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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200390

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200390

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, M. B A, représenté par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- le préfet a méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 16 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marini, rapporteure,

- et les observations de Me Cissé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, né le 4 mars 1985, a déclaré être entré en France le 5 novembre 2013 avec son épouse, pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 1er décembre 2014. Le 29 janvier 2015, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français confirmée par un jugement du 17 novembre 2015 du présent tribunal. Le 26 juillet 2018, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 15 novembre 2018, le préfet a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté a été confirmé par un jugement du 17 octobre 2019 du présent tribunal. Une nouvelle obligation de quitter le territoire français du 9 décembre 2019 lui a été notifiée et M. A a été placé en rétention. Il a été libéré par le juge des libertés et de la détention et assigné à résidence. Il n'a pas respecté ses obligations. Par un courrier en date du 15 mars 2021, il a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale et de l'exercice d'une activité non salariée. L'absence de réponse du préfet a fait naître une décision implicite de rejet. Par un courrier du 7 janvier 2022, M. A a sollicité la communication des motifs du refus. Le requérant demande au tribunal l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un courrier reçu par les services de la préfecture le 16 mars 2021, M. A a sollicité, auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle, la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant d'éléments relatifs à sa vie privée et familiale et de l'exercice d'une activité non salariée. Par un arrêté du 24 mars 2022, le préfet a explicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour sur ces fondements. Dès lors que cette décision s'est substituée à la décision implicite née de l'absence de réponse initiale à la demande de M. A, ses conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme dirigées exclusivement contre l'arrêté du 24 mars 2022 en tant qu'il porte refus de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale " et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2013, accompagné de son épouse. Il a deux enfants nés en France et scolarisés en France et exploite une pizzeria. Toutefois, M. A ne doit son temps de présence en France qu'à la circonstance qu'il n'a pas exécuté de précédentes mesures d'éloignement. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que son épouse séjourne irrégulièrement en France et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Albanie et que les enfants de M. A ne pourraient pas y poursuivre leur scolarité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de l'admettre au séjour méconnait les dispositions précitées et qu'elle est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Eu égard aux éléments évoqués au point 5, et en dépit des efforts d'intégration consentis par M. A, ce dernier ne peut se prévaloir de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 précitées doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

C. Marini

Le président,

D. Marti Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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