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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200287

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200287

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSELARL GUITTON - GROSSET - BLANDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 janvier 2022 et le 14 septembre 2022, M. B E, représenté par Me Grosset, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou à tout le moins une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente car le signataire ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet ;

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation sur la vie privée et familiale ;

- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur de droit eu égard aux stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la décision contestée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée pour ne pas faire usage de son pouvoir discrétionnaire alors qu'il présente des circonstances exceptionnelles ;

- la décision méconnaît les stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 février 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durand, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 7 mars 1981, de nationalité algérienne, est entré en France le 8 avril 2018 muni d'un passeport revêtu d'un visa valable jusqu'au 11 mai 2018. Le 3 août 2019, il a contracté mariage avec Mme A C, ressortissante algérienne titulaire d'un certificat de résidence algérien délivré sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. De leur union sont nés Clara E, le 30 août 2019 et Ilan E, le 24 juin 2021. Au cours de l'année 2021, M. E a sollicité son admission au séjour au motif de sa situation personnelle et familiale. Le 30 novembre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande. M. E demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 25 février 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions susvisées.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Aux termes du 5° de l'article 6 du même accord franco-algérien : " Le certificat d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5° Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser le séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France le 8 avril 2018 et résidait dans ce pays depuis trois ans au jour de la décision attaquée. Le 3 août 2019, il a contracté mariage avec Mme A C, ressortissante algérienne titulaire d'un certificat de résidence algérien délivré sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. De leur union sont nés Clara E, le 30 août 2019 et Ilan E, le 23 juin 2021. Dans ces conditions au regard des liens familiaux importants de M. E sur le territoire français, de l'ancienneté de son mariage à la date de la décision attaquée, et alors que le préfet ne conteste pas sérieusement l'existence d'une communauté de vie entre le requérant et son épouse, M. E est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 novembre 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de Meurthe-et-Moselle délivre à M. E un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

8. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate, Me Grosset peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Grosset renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Grosset d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. E d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. E est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Grosset, avocate de M. E une somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Grosset renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. MartiLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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