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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200462

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200462

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200462
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 février 2022 et 5 février 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision, notifiée le 27 octobre 2021, par laquelle son supérieur hiérarchique a décidé de ne pas lui attribuer, au titre de l'année 2020, de complément indemnitaire annuel ;

2°) de fixer le montant du complément indemnitaire annuel à la somme de 200 euros.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle ne comporte aucune date et signature ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 4 du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat et de la note du secrétariat général du 9 juillet 2021 dès lors qu'elle repose sur des critères ajoutés par l'administration et non sur l'appréciation relevée dans son compte rendu d'entretien professionnel ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020 fait état d'un niveau d'appréciation général " très bon " lui permettant de bénéficier du forfait le plus élevé ;

- en se fondant sur l'activité du service et les résultats, l'administration commet un détournement de pouvoir ;

- la décision attaquée est entachée de détournement de pouvoir dès lors que l'appréciation de la valeur professionnelle des agents est effectuée par le seul supérieur hiérarchique direct.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- l'arrêté du 20 mai 2014 pris pour l'application aux corps d'adjoints administratifs des administrations de l'Etat des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe administrative, est affectée depuis le 1er septembre 2019 au tribunal judiciaire de Nancy. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision, notifiée le 27 octobre 2021, par laquelle le directeur de greffe du tribunal judiciaire de Nancy a fixé à zéro euro le montant de son complément indemnitaire annuel pour l'année 2020 et doit être regardée comme demandant au tribunal d'enjoindre au directeur de greffe de fixer le montant de ce complément indemnitaire annuel à la somme de 200 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier () d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. () " Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Les fonctionnaires mentionnés à l'article 1er peuvent bénéficier d'un complément indemnitaire annuel qui tient compte de l'engagement professionnel et de la manière de servir, appréciée dans les conditions fixées en application de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. / Il est compris entre 0 et 100 % d'un montant maximal par groupe de fonctions fixé par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Le complément indemnitaire fait l'objet d'un versement annuel, en une ou deux fractions, non reconductible automatiquement d'une année sur l'autre. " Aux termes de l'article 55 de la loi portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct, qui donne lieu à un compte rendu. () "

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le complément indemnitaire annuel tient compte de l'engagement professionnel et de la manière de servir de l'agent, celle-ci étant appréciée en tenant compte du compte rendu d'entretien professionnel de l'agent.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de verser à Mme A un complément indemnitaire annuel au titre de l'année 2020, le directeur de greffe du tribunal judiciaire de Nancy s'est fondé sur les circonstances tirées de la faible activité statistique de la section à laquelle elle est affectée et d'erreurs commises par cette section dans les demandes de pièces complémentaires. Toutefois, de tels motifs, qui ne se rapportent ni à l'engagement professionnel de l'intéressée, ni à sa manière de servir telle qu'elle ressort du compte rendu d'entretien professionnel, ne peuvent fonder la décision fixant le montant du complément indemnitaire annuel de l'agent. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

5. Par ailleurs, le directeur de greffe s'est également fondé sur la circonstance que Mme A n'avait pas notifié en urgence une décision. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A a fait l'objet, le 9 février 2021, d'un compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020 faisant notamment état d'un très bon niveau d'appréciation général. Dès lors, sa manière de servir doit être regardée, pour la fixation du montant du complément indemnitaire annuel, comme " très bonne ". Dans ces conditions, en fixant à zéro euro le montant du complément indemnitaire annuel de Mme A, alors qu'il ne peut faire état que d'un seul incident susceptible d'être personnellement reproché à Mme A pour estimer trop faible son engagement personnel, le directeur de greffe du tribunal judiciaire de Nancy a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision notifiée le 27 octobre 2021 par laquelle le directeur de greffe du tribunal judiciaire de Nancy a fixé le complément indemnitaire annuel de Mme A à zéro euro doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En demandant au tribunal de fixer le montant du complément indemnitaire annuel à 200 euros, Mme A doit être regardée comme lui demandant d'enjoindre à l'administration de fixer le montant du complément indemnitaire annuel à 200 euros. Toutefois, il y a seulement lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au directeur de greffe du tribunal judiciaire de Nancy de fixer le complément indemnitaire annuel de Mme A à un montant qui ne saurait être nul dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision notifiée le 27 octobre 2021 par laquelle le directeur de greffe du tribunal judiciaire de Nancy a fixé le complément indemnitaire annuel de Mme A à zéro euro est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du greffe du tribunal judiciaire de Nancy de fixer le complément indemnitaire annuel de Mme A à un montant qui ne saurait être nul dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Une copie sera adressée, pour information, au directeur de greffe du tribunal judiciaire de Nancy.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Bourjol, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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