lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200398 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | ROSELMAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 février 2022 et un mémoire enregistré le 23 août 2023, la société par actions simplifiée (SAS) VosgesNeige, représentée par Me Roselmac, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le préfet des Vosges a refusé la dérogation sollicitée pour ne pas rendre accessible la piscine située au rez-de-jardin de l'établissement, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui octroyer une dérogation aux dispositions pour les personnes à mobilité réduite concernant l'accessibilité à la piscine de l'établissement et de l'autoriser à substituer l'accès à la piscine du chalet par un accès illimité et sans surcoût aux équipements de la piscine de la commune ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il existe des contraintes techniques de sorte qu'elle pouvait prétendre au bénéfice d'une dérogation aux règles d'accessibilité prévues par les dispositions du 1° de l'article R. 164-3 du code de la construction et de l'habitation ;
- le projet ne relève pas des dispositions des articles R. 162-8 à R. 162-13 du code de la construction et de l'habitation, mais des dispositions des articles R. 164-1 à R. 164-6 du même code, dès lors qu'il s'agit d'un établissement recevant du public (ERP) existant et non d'une construction neuve ;
- le montant de l'installation d'une plateforme élévatrice pour les personnes à mobilité réduite aurait un impact négatif sur la viabilité de l'exploitation compte tenu du déséquilibre entre le coût et l'activité, de sorte qu'elle pouvait prétendre au bénéfice d'une dérogation aux règles d'accessibilité prévues par les dispositions du a) du 3° de l'article R. 164-3 du code de la construction et de l'habitation ;
- une mesure de substitution peut être proposée conformément à l'article R. 164-2 du code de la construction et de l'habitation, par un accès illimité à la piscine municipale de Gérardmer.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 juillet 2023 et 12 juillet 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et en l'absence de signature de celle-ci ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la SAS VosgesNeige ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- la circulaire interministérielle n° 2007-53 du 30 novembre 2007 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,
- et les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 avril 2021, la SAS VosgesNeige a déposé une demande d'autorisation de travaux n° 08819621E005 auprès de la commune de Gérardmer concernant un projet consistant à mettre en accessibilité un gîte saisonnier situé 97 Chemin de la Droite du Lac à Gérardmer (Vosges), avec demande de dérogation au titre des dispositions de l'article R. 164-3 du code de la construction et de l'habitation, pour ne pas rendre la piscine située en rez-de-jardin accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR). Par un arrêté du 27 juillet 2021, le préfet des Vosges a refusé cette demande de dérogation. La SAS VosgesNeige demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 7° Refusent une autorisation () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article R. 164-3 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut accorder des dérogations aux règles d'accessibilité prévues par les dispositions du présent chapitre : / () [il] se prononce selon les modalités prévues à l'article R. 122-18 ". Aux termes de l'article R. 122-18 du même code : " () II. - Lorsque la demande d'autorisation de travaux comporte une demande de dérogation en application de l'article R. 164-3 et que l'autorité compétente pour statuer sur la demande est le maire, celui-ci adresse sans délai, dès réception du dossier complet, un exemplaire de la demande et du dossier au préfet. / () Le préfet notifie sa décision motivée au demandeur de l'autorisation de travaux et en informe l'autorité chargée de l'instruction dans un délai de deux semaines suivant la décision () ".
3. L'arrêté contesté vise notamment l'article R. 164-3 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que l'arrêté ministériel du 8 décembre 2014 fixant les dispositions prises pour l'application des articles R. 111-19-7 à R. 111-19-11 du code de la construction et de l'habitation et de l'article 14 du décret n° 2006-555 relatives à l'accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public situés dans un cadre bâti existant et des installations existantes ouvertes au public, et mentionne l'avis défavorable rendu par la sous-commission départementale d'accessibilité (SCDA) en date du 15 juillet 2021. Après avoir rappelé les éléments techniques de la demande de dérogation et les justificatifs fournis par la SAS VosgesNeige, cet arrêté précise en outre que celle-ci n'apporte aucun justificatif par un homme de l'art pour motiver l'impossibilité technique à installer un ascenseur, ni aucune pièce pour indiquer la disproportion manifeste à réaliser des travaux d'accès au rez-de-jardin. Il comprend ainsi les éléments de droit et de fait sur lesquels il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 164-3 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut accorder des dérogations aux règles d'accessibilité prévues par les dispositions du présent chapitre : / 1° En cas d'impossibilité technique résultant de l'environnement du bâtiment, notamment des caractéristiques du terrain, de la présence de constructions existantes ou de contraintes liées au classement de la zone de construction, notamment au regard de la réglementation de prévention contre les inondations ou en raison de difficultés liées à ses caractéristiques ou à la nature des travaux qui y sont réalisés ; / () 3° Lorsqu'il y a une disproportion manifeste entre les améliorations apportées par la mise en œuvre des prescriptions techniques d'accessibilité, d'une part, et leurs coûts, leurs effets sur l'usage du bâtiment et de ses abords ou la viabilité de l'exploitation de l'établissement, d'autre part, notamment : / a) Lorsque le coût ou la nature des travaux d'accessibilité sont tels qu'ils s'avèrent impossibles à financer ou qu'ils ont un impact négatif critique sur la viabilité économique de l'établissement et que l'existence de cette impossibilité ou de ces difficultés est établie notamment par le dépassement de seuils fixés par arrêté () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la SAS VosgesNeige a sollicité une dérogation aux règles d'accessibilité concernant l'accès à la piscine située en rez-de-jardin par un ascenseur intérieur, au regard des contraintes techniques imposées par l'édifice, ainsi que du coût disproportionné des travaux à mettre en œuvre pour installer une plateforme élévatrice extérieure permettant l'accès à la piscine. La société requérante soutient en outre que l'installation d'une telle plateforme modifierait l'aspect extérieur du bâtiment, obstruerait les accès PMR et l'issue de secours de celui-ci, et représenterait un coût excessif qui aurait un impact négatif sur la viabilité de son exploitation. Elle s'appuie notamment sur une attestation de vérification de l'accessibilité aux personnes handicapées délivrée par l'APAVE le 10 juin 2021, dans le cadre d'une précédente demande de travaux du 17 juillet 2020, qui précise qu'il existe une impossibilité technique (présence d'éléments porteurs) pour installer un ascenseur intérieur et qu'une dérogation est nécessaire pour installer une plateforme élévatrice extérieure. Elle présente par ailleurs un devis de la société Libres Accès en date du 13 avril 2021, qui évalue les travaux à la somme de 20 766,62 euros. La société requérante n'apporte toutefois au soutien de sa requête, aucun justificatif d'un homme de l'art ou d'un professionnel qualifié dans le domaine du bâtiment, notamment d'un architecte ou d'un expert en construction, permettant d'attester sans ambiguïté l'impossibilité technique de réaliser les travaux d'accessibilité exigés par la règlementation. En outre, en se bornant à produire un bilan comptable pour l'année 2019, la SAS VosgesNeige n'établit pas que le coût ou la nature des travaux d'accessibilité seraient tels qu'ils s'avèreraient impossibles à financer ou qu'ils auraient un impact négatif critique sur la viabilité économique de l'établissement. Dans ces conditions, la SAS VosgesNeige n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui accorder la dérogation sollicitée, le préfet des Vosges a méconnu les dispositions de l'article R. 164-3 du code de la construction et de l'habitation.
6. En dernier lieu, la SAS VosgesNeige ne peut utilement soutenir qu'elle propose une mesure de substitution à sa demande de dérogation, dès lors que ce motif n'est pas au nombre de ceux qui lui sont opposés par le préfet des Vosges dans sa décision. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la préfète des Vosges, que les conclusions de la SAS VosgesNeige tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2021 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais de l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par la SAS VosgesNeige au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la SAS VosgesNeige est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée VosgesNeige et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie en sera transmise, pour information, à la préfète des Vosges.
Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.
La rapporteure,
A. JouguetLe président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026