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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200290

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200290

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL GUITTON - GROSSET - BLANDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2022, M. B E D, représenté par Me Grosset, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 28 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande de reconnaissance du statut d'apatride ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFPRA de lui reconnaitre le statut d'apatride ou de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours et dans l'attente de lui délivrer un récépissé ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2022, le directeur général de l'OFPRA conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 25 février 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 7 juillet 2023, le président du tribunal a désigné M. Gottlieb en qualité de rapporteur public sur le fondement des dispositions du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations Me Pereira, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 31 janvier 1987 à Bakou, est entré en France en 2013 et a demandé le 13 septembre 2019 la reconnaissance du statut d'apatride. Il demande l'annulation de la décision du 28 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision en date du 25 février 2022, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions susvisées.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par Mme C A, cheffe du bureau de l'apatridie en vertu d'une délégation consentie par le directeur général de l'OFPRA par une décision du 9 septembre 2021 publiée sur le site internet de l'Office le 15 septembre suivant, à l'effet de signer tous actes individuels pris en application, notamment, de l'article L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision contestée comprend les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde en mentionnant en particulier le paragraphe 1 de l'article 1er de la convention du 28 septembre 1954, l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la loi sur la nationalité russe de 1991 et les démarches du requérant auprès des autorités russes pour clarifier sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en fait. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général de l'OFPRA se serait abstenu de procéder à un examen particulier et sérieux de la situation de M. D.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides : " 1. Aux fins de la présente Convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation. () ". Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". Aux termes de l'article L. 582-2 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 582-1, au terme d'une procédure définie par décret en Conseil d'Etat ". La reconnaissance de la qualité d'apatride implique d'établir que l'Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel. Il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ses démarches.

6. Le requérant fait valoir que ni l'Azerbaïdjan, où il est né et a vécu jusqu'en 1989 ou 1990, ni la Russie, où il a vécu entre 1990 et 2013, ne sont susceptibles de le reconnaitre comme l'un de leurs ressortissants et il se prévaut d'un courrier adressé à l'ambassade d'Azerbaïdjan dont il a été accusé réception le 4 mars 2019, d'un arrêt de la cour d'appel de Metz en date du 28 mai 2019 et de l'échec des mesures d'éloignement vers la Russie.

7. Pour rejeter la demande de reconnaissance de la qualité d'apatride du requérant, le directeur général de l'OFPRA a relevé que M. D n'a produit aucun justificatif de son identité et de son état civil réels et que, d'une part, ses parents étant d'anciens citoyens soviétiques installés sur le territoire russe depuis la fin des années 1980, ils étaient éligibles de plein droit à la nationalité russe, conformément aux dispositions de la loi sur la nationalité russe du 28 novembre 1991 entrée en vigueur le 6 février 1992, et, d'autre part, que l'Azerbaïdjan n'était pas susceptible de le reconnaître comme son ressortissant puisqu'il avait quitté ce territoire avant l'accès de cet Etat à l'indépendance.

8. Le requérant qui, selon ses déclarations, est né en 1987 dans l'ancienne République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan, alors membre de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), et y a vécu jusqu'en 1989 ou 1990, avant l'indépendance de la République d'Azerbaïdjan, proclamée en 1991, n'entre pas dans le champ d'application de l'article 5 de la loi azerbaïdjanaise du 30 septembre 1998 sur la citoyenneté, relatif aux personnes ayant leur lieu de résidence dans la République d'Azerbaïdjan avant le 1er janvier 1992. Par contre, il est susceptible d'entrer dans les prévisions de l'article 14 de la loi sur la nationalité russe du 31 mai 2002 prévoyant l'acquisition de cette nationalité par une procédure simplifiée bénéficiant aux anciens citoyens soviétiques ayant résidé dans les différents Etats composant l'URSS.

9. À l'appui de sa requête, M. D n'apporte pas d'éléments fiables et sérieux permettant d'établir la réalité de son identité et de son état-civil et, ainsi qu'il vient d'être exposé, ses démarches entamées auprès des autorités azerbaïdjanaises ne peuvent être regardées comme étant adaptées. La circonstance que la Russie n'ait pas accepté de délivrer un laissez-passer dans le cadre d'une opération de reconduite à la frontière n'est pas suffisante pour démontrer que les autorités russes lui auraient refusé la reconnaissance de la nationalité russe. En l'absence de toutes démarches sérieuses et répétées auprès des autorités de cet Etat, il ne démontre pas que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait, ou d'erreur dans l'appréciation des stipulations de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 et des dispositions de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent donc être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 28 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'OFPRA a refusé de faire droit à sa demande de reconnaissance de la qualité d'apatride. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation ainsi que celles présentées à fin d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au directeur général de l'OFPRA.

Délibéré après l'audience du 29 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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