver deux chênes présents sur sa parcelle. Alors, en tout état de cause, que tout moyen de droit nouveau peut être présenté devant le juge sans l'avoir été préalablement devant la commission départementale d'aménagement foncier, il ressort ainsi des pièces du dossier que Mme A ne s'était pas limitée à réitérer, comme devant la commission communale d'aménagement foncier, sa demande tendant au maintien de la largeur de ce chemin d'exploitation à 8 mètres. Ainsi, la fin de non-recevoir opposée par le département tirée de ce que ce moyen n'aurait pas été présenté devant la CDAF avant d'être soulevé devant le juge administratif ne peut qu'être écarté.
10. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".
11. En se bornant à exposer que " en élargissant le CE [chemin d'exploitation] d'exploitation n° 9, la commission a fait une juste application des dispositions de l'article L. 123-8 du code rural ", et en s'abstenant de préciser les éléments de fait qui constituent le fondement de sa décision, soit en rappelant les limites respectives du chemin d'exploitation et de la parcelle cadastrée ZI n° 49 appartenant à Mme A démontrant que les deux chênes en litige avaient été réintégrés dans les attributions de celle-ci, soit les motifs pour lesquels le chemin d'exploitation pouvait, le cas échéant, régulièrement inclure ces chênes ou l'un d'eux dans son emprise, la CDAF n'a pas satisfait à l'obligation de motivation qui lui incombe.
12. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête relatif à l'illégalité du refus de la CDAF de modifier le tracé du chemin en litige, la décision de la CDAF des Vosges doit être annulée en tant qu'elle a rejeté la demande de Mme A portant sur la modification du chemin d'exploitation n° 40.
Sur les frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département des Vosges demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du département des Vosges une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La décision du 28 septembre 2021 de la CDAF des Vosges est annulée en tant qu'elle refuse la modification du tracé du chemin d'exploitation n° 9 également identifié sous le n° 40.
Article 2 : Le département des Vosges versera à Mme A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 4 : Les conclusions du département des Vosges présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département des Vosges.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026