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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200050

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200050

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantBOUSSOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 janvier et 23 août 2022 et le 15 mars 2024, M. B A, représenté par Me Boussoum, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a implicitement refusé d'indemniser les trente jours de congés non consommés sur son compte épargne-temps, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin et au ministre de l'intérieur de lui verser les sommes dues ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 326 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas motivées ;

- elles méconnaissent les dispositions de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003 ;

- elles méconnaissent les articles 1er, 2 et 5 du décret du 29 avril 2002 portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature ;

- elles méconnaissent l'article 1er du décret du 3 mars 2000 fixant les conditions d'attribution d'une indemnité pour services supplémentaires aux fonctionnaires actifs de la police nationale ;

- elles constituent une discrimination fondée sur l'état de santé prohibée par l'article 1er de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- aucun fondement textuel ne prévoit la création d'un compte épargne-temps pérenne et d'un compte épargne-temps historique ;

- ces décisions constituent du travail dissimulé ;

- les jours déposés sur un CET présentent un caractère indemnisable ;

- il a subi une perte de chance de pouvoir profiter des jours placés sur son CET dès lors que le préfet et le ministre n'ont pas satisfait à leur obligation d'information ;

- l'administration s'est enrichie sans cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2022, la préfète de zone de défense et de sécurité Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de décision attaquée préalable ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003 du Parlement européen et du Conseil concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail ;

- le décret n° 2000-194 du 3 mars 2000 ;

- le décret n° 2002-634 du 29 avril 2002 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique,

- les observations de Me Lejars-Riccardi, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, brigadier-chef de police, a été admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er mai 2021. Toutefois, il disposait encore à ce stade d'un solde de quinze jours sur chacun de ses deux comptes épargne-temps. M. A a demandé à l'administration de lui verser l'ensemble des heures effectuées et des jours crédités sur ses comptes épargne-temps. La préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin et, sur recours hiérarchique, le ministre de l'intérieur ont implicitement rejeté sa demande. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". Aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".

3. M. A n'ayant formé aucune demande de communication des motifs des décisions implicites nées du silence gardé sur sa demande et son recours hiérarchique, il ne peut utilement soutenir que ces décisions sont entachées d'un défaut de motivation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail. "

5. Les jours épargnés sur un compte épargne temps n'ont pas le caractère de congés payés annuels, au sens de cette directive, et doivent dès lors être considérés comme des jours de congés supplémentaires. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE, relative aux congés payés annuels.

6. En troisième lieu, l'article 24 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dispose que : " La cessation définitive de fonctions qui entraîne radiation des cadres et perte de la qualité de fonctionnaire résulte : / 1° De l'admission à la retraite ; () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'Etat : " Le calendrier des congés () est fixé par le chef du service, après consultation des fonctionnaires intéressés, compte tenu des fractionnements et échelonnements de congés que l'intérêt du service peut rendre nécessaires. () ".

7. Aux termes de l'article 5 du décret du 29 avril 2002 portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature, dans sa version modifiée par le décret du 28 août 2009 : " Lorsque, au terme de chaque année civile, le nombre de jours inscrits sur le compte épargne-temps est inférieur ou égal à un seuil, fixé par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, qui ne saurait être supérieur à vingt jours, l'agent ne peut utiliser les droits ainsi épargnés que sous forme de congés, pris dans les conditions mentionnées à l'article 3 du décret du 26 octobre 1984 susvisé. ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " Lorsque, au terme de chaque année civile, le nombre de jours inscrits sur le compte épargne-temps est supérieur au seuil mentionné à l'article 5 : / I. - Les jours ainsi épargnés n'excédant pas ce seuil ne peuvent être utilisés par l'agent que sous forme de congés, pris dans les conditions mentionnées à l'article 3 du décret du 26 octobre 1984 susvisé. / II. - Les jours ainsi épargnés excédant ce seuil donnent lieu à une option exercée au plus tard le 31 janvier de l'année suivante : () / 1° L'agent titulaire mentionné à l'article 2 ou le magistrat mentionné à l'article 2 bis opte dans les proportions qu'il souhaite : / a) Pour une prise en compte au sein du régime de retraite additionnelle de la fonction publique dans les conditions définies à l'article 6-1 ; / b) Pour une indemnisation dans les conditions définies à l'article 6-2 ; / c) Pour un maintien sur le compte épargne-temps dans les conditions définies à l'article 6-3. () / En l'absence d'exercice d'une option par l'agent titulaire ou le magistrat, les jours excédant ce seuil sont pris en compte au sein du régime de retraite additionnelle de la fonction publique. () ". Aux termes de l'article 8 du décret du 28 août 2009 modifiant certaines dispositions relatives au compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " () / II.- Lorsque, au plus tard le 31 décembre 2009, l'agent opte, dans les proportions qu'il souhaite, pour une prise en compte, le cas échéant, au sein du régime de retraite additionnelle de la fonction publique conformément aux dispositions de l'article 6-1 dans sa rédaction issue du présent décret ou pour une indemnisation conformément à l'article 6-2 dans sa rédaction issue du présent décret, pour les jours excédant le seuil mentionné à l'article 5 dans sa rédaction issue du présent décret, le versement qui en résulte s'effectue à hauteur de quatre jours par an jusqu'à épuisement du solde. () / Toutefois, si l'agent cesse définitivement ses fonctions en application de l'article 24 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée () le solde éventuel dû à la cessation de ses fonctions lui est versé à cette date. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2009 pris pour l'application du décret du 29 avril 2002 : " Le seuil mentionné aux articles 5 et 6 du décret du 29 avril 2002 susvisé est fixé à 15 jours. ".

8. Il résulte de ces dispositions que lorsque, à l'issue d'une année civile, le nombre de jours inscrits sur le compte épargne-temps est supérieur à quinze, les jours épargnés excédant ce seuil peuvent donner lieu soit à une prise en compte au sein du régime de retraite additionnelle de la fonction publique, soit à une indemnisation, soit, enfin, à un maintien sur le compte épargne-temps. En revanche, les quinze premiers jours épargnés ne peuvent être utilisés que sous forme de congés, l'agent ne pouvant opter pour une indemnisation.

9. En l'espèce, M. A soutient sans être contredit qu'il disposait de quinze jours sur chacun de ses deux comptes épargne-temps au moment de son admission à faire valoir ses droits à la retraite. Dès lors, il ne pouvait utiliser ces jours que sous forme de congés, et ne pouvait, en tout état de cause, pas opter pour une indemnisation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 1er, 2 et 5 du décret du 29 avril 2002 portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature doit donc être écarté.

10. En quatrième lieu, dès lors que l'absence d'indemnisation de quinze jours présents sur chacun des deux comptes épargne-temps de M. A résulte de l'application des dispositions du décret du 29 avril 2002 portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature, M. A n'est pas fondé à soutenir que cette absence d'indemnisation contreviendrait au droit à rémunération des agents publics et constituerait du travail dissimulé.

11. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions du décret du 3 mars 2000 fixant les conditions d'attribution d'une indemnité pour services supplémentaires aux fonctionnaires actifs de la police nationale ni utilement soutenir que les services supplémentaires que le fonctionnaire n'a pas pu récupérer doivent être payés dès lors que les décisions attaquées sont relatives à l'indemnisation des jours stockés sur ses comptes épargne-temps, et non des services supplémentaires.

12. En sixième lieu, les moyens tirés de ce que les décisions attaquées constitueraient des discriminations fondées sur l'état de santé, prohibées par les articles 1er de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 28 août 2009 modifiant certaines dispositions relatives au compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " I. ' L'agent titulaire d'un compte épargne-temps peut demander, au plus tard le 31 décembre 2009, le maintien de tout ou partie des jours inscrits sur le compte en vue d'une utilisation sous forme de congés, devant être pris dans les conditions mentionnées à l'article 3 du décret du 26 octobre 1984 susvisé. / Les jours concernés par cette demande de maintien sont ceux inscrits sur le compte au 31 décembre 2008, après application, le cas échéant, de l'option instituée par l'article 4 du décret du 3 novembre 2008 susmentionné, dans sa rédaction issue du présent décret, et dès lors que ceux-ci sont disponibles à la date de la demande. () IV. - Lorsque l'agent a maintenu des jours sur le compte dans les conditions mentionnées au I, il peut épargner en sus, pour compter de 2009, des jours conformément aux articles 5 et 6 dans leur rédaction issue du présent décret. () "

14. Il résulte de ces dispositions une différenciation entre les comptes épargne-temps alimentés avant le 31 décembre 2009, dits comptes épargne-temps " historique ", et ceux alimentés à compter du 1er janvier 2010, dits comptes épargne-temps " pérenne ". Par suite, contrairement à ce que soutient M. A, la création de deux comptes épargne-temps distincts n'est pas dépourvue de base légale.

15. En huitième lieu, les moyens tirés du caractère indemnisable des jours placés sur son CET, de la perte de chance, du défaut d'information et de l'enrichissement sans cause ne peuvent, en tout état de cause, être utilement invoqués à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir.

16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a implicitement refusé de lui rembourser les trente jours de congés non consommés sur son compte épargne-temps, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours hiérarchique.

17. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée, pour information, à la préfète de la zone de défense et de sécurité Est.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Bourjol, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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