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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200182

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200182

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200182
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantGEHIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 janvier et 17 février 2022, M. C A, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2021 par lequel le préfet des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale, la décision de refus de titre sur laquelle elle se fonde étant illégale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2022, le préfet des Vosges conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2021.

Vu :

- le jugement n° 2200182 du 4 mars 2022 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les observations de Me Géhin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né en 2001, est entré en France en 2016 accompagné de ses parents, de son frère et de sa sœur. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 8 novembre 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Vosges, qui a étudié la demande du requérant sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1, L. 421-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 4 mars 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a statué sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et a renvoyé à une formation collégiale les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais exposés pour le litige. Par suite, il n'y a lieu de se prononcer dans le cadre de la présente instance que sur ces conclusions renvoyées à la formation collégiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet des Vosges a, par un arrêté du 7 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière de police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, il est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas examiné sérieusement la demande de titre de séjour de M. A. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen sérieux doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () "

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France avec ses parents, son frère et sa sœur en 2016. Toutefois, malgré ses efforts d'intégration, matérialisés notamment par l'obtention d'un CAP en maintenance des véhicules en 2020 et par sa scolarité en CAP peinture carrosserie au cours de l'année scolaire 2020/2021, il ne compte en France que ses parents, qui font également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que son frère et sa sœur mineurs dont la situation administrative est liée à celle de leurs parents. En outre, la durée de sa présence en France ne s'explique que par le maintien de ses parents sur le territoire, en dépit de trois mesures d'éloignement non exécutées. L'intéressé, une fois devenu majeur, n'a d'ailleurs entrepris aucune démarche de régularisation avant que le préfet des Vosges ne le mette à même de présenter ses observations en juin 2020 sur la perspective d'un éloignement. Enfin, si M. A présente une promesse d'embauche, celle-ci est postérieure à la décision en litige. Dès lors, M. A ne dispose pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", le préfet des Vosges aurait inexactement appliqué les dispositions citées au point précédent.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

9. D'une part, eu égard à l'absence d'attaches familiales et personnelles autres que ses parents, qui font l'objet de mesures d'éloignement, de son frère et sa sœur, et à la durée de son séjour sur le territoire français, M. A ne peut se prévaloir de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels permettant la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, en se bornant à produire une promesse d'embauche postérieure à l'arrêté attaqué, M. A ne fait pas état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2021 en tant que le préfet des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par le requérant tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais exposés pour le litige sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet des Vosges.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Cabecas, conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

La greffière

L. Bourger

La République mande et ordonne au préfet des Vosges en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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