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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200051

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200051

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantAARPI CHOULET, BOULOUYS, PERRON AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2022, et un mémoire non communiqué enregistré le 2 septembre 2022, M. D C, représenté par Me Choulet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision portant invalidation de son deuxième stage d'internat ;

2°) d'enjoindre au président de l'université de Lorraine de valider son stage au sein du service des urgences de Toul, à défaut de prendre une nouvelle décision, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, et de procéder en conséquence à la reconstitution de son cursus d'internat ;

3°) de mettre à la charge de l'université de Lorraine la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- le directeur de l'UFR s'est cru, à tort, en situation de compétence liée et n'a ainsi pas exercé la plénitude de ses compétences ;

- l'évaluation n'a pas été réalisée par le responsable médical du lieu de stage ;

- la décision est entachée de détournement de pouvoir ;

- la décision d'invalidation est une sanction disciplinaire déguisée n'ayant pas été précédée des garanties procédurales et constituant ainsi un détournement de procédure ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'évaluation n'a pas été progressive en méconnaissance de l'article 57 de l'arrêté du 12 avril 2017 ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- les critiques émises dans l'évaluation ne sont pas fondées et reposent sur des éléments matériellement inexacts ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, la capacité à se remettre en cause n'étant pas un critère d'évaluation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2022, le président de l'université de Lorraine conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté n°0089 du 12 avril 2017 ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est étudiant de troisième cycle de médecine à l'université de Lorraine depuis l'année universitaire 2020-2021. Il a effectué un stage dans le service des urgences du centre hospitalier de Toul du 1er mai au 30 octobre 2021. Par une décision du 29 octobre 2021, dont le requérant demande l'annulation, le directeur de l'UFR de médecine a décidé d'invalider ce stage.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 57 de l'arrêté du 12 avril 2017 : " (..) les raisons qui motivent une décision de non-validation du stage sont précisées () ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'un entretien d'évaluation a été réalisé en présence de M. C le 25 octobre 2021 et qu'il a donné lieu à la rédaction d'une grille d'évaluation qui comporte pour chaque item d'évaluation un descriptif détaillé des observations du responsable de stage. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 57 de l'arrêté du 12 avril 2017 : " Sous réserve de l'application de l'article R. 6153-20 du code de la santé publique, un stage est validé, après avis du responsable médical du lieu de stage agréé ou du praticien agréé-maître de stage des universités responsable du stage dans lequel ou auprès duquel a été affecté l'étudiant, et de la commission locale représentée par le coordonnateur, par le directeur de l'unité de formation et de recherche. ()".

5. Il ressort des termes mêmes de l'évaluation que celle-ci a été réalisée par le docteur E, responsable médical du lieu de stage. Si M. C soutient que cette évaluation aurait en réalité été réalisée par le docteur A, qui avait une animosité particulière à son égard, il ne produit aucun élément de nature à appuyer ses allégations. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure et du détournement de pouvoir doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 12 avril 2017 : " Au cours de sa formation, l'étudiant en médecine acquiert progressivement les connaissances et les compétences qui permettent au médecin de dispenser dans sa spécialité des soins de qualité centrés sur les besoins du patient et de participer à l'amélioration de l'état de santé global des populations :() ; En tant que coopérateur, il travaille efficacement avec d'autres professionnels qui participent à l'amélioration de la santé des patients ;() ".

7. M. C soutient que la décision d'invalidation de son stage serait une sanction disciplinaire déguisée constitutive d'un détournement de procédure dès lors que ce sont son attitude et son comportement avec d'autres membres du personnel soignant qui lui sont reprochés. Néanmoins, d'une part, la capacité à travailler avec les autres professionnels est l'un des critères d'évaluation du stage d'internat conformément aux dispositions précitées, d'autre part, d'autres reproches ont été adressés à M. C au cours de son stage concernant notamment ses connaissances et compétences. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 57 de l'arrêté du 12 avril 2017: " () L'évaluation est progressive et s'appuie sur les entretiens menés par le praticien agréé-maître de stage des universités ou le responsable médical chargé de l'encadrement pédagogique mentionné au dernier alinéa de l'article 16 du présent arrêté, en présence de l'étudiant en début, milieu et fin de stage. ".

9. M. C soutient que son évaluation n'a pas été progressive. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des témoignages concordants des docteurs E, A et Ouali-Kisler, que les lacunes de M. C lui ont été notifiées en milieu de stage par le docteur E. Des objectifs d'amélioration ont été fixés ainsi que la mise en place d'un suivi sous forme de compagnonnage. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, une grille d'évaluation a été réalisée à l'issue du stage de M. C. Par suite, le moyen tiré du manque de progressivité de l'évaluation manque en fait et doit être écarté.

10. En cinquième lieu, M. C soutient que le directeur de l'unité de formation et de recherche se serait cru, à tort, en situation de compétence liée pour prononcer l'invalidation de son stage dès lors qu'il lui a indiqué lors d'un mail du 4 janvier 2020 que le professeur F l'avait informé, dès avant la fin de son stage, de la non validation de ce dernier. Si ce courriel fait état de l'avis des professionnels de santé quant au stage du requérant, cet avis n'engageait pas le directeur de l'UFR qui conservait la possibilité de valider le stage de M. C à l'issue de son évaluation comme le démontre la présence de deux cases sur la grille d'évaluation. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier, qu'au regard de l'évaluation finale, le directeur de l'UFR a décidé de ne pas valider le stage du requérant. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le directeur de l'UFR s'est cru, à tort, en situation de compétence liée.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 12 avril 2017 : " () Le médecin est aussi responsable aux plans éthique et déontologique. Il a une attitude guidée par l'éthique, la déontologie et il adopte un comportement responsable, approprié, intègre, altruiste visant au bien-être personnel du patient et à la promotion du bien public. Il est enfin capable de développer une attitude réflexive, incluant une capacité d'autoévaluation, et il sait gérer son stress et se remettre en question. ".

12. Si M. C soutient que la capacité à se remettre en cause ne pouvait être un des critères de son évaluation, il ressort au contraire des termes mêmes des dispositions précitées que les capacités d'autoévaluation et de remise en question font partie intégrante des éléments d'évaluation du stage d'internat. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. En septième lieu, il était reproché à M. C au cours de son stage des connaissances faibles avec peu de volonté de progresser, des présentations orales de dossier confuses et désorganisées, de grosses difficultés d'intégration dans l'équipe de soins (agressivité, violence verbale, mauvaise communication), un manque de vigilance sur l'adaptation des posologies pour les enfants, aucune capacité de remise en question. Si des progrès ont été relevés tout au long du stage, il a notamment tenu compte de certaines remarques, globalement son comportement est resté inadapté et avec un refus de voir et reconnaître ses difficultés. Pour contester ces éléments, M. C produit les témoignages de quatre étudiants qui indiquent qu'il a de très bons résultats et qu'il a toujours eu un comportement irréprochable avec eux et avec les patients. M. C produit également les notes de ses trois précédents stages pour lesquels il a obtenu 11, 17 et 14 ainsi qu'une note obtenue à un examen en juin 2021. Toutefois, l'université de Lorraine produit le témoignage de plusieurs médecins qui ont accompagnés M. C et qui sont unanimes sur les difficultés relevées. Elle produit le témoignage d'une infirmière qui fait part d'une altercation verbale dont elle a été victime et d'une autre dont elle a été témoin entre M. C et un médecin. Le témoignage d'une autre interne faisant part d'une altercation entre M. C d'une part et l'équipe paramédical et elle d'autre part. Par ailleurs, M. C était constamment en retard. Lorsqu'il était de garde, il ne disait pas où il était et ne laissait aucun numéro pour le joindre. Dès lors, c'est sans erreur de fait et sans erreur d'appréciation que le directeur de l'UFR a pu décider d'invalider le stage du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par l'université de Lorraine, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à l'université de Lorraine.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Boulangé, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

C. B

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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