jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP DUBOIS - MARRION- MOUROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 janvier 2022, le 9 mars 2023, le 5 janvier 2024 et le 14 mai 2024, M. B A, représenté par Me Colomes, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est à lui verser la somme de 63 652 euros en paiement de l'indemnité de précarité due au titre des contrats à durée déterminés successifs conclus du 1er octobre 2016 au 31 décembre 2020 et de condamner, seul ou solidairement, le centre hospitalier de Bar-le-Duc à lui verser la somme de 36 224 euros en paiement de l'indemnité de précarité due au titre des contrats à durée déterminée successifs conclus du 1er octobre 2016 au 31 décembre 2018, sommes assorties des intérêts au taux légal à compter du 8 mars 2021, date de sa demande indemnitaire préalable, et de leur capitalisation ;
2°) de condamner le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est à lui verser la somme de 18 000 euros en paiement de la prime d'exercice territorial, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 mars 2021, date de sa demande indemnitaire préalable, et de leur capitalisation ;
3°) de mettre à la charge du groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ses conclusions dirigées contre le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est sont recevables dès lors qu'il dispose de la personnalité morale ;
- il était fondé à refuser la proposition de renouvellement du contrat du 29 octobre 2020 dès lors que les conditions de rémunération étaient distinctes, qu'il ne s'agissait pas d'une proposition de contrat à durée indéterminée et que, à supposer même qu'un poste de praticien en gynécologie obstétrique était vacant au sein du groupement, le montant de la rémunération proposée n'était pas au moins équivalente à celle qu'il percevait au titre des précédents contrats ;
- la relation de travail ayant pris fin, il est fondé à demander le paiement de l'indemnité de fin de contrat prévue à l'article L. 1243-8 du code du travail, à raison des différents contrats à durée déterminée qu'il a conclus avec le centre hospitalier et le groupement de coopération sanitaire du 1er octobre 2016 au 31 décembre 2020 ;
- il est fondé à demander le versement de la prime d'exercice territorial dès lors que, depuis un avenant du 24 juin 2019, il exerçait son activité à titre principal au sein du centre hospitalier de Bar-le-Duc et à titre subsidiaire au sein du centre hospitalier de Saint-Dizier ;
- le montant de la prime ainsi due s'élève à 18 000 euros dès lors qu'il a effectué, au sein du centre hospitalier de Saint-Dizier, 46 demi-journées d'astreinte sur la période de juillet 2019 à décembre 2019 et 72 demi-journées d'astreinte sur la période de janvier à décembre 2020.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 octobre 2022 et le 27 avril 2024, le centre hospitalier de Bar-le-Duc, représenté par Me Marrion, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête présentée par M. A est irrecevable car dirigée contre le groupement hospitalier de territoire Cœur Grand Est, entité dépourvue de la personnalité morale ;
- la prime de précarité n'est pas due dès lors que M. A était lauréat du concours des praticiens hospitaliers et que des postes étaient vacants au sein du groupement ;
- la prime d'exercice territorial n'est pas due dès lors qu'aucune convention de coopération médicale n'a été conclue.
La requête a été communiquée au groupement de coopération sanitaire Grand Cœur Est qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code la santé publique ;
- le code du travail ;
- l'arrêté du 14 mars 2017 relatif à la prime d'exercice territorial des personnels médicaux, odontologiques et pharmaceutiques ;
- l'arrêté n° 2018-2511 du 26 juillet 2018 portant approbation de la convention constitutive de ce groupement, dont le centre hospitalier de Bar-le-Duc ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique,
- les observations de Me Zanchi, substituant Me Colomes, représentant M. A,
- et les observations de Me Dubois, représentant le centre hospitalier de Bar-le-Duc.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté en qualité de gynécologue-obstétricien contractuel à temps plein au sein du service de maternité-gynécologie-obstétrique du centre hospitalier de Bar-le-Duc par des contrats successifs à compter du 1er octobre 2016 jusqu'au 31 décembre 2018. À partir du 1er janvier 2019, il a été recruté sur les mêmes fonctions à temps partiel par le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est. Par avenant du 24 juin 2019, il a été convenu que l'intéressé exercerait également, pour partie, ses missions au sein de la maternité du centre hospitalier de Saint-Dizier. Par un courrier du 12 novembre 2020, le groupement de coopération sanitaire l'a informé de son refus de renouveler son contrat dans les mêmes conditions que les précédents et M. A a cessé d'exercer ses fonctions au sein du groupement de coopération sanitaire le 31 décembre 2020. Le 8 mars 2021, M. A a formé auprès du groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est une demande tendant au paiement d'une indemnité de fin de contrat et d'une prime d'exercice territorial qui a été rejetée par courrier du 21 avril 2021. Le 22 janvier 2022, il a saisi le centre hospitalier de Bar-le-Duc d'une demande en paiement de l'indemnité de fin de contrat pour les contrats effectués du 1er octobre 2016 au 31 décembre 2018 qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par sa requête, M. A demande au tribunal de condamner le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est à lui payer la somme de 18 000 euros au titre de la prime d'exercice territorial et la somme de 63 652 euros au titre de l'indemnité de fin de contrat et de condamner, seul ou solidairement, le centre hospitalier de Bar-le-Duc à lui payer la somme de 36 224 euros au titre de l'indemnité de fin de contrat due pour la période du 1er octobre 2016 au 31 décembre 2018.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 6132-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable à la date d'introduction de la requête : " I.- Chaque établissement public de santé, sauf dérogation tenant à sa spécificité dans l'offre de soins territoriale, est partie à une convention de groupement hospitalier de territoire. Le groupement hospitalier de territoire n'est pas doté de la personnalité morale. () ". Aux termes de l'article L. 6133-3 du même code : " I. ' Le groupement de coopération sanitaire de moyens peut être constitué avec ou sans capital. Sa convention constitutive, signée par l'ensemble de ses membres, est soumise à l'approbation du directeur général de l'agence régionale de santé, qui en assure la publication. / Le groupement acquiert la personnalité morale à dater de cette publication ". Il résulte de ces dispositions qu'un groupement de coopération sanitaire jouit de la personnalité morale dès lors que l'acte approuvant sa convention constitutive a été publié selon les modalités prévues à l'article R. 6133-1-1 du code de la santé publique.
3. Le centre hospitalier de Bar-le-Duc soutient que la requête de M. A est irrecevable dès lors qu'elle doit être regardée comme dirigée contre le groupement hospitalier de territoire Cœur Grand Est, entité dépourvue de la personnalité morale. Il résulte toutefois de l'instruction que les conclusions du requérant sont expressément dirigées contre le centre hospitalier de Bar-le-Duc et le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est, qui est doté de la personnalité morale depuis la publication de l'arrêté n° 2018-2511 du 26 juillet 2018 du directeur général de l'agence régionale de santé Grand Est, portant approbation de la convention constitutive de ce groupement, au recueil des actes administratifs de la région Grand Est du 31 juillet 2018. Le centre hospitalier de Bar-le-Duc est d'ailleurs membre du groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier en défense ne peut qu'être écartée.
Sur l'indemnité de précarité :
En ce qui concerne les conclusions tendant au paiement de l'indemnité de précarité :
4. Aux termes de l'article L. 6152-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Le personnel des établissements publics de santé comprend, outre les agents relevant de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, les personnels enseignants et hospitaliers mentionnés à l'article L. 952-21 du code de l'éducation et les personnels mentionnés à l'article L. 6147-9 qui y exercent : / 1° Des médecins, des odontologistes et des pharmaciens dont le statut, qui peut prévoir des dispositions spécifiques selon que ces praticiens consacrent tout ou partie de leur activité à ces établissements, est établi par voie réglementaire ; / 2° Des médecins, des odontologistes et des pharmaciens recrutés par contrat dans des conditions déterminées par voie réglementaire () ". Aux termes de l'article L. 1243-8 du code du travail : " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. / Cette indemnité est égale à 10 % de la rémunération totale brute versée au salarié. / Elle s'ajoute à la rémunération totale brute due au salarié. Elle est versée à l'issue du contrat en même temps que le dernier salaire et figure sur le bulletin de salaire correspondant ". Aux termes de l'article L. 1243-10 du même code : " L'indemnité de fin de contrat n'est pas due : () 3° Lorsque le salarié refuse d'accepter la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée pour occuper le même emploi ou un emploi similaire, assorti d'une rémunération au moins équivalente ()°". Aux termes de l'article R. 6152-418 du code de la santé publique : " Les dispositions du code du travail sont applicables aux praticiens contractuels en tant qu'elles sont relatives, à l'indemnité prévue à l'article L. 1243-8 du code du travail et aux allocations d'assurance prévues à l'article L. 5424-1 du code du travail ".
5. Lorsqu'un praticien contractuel, employé dans le cadre de contrats à durée déterminée, est recruté comme praticien hospitalier dans le cadre du statut prévu au 1° de l'article L. 6152-1 du code de la santé publique, la relation de travail se poursuit dans des conditions qui doivent être assimilées, pour l'application de l'article L. 1243-8 du code du travail, à celles qui résulteraient de la conclusion d'un contrat à durée indéterminée. Lorsque l'établissement a déclaré vacant un emploi de praticien hospitalier relevant de la spécialité du praticien contractuel, un refus de ce dernier de présenter sa candidature sur cet emploi, alors qu'il a été déclaré admis au concours national de praticien des établissements publics de santé prévu à l'article R. 6152-301 du code de la santé publique, doit être assimilé au refus d'une proposition de contrat à durée indéterminée au sens du 3° de l'article L. 1243-10 du code du travail. Par suite, sous réserve qu'eu égard aux responsabilités et conditions de travail qu'il comporte l'emploi vacant puisse être regardé comme identique ou similaire à celui précédemment occupé en qualité de contractuel et qu'il soit assorti d'une rémunération au moins équivalente, l'indemnité de fin de contrat n'est pas due en pareille hypothèse.
6. D'une part, M. A a été recruté par des contrats à durée déterminée conclus successivement avec le centre hospitalier de Bar-le-Duc à compter du 1er octobre 2016 jusqu'au 31 décembre 2018 puis avec le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est à compter du 1er janvier 2019 jusqu'au 31 décembre 2020. Il résulte de l'instruction que M. A a refusé la proposition de contrat qui lui a été faite le 29 octobre 2020 par la direction du groupement au motif que les conditions de rémunération étaient modifiées, ce dont la direction du groupement a pris acte par un courrier du 16 novembre 2020 informant le requérant de la fin de leurs relations contractuelles, pour ce motif. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté par le centre hospitalier de Bar-le-Duc en défense, qu'un contrat à durée indéterminée assorti d'une rémunération au moins équivalente au précédent contrat aurait été proposé au requérant.
7. D'autre part, le centre hospitalier soutient qu'en refusant de présenter sa candidature à l'un des emplois de praticiens hospitalier vacant au sein du groupement, alors qu'il était lauréat du concours national de praticien des établissements publics de santé, M. A doit être regardé comme ayant refusé une proposition de contrat à durée indéterminée, ce qui fait obstacle au paiement de l'indemnité de fin de contrat. M. A a effectivement été inscrit sur la liste d'aptitude à la fonction de praticien hospitalier des établissements publics de santé au titre de l'année 2018, conformément à l'arrêté du 2 avril 2019 fixant la liste d'aptitude à la fonction de praticien hospitalier des établissements publics de santé, année 2018, et il résulte des courriels produits par le centre hospitalier que des postes de praticien hospitalier gynécologue-obstétricien étaient vacants au sein de l'établissement en 2019 et en 2020. Toutefois, le centre hospitalier de Bar-le-Duc n'établit pas que ces emplois pouvaient être regardés comme identiques ou similaires à celui précédemment occupé par le requérant en qualité de contractuel et assortis d'une rémunération au moins équivalente, ce que M. A conteste. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'il a droit au paiement de l'indemnité de fin de contrat prévu à l'article L. 1243-8 du code du travail précité.
En ce qui concerne les conclusions tendant à la condamnation solidaire au paiement :
8. M. A demande la condamnation solidaire du centre hospitalier de Bar-le-Duc et du groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est à lui payer l'indemnité de fin de contrat due pour les contrats conclus du 1er octobre 2016 au 31 décembre 2018. Il résulte toutefois de l'instruction que, sur cette période, les conventions de recrutement en qualité de praticien contractuel de M. A ont été signées par le centre hospitalier de Bar-le-Duc, alors d'ailleurs que le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est n'a acquis la personnalité morale qu'à compter du 31 juillet 2018. Il ne résulte en outre d'aucune disposition que le groupement de coopération sanitaire serait codébiteur solidaire des établissements hospitaliers qui en sont membres pour des dettes nées antérieurement à sa constitution. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à demander la condamnation solidaire du groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est et du centre hospitalier de Bar-le-Duc à lui verser l'indemnité de fin de contrat au titre de la période du 1er octobre 2016 au 31 décembre 2018.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander le versement d'une indemnité équivalente à 10% du montant de la rémunération brute totale perçue par lui pour l'exécution des contrats à durée déterminée conclus au titre des années 2016 à 2020. Le centre hospitalier de Bar-le-Duc est condamné à verser à M. A une somme égale à 10% du montant de la rémunération totale brute perçue par lui pour l'exécution de chacun des contrats conclus pour la période du 1er octobre 2016 au 31 décembre 2018 et le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est est condamné verser à M. A une somme égale à 10% du montant de la rémunération totale brute perçue par lui pour l'exécution de chacun des contrats conclus pour la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2020.
Sur la prime d'exercice territorial :
10. D'une part, aux termes de l'article L. 6133-1 du code de la santé publique : " Le groupement de coopération sanitaire de moyens a pour objet de faciliter, de développer ou d'améliorer l'activité de ses membres. / Un groupement de coopération sanitaire de moyens peut être constitué pour : / () / 3° Permettre les interventions communes de professionnels médicaux et non médicaux exerçant dans les établissements ou centres de santé membres du groupement ainsi que des professionnels libéraux membres du groupement ; () ". Aux termes de l'article L. 6134-1 du même code : " Dans le cadre des missions qui leur sont imparties et dans les conditions définies par voie réglementaire, les établissements de santé publics ou privés à but non lucratif peuvent participer à des actions de coopération, y compris internationales, avec des personnes de droit public et privé. Pour la poursuite de ces actions, ils peuvent () participer à () des groupements de coopération sanitaire ".
11. D'autre part, aux termes de l'article R. 6152-404 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " () / Les praticiens contractuels recrutés dans un établissement peuvent exercer leurs fonctions dans plusieurs établissements mentionnés à l'article R. 6152-1. () / Les praticiens contractuels peuvent exercer leur activité dans plusieurs établissements, au sein des groupements hospitaliers de territoire mentionnés à l'article L. 6132-1 ou pour favoriser le développement de la mise en réseau d'établissements de santé mentionnés à l'article 2 du titre IV du statut général des fonctionnaires et les actions de coopération mentionnées à l'article L. 6134-1. / Avec l'accord du praticien concerné, après avis motivé du chef de pôle ou, à défaut, du chef de service, du responsable de l'unité fonctionnelle ou d'une autre structure interne, et du président de la commission médicale d'établissement, une convention est passée à cet effet entre les établissements. Elle détermine les modalités de répartition de l'activité des praticiens entre ces établissements ainsi que la fraction des émoluments et indemnités prévus aux articles R. 6152-416 et D. 6152-417 ainsi que des charges annexes qui est supportée par chacun d'entre eux. / Un arrêté du ministre chargé de la santé précise les conditions d'application du présent article. " Aux termes de l'article D. 6152-417 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " A la rémunération mentionnée à l'article R. 6152-416, s'ajoutent, le cas échéant, les indemnités suivantes : 4° Des primes et indemnités visant à développer le travail en réseau : / () / b) Une prime d'exercice territorial pour activité dans plusieurs établissements ou dans plusieurs sites d'un même établissement, dans le cadre des groupements hospitaliers de territoires mentionnés à l'article L. 6132-1, lorsque le projet médical partagé mentionné au I de l'article R. 6132-3 est adopté ; / La prime d'exercice territorial est versée pour activité dans plusieurs établissements ou dans plusieurs sites d'un même établissement, pour favoriser le développement de la mise en réseau des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et les actions de coopération mentionnées à l'article L. 6134-1 ; () ".
12. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 2017 relatif à la prime d'exercice territorial des personnels médicaux, odontologiques et pharmaceutiques : " Dans les conditions prévues par les articles () R. 6152-404 () du code de la santé publique () les praticiens contractuels () peuvent exercer leur activité sur plusieurs sites ou établissements. / L'organisation d'activités partagées de praticiens entre plusieurs établissements est proposée par les chefs de pôle après avis des chefs des services ou, à défaut, des unités fonctionnelles ou de toute autre structure interne, en cohérence avec les projets médicaux des établissements concernés, avec le projet médical partagé du groupement hospitalier de territoire lorsqu'elle est établie au titre de l'article L. 6132-1 et le schéma régional de l'organisation des soins. / Avec l'accord du praticien, une convention est établie par le directeur de l'établissement où le praticien est nommé ou recruté. La convention prévoit les conditions dans lesquelles l'activité du praticien entre les établissements est organisée. / Cette convention est signée par les directeurs des établissements et par le praticien à qui une copie est transmise. () ". Aux termes de l'article 3 du même texte : " Les conventions mentionnées à l'article 2 déterminent notamment : / - la nature et les objectifs de l'activité concernée ; / - le nombre de demi-journées dévolues à l'activité, sa fréquence ainsi que son intégration dans la maquette d'organisation des activités médicales du service d'accueil ; / - le nombre de sites d'exercice et les distances entre ces derniers ; / - les conditions et délais minimum de résiliation ; / - les dispositions relatives à la compensation entre les établissements du temps de travail médical consacré à l'activité partagée ; / - les modalités de prise en charge des frais de déplacement. () ". Aux termes de l'article 4 de cet arrêté : " La prime est versée mensuellement au praticien par l'établissement où il est nommé ou recruté, conformément à la convention établie en application de l'article 3 du présent arrêté ". Enfin, aux termes de l'article 5 du même arrêté : " Le montant de la prime est fonction du nombre moyen hebdomadaire de demi-journées passées en dehors du site principal d'exercice du praticien ainsi que du nombre de sites d'exercice différents le cas échéant : / () / - plus de 4 demi-journées : 1 000 € brut. / Cette moyenne est calculée mensuellement. / Pour être éligible à la prime, l'activité partagée du praticien est réalisée sur un site distant de 20 km au moins de son site principal d'exercice. La distance à prendre en considération est la distance la plus courte par voie routière entre les deux sites d'exercice. () ".
13. Pour refuser de verser à M. A la prime d'exercice territorial, la directrice des affaires médicale du groupement Cœur Grand Est s'est fondée sur la circonstance qu'aucune convention de coopération médicale n'avait été signée avec l'intéressé, compte tenu de la spécificité de son contrat.
14. Il résulte toutefois de l'instruction que, le 24 juin 2019, M. A a conclu avec l'administrateur du groupement de coopération sanitaire Cœur Grand-Est un avenant à son contrat de travail prévoyant que l'intéressé serait rattaché à titre principal au centre hospitalier de Bar-le-Duc et à titre accessoire au centre hospitalier de Saint-Dizier à compter du 1er juillet 2019, ce qui est également mentionné dans les contrats à durée déterminée postérieurs, datés du 12 décembre 2019. Si ces conventions ne sont pas signées par les directeurs des établissements des centres hospitaliers de Bar-le-Duc et de Saint-Dizier, il est constant que ces établissements sont membres du groupement de coopération sanitaire de moyens Cœur Grand-Est dont l'objet est notamment de permettre les interventions communes de professionnels médicaux au sein des établissements de Bar-le-Duc et de Saint-Dizier. L'avenant du 24 juin 2019 et la convention du 12 décembre 2019 déterminent notamment la nature et les objectifs de l'activité confiée à M. A, le nombre de sites d'exercice et peuvent donc s'analyser comme des conventions d'exercice territorial au sens des dispositions de l'article 2 de l'arrêté susvisé. Par suite, c'est à tort que le directeur du groupement de coopération sanitaire Cœur Grand-Est a refusé à M. A, le versement de la prime d'exercice territorial.
15. Il résulte de l'instruction que M. A a exercé plus de quatre demi-journées mensuelles d'astreintes et de gardes au sein du centre hospitalier de Saint-Dizier à compter de juillet 2019 et jusqu'en décembre 2020, site distant de plus de 20 kilomètres du centre hospitalier de Bar-le-Duc. Il est par suite fondé à solliciter le versement d'une somme de 18 000 euros bruts au titre de la prime d'exercice territorial.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
16. D'une part, M. A a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes que le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est est condamné à lui verser à compter du 8 mars 2021, date de sa demande indemnitaire préalable. M. A a demandé la capitalisation de ses intérêts dans son mémoire en réplique du 5 janvier 2024. À cette date il était dû au moins une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande.
17. D'autre part, M. A a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes que le centre hospitalier de Bar-le-Duc est condamné à lui verser à compter du 22 janvier 2022, date de sa demande indemnitaire préalable. M. A a demandé la capitalisation de ses intérêts dans son mémoire en réplique du 5 janvier 2024. À cette date il était dû au moins une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande.
Sur les frais liés au litige :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est est condamné à payer à M. A une somme égale à 10% du montant des salaires bruts perçus par lui pour l'exécution de chacun des contrats à durée déterminée conclus au titre de la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2020, avec intérêts au taux légal à compter du 8 mars 2021 et capitalisation des intérêts à compter du 8 mars 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 2 : Le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est est condamné à payer à M. A la somme de 18 000 euros bruts au titre de la prime d'exercice territorial, avec intérêts au taux légal à compter du 8 mars 2021 et capitalisation des intérêts à compter du 8 mars 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 3 : Le centre hospitalier de Bar-le-Duc est condamné à payer à M. A une somme égale à 10% du montant des salaires bruts perçus par lui pour l'exécution de chacun des contrats à durée déterminée conclus au titre de la période du 1er octobre 2016 au 31 décembre 2018, avec intérêts au taux légal à compter du 22 janvier 2022 et capitalisation des intérêts à compter du 22 janvier 2023 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 4 : Le groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au groupement de coopération sanitaire Cœur Grand Est et au centre hospitalier de Bar-le-Duc.
Délibéré après l'audience publique du 23 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
D. Marti
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2200204
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026