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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200162

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200162

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200162
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 janvier et le 8 juin 2022, M. B A, représenté par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Manoncourt-en-Woëvre a implicitement rejeté sa demande tendant à la remise en place d'un lampadaire à proximité de son domicile ;

2°) d'enjoindre à la commune de Manoncourt-en-Woëvre de remettre en place un lampadaire fonctionnel à proximité immédiate de son domicile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Manoncourt-en-Woëvre le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le retrait du lampadaire constitue une menace pour l'ordre public ;

- le maire ne pouvait retirer le lampadaire en litige sans solliciter l'accord du département au préalable ;

- la décision est entachée de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés le 21 mars 2022 et le 3 février 2023, la commune de Manoncourt-en-Woëvre, représentée par Me Tadic, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit solidairement mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 25 mai 2023, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Manoncourt-en-Woëvre de procéder à l'abrogation de la décision par laquelle elle a ordonné le retrait du lampadaire en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cabecas,

- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,

- les observations de Me Lehmann, substituant Me Richard, avocat de M. A,

- et les observations de Me Tadic, représentante de la commune de Manoncourt-en-Woëvre.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier reçu le 10 novembre 2021, M. A doit être regardé comme demandant à la maire de la commune de Manoncourt-en-Woëvre d'abroger la décision par laquelle elle a ordonné la suppression d'un lampadaire à proximité de son domicile. Le requérant demande l'annulation de la décision par laquelle la maire a implicitement rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 243-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits peut, pour tout motif et sans condition de délai, être modifié ou abrogé sous réserve, le cas échéant, de l'édiction de mesures transitoires dans les conditions prévues à l'article L. 221-6 ". Aux termes de l'article L. 243-2 du même code : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend (), l'éclairage () ". Aux termes de l'article L. 2213-1 du même code : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. A l'extérieur des agglomérations, le maire exerce également la police de la circulation sur les voies du domaine public routier communal et du domaine public routier intercommunal, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le lampadaire en litige se situe sur la route départementale n° 20, à l'extérieur de la commune de Manoncourt-en-Woëvre. En application des dispositions précitées de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales, la maire de la commune ne dispose pas d'un pouvoir de police de la circulation sur les voies en dehors des agglomérations qui n'appartiennent pas aux domaines publics routiers communal ou intercommunal. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la maire de la commune n'était pas compétente pour modifier, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 2212-2 et L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales, l'éclairage public litigieux situé sur la route départementale n° 20, lequel relève, en vertu de l'article L. 3221-4 du même code, de la compétence du président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle. Par suite, la décision initiale de retrait du lampadaire en litige prise par la maire de Manoncourt-en-Woëvre étant illégale, c'est à tort que cette dernière a, par la décision contestée, implicitement refusé de l'abroger.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la maire de la commune de Manoncourt-en-Woëvre a implicitement refusé d'abroger sa décision retirant un lampadaire situé à proximité du domicile du requérant.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article. L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte réglementaire illégal réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire, même d'office, en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente, de procéder à l'abrogation de cet acte afin que cessent les atteintes illégales que son maintien en vigueur porte à l'ordre juridique.

7. Il en résulte qu'il y a lieu d'enjoindre à la maire de la commune de Manoncourt-en-Woëvre de procéder à l'abrogation de la décision par laquelle elle a ordonné le retrait du lampadaire en litige, dans un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement.

8. En second lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que la maire de la commune de Manoncourt-en-Woëvre n'est pas compétente pour prononcer une mesure de police relative à l'éclairage public à l'emplacement en litige, situé hors agglomération, sur une route départementale. Par suite, les conclusions présentées par M. A tendant à ce qu'il lui soit enjoint, sous astreinte, de réinstaller un lampadaire doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Manoncourt-en-Woëvre le paiement de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la commune de Manoncourt-en-Woëvre au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision par laquelle la maire de la commune de Manoncourt-en-Woëvre a implicitement refusé d'abroger sa décision retirant un lampadaire situé à proximité du domicile de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de la commune de Manoncourt-en-Woëvre de procéder à l'abrogation de la décision par laquelle elle a ordonné le retrait du lampadaire en litige, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Manoncourt-en-Woëvre versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Manoncourt-en-Woëvre, tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Manoncourt-en-Woëvre.

Copie en sera adressée, pour information, à la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Cabecas, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public après mise à disposition au greffe, le 22 juin 2023.

La rapporteure,

L. CabecasLe président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. LepageLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220016

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