mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200307 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er février 2022 et le 13 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- le préfet n'a pas respecté le principe de bonne foi et de loyauté durant l'instruction de la demande de séjour ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il appartenait au préfet de lui demander des actes de l'état civil légalisés ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que les actes de l'état civil produits n'étaient pas de nature à établir son identité ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durand, rapporteur ;
- et les observations de Me Chaïb, représentant M. A.
M. A a présenté une note en délibéré, qui a été enregistrée le 26 septembre 2022 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant pakistanais né le 12 mai 2003 est entré sur le territoire français, le 29 octobre 2019. Par ordonnance du 31 octobre 2019, il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance. Par courrier du 21 avril 2021, l'intéressé a sollicité son admission au séjour. Par l'arrêté en litige du 2 novembre 2021, le préfet a rejeté sa demande.
Sur les conclusions d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 8 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, délégué sa signature à l'effet de signer la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
4. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient. En particulier, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative d'y répondre, sous le contrôle du juge, au vu de tous les éléments disponibles, dont les évaluations des services départementaux et les mesures d'assistance éducative prononcées, le cas échéant, par le juge judiciaire, sans exclure, au motif qu'ils ne seraient pas légalisés dans les formes requises, les actes d'état civil étrangers justifiant de l'identité et de l'âge du demandeur.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, le requérant a produit les originaux d'un certificat pour enfant n°106019956, du 16 mai 2015 et sa traduction en français, un acte de naissance rédigé en anglais n°984-2015 du 12 mai 2015 et sa traduction en français ainsi qu'une carte d'identité pakistanaise n°81101-8732888-7 délivrée le 13 janvier 2021.
6. Pour contester le caractère probant du certificat pour enfant et de l'acte de naissance, le préfet s'est fondé sur la seule circonstance que ces actes n'étaient pas légalisés. Par ailleurs, il a considéré que la carte d'identité de l'intéressé ne constituait pas un acte de l'état civil au sens des dispositions précitées. Toutefois, ainsi qu'il l'a été rappelé au point 3 du présent jugement, l'absence de légalisation d'un acte de l'état civil ne saurait à elle seule remettre en cause la valeur probante attachée à cet acte. Dans ces conditions, aucun élément avancé par le préfet ne permet de remettre en cause la force probante de l'acte de naissance et du certificat pour enfants produits par M. A.
7. Il résulte de ce qui précède qu'au vu de ce seul document, le requérant doit être tenu comme établissant suffisamment être né le 12 mai 2003 et, par suite, avoir été confié l'aide sociale à l'enfance par le juge judiciaire entre ses seize et dix-huit ans.
8. Mais le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est également fondé, pour rejeter la demande de séjour de M. A, sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas de six mois de formation qualifiante au jour de la décision attaquée.
9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant était au cours de l'année scolaire 2020-2021, en unité pédagogique pour élèves allophones et s'est inscrit pour l'année scolaire 2021-2022 en certificat d'aptitude professionnelle " monteur installations sanitaires ". M. A ne justifiait ainsi pas de six mois de formation qualifiante au jour de la décision attaquée.
10. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation commise par le préfet et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
11. En troisième lieu, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.
12. M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il appartenait au préfet de lui demander des actes de l'état civil légalisés et qu'en l'absence d'une telle demande son droit d'être entendu et les principes de bonne foi et de loyauté ont été méconnus. Toutefois ainsi qu'il l'a été dit précédemment le préfet était en droit de refuser d'admettre M. A au séjour pour le seul motif qu'il ne justifie pas de six mois de formation qualifiante. Par suite, à supposer même que les vices de procédure allégués soit établis, l'intéressé qui ne démontre pas avoir été privé d'une garantie n'est pas fondé à s'en prévaloir.
13. En quatrième lieu, sont inopérants, devant le juge de l'excès de pouvoir, les moyens de légalité interne qui, sans rapport avec la teneur de la décision, ne contestent pas utilement la légalité des motifs et du dispositif de la décision administrative attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que le préfet aurait examiné l'opportunité d'admettre au séjour le requérant sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cette disposition doit être écarté comme inopérant.
14. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
15. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée M. A séjournait en France depuis deux ans. Célibataire et sans enfant, il ne fait état d'aucun lien familial en France et ne soutient pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'insertion que le requérant a consentis et du bon déroulement de sa scolarité, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il convient également d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 2 novembre 2021 sont rejetées.
Sur les conclusions d'injonction :
17. Le présent jugement, qui ne fait pas droit aux conclusions de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées par les requérants à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
18. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans les présentes instances, la somme demandée au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. Marti
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026