jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200467 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | ALIBERT |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 15 février 2022 sous le numéro n° 2200467, et un mémoire enregistré le 21 octobre 2023, l'association InterHop, le Syndicat de la médecine générale (SMG), la Fédération sud santé sociaux et la ligue des droits de l'Homme, représentés par Me Alibert, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le centre hospitalier régional et universitaire (CHRU) de Nancy a implicitement rejeté leur demande de mettre un terme à l'utilisation de l'outil " Teams " de la suite collaborative " Microsoft 365 " dans le cadre de la politique de soins, ainsi que la décision du 15 décembre 2021 par laquelle le CHRU de Nancy a expressément rejeté leur demande ;
2°) de mettre à la charge du CHRU de Nancy la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête, dirigée en temps utile contre une décision qui fait grief, est recevable ; ils justifient, en particulier, d'un intérêt à agir ;
- la décision du 15 décembre 2021 est entachée d'un défaut de motivation ;
- les décisions attaquées méconnaissent le règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016, le droit au respect de la vie privée, le droit à la protection des données personnelles et le secret médical dès lors que le recours à Teams pour traiter des données personnelles de santé non pseudonymisées expose ces dernières à un risque de transfert par Microsoft, sous-traitant du CHRU de Nancy, aux autorités étasuniennes, eu égard à l'effet extraterritorial du droit américain et à l'absence de garanties de protection techniques, juridiques et organisationnelles contre ce risque ;
- le CHRU de Nancy a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 décembre 2022, le 22 octobre 2023 et le 19 février 2024, le CHRU de Nancy, représenté par le cabinet DLA Piper France, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 10 000 euros soit mise à la charge solidaire de l'association InterHop, du SMG, de la Fédération sud santé sociaux et de la ligue des droits de l'Homme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute pour les requérants de justifier d'un intérêt à agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 16 février 2022 sous le numéro n° 2200482, et un mémoire enregistré le 14 avril 2024, l'association InterHop, le Syndicat de la médecine générale (SMG), la Fédération sud santé sociaux et la ligue des droits de l'Homme, représentés par Me Alibert, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le CHRU de Nancy a implicitement rejeté leur demande de mettre un terme à l'utilisation de l'outil " Teams " de la suite collaborative " Microsoft 365 " dans le cadre de la politique de soins, ainsi que la décision du 15 décembre 2021 par laquelle le CHRU de Nancy a expressément rejeté leur demande ;
2°) de mettre à la charge du CHRU de Nancy la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête, dirigée en temps utile contre une décision qui fait grief, est recevable. Ils justifient, en particulier, d'un intérêt à agir ;
- la décision du 15 décembre 2021 est entachée d'un défaut de motivation ;
- les décisions attaquées méconnaissent le règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016, le droit au respect de la vie privée, le droit à la protection des données personnelles et le secret médical dès lors que le recours à Teams pour traiter des données personnelles de santé non pseudonymisées expose ces dernières à un risque de transfert par Microsoft, sous-traitant du CHRU de Nancy, aux autorités étasuniennes, eu égard à l'effet extraterritorial du droit américain et à l'absence de garanties de protection techniques, juridiques et organisationnelles contre ce risque ;
- le CHRU de Nancy a commis une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au CHRU de Nancy qui n'a pas produit de mémoire.
Dans chacune des deux instances, par une lettre du 4 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que le tribunal est susceptible de prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête en raison de l'abrogation implicite de la décision révélée du 2 avril 2020 de créer un traitement automatisé de données personnelles de santé par l'usage de l'outil collaboratif " Teams " de Microsoft.
Dans les deux instances, le CHRU de Nancy a présenté des observations à ce moyen relevé d'office le 11 septembre 2024 qui ont été communiquées.
Dans les deux instances, les associations et syndicats requérants ont présenté des observations à ce moyen relevé d'office le 12 septembre 2024 qui ont été communiquées.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Philis,
- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 14 octobre 2021, l'association InterHop, le Syndicat de la médecine générale, la Fédération sud santé sociaux et la ligue des droits de l'Homme ont demandé au CHRU de Nancy de mettre un terme à l'utilisation du logiciel " Teams " relevant de la suite collaborative américaine Microsoft 365 pour protéger les données de santé des patients accueillis dans cet établissement hospitalier. Par une décision du 15 décembre 2021, le CHRU de Nancy a rejeté leur demande au motif que des mesures de protection des données personnelles de santé avaient été prises dans le cadre du déploiement de cet outil. Par les présentes requêtes n° 2200467 et n° 2200482, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, l'association InterHop, le Syndicat de la médecine générale, la Fédération sud santé sociaux et la ligue des droits de l'Homme demandent au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de leur demande née du silence gardé par l'administration, ainsi que la décision du 15 décembre 2021 par laquelle le CHRU de Nancy a refusé de mettre un terme à l'utilisation de " Teams ".
Sur l'étendue du litige :
2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision expresse de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. Il ressort des pièces du dossier que le 2 avril 2020, le CHRU de Nancy a publié sur le site internet " youtube " une vidéo intitulée " le CHRU de Nancy fluidifie ses échanges et booste sa collaboration avec Microsoft Teams " pour promouvoir l'usage de l'outil " Teams " dans sa politique de soins. Cette vidéo, en précisant la possibilité de collecter, de consulter et de diffuser rapidement auprès du personnel soignant des informations pour améliorer la prise en charge des patients accueillis au CHRU de Nancy, révèle la décision à caractère réglementaire d'instaurer et de mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel de santé, et non un projet d'accompagnement du parcours patient comme le fait valoir le CHRU de Nancy en défense. Le 14 octobre 2021, l'association InterHop, le Syndicat de la médecine générale, la Fédération sud santé sociaux et la ligue des droits de l'Homme doivent être regardés comme demandant au CHRU de Nancy d'abroger cette décision, non formalisée mais révélée par la vidéo promotionnelle du 2 avril 2020. Par un courrier du 15 décembre 2021, le CHRU de Nancy a refusé d'abroger cette décision. Dans ce cadre, les conclusions des requêtes, dirigées contre la décision par laquelle le CHRU de Nancy a implicitement rejeté leur demande du 14 octobre 2021, doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 15 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte réglementaire illégal réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire d'office en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente, de procéder à l'abrogation de cet acte afin que cessent les atteintes illégales que son maintien en vigueur porte à l'ordre juridique. Il s'ensuit que, lorsque l'acte réglementaire dont l'abrogation est demandée cesse de recevoir application avant que le juge, saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de l'abroger, ait statué, ce recours perd son objet.
5. Il ressort des pièces du dossier que par une note du 1er septembre 2022, le chef du département territorial de la transformation numérique et de l'ingénierie biomédicale du CHRU de Nancy a interdit le traitement automatisé de données personnelles de santé sur l'outil " Teams " en prévoyant une mise en application générale de cette interdiction le 12 septembre 2022. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 15 décembre 2021 portant refus d'abroger la décision révélée du 2 avril 2020 de créer et de mettre en œuvre un traitement automatisé de données personnelles de santé, sous-traité à Microsoft via l'outil Teams, sont devenues sans objet.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par l'association InterHop, le Syndicat de la médecine générale, la Fédération sud santé sociaux et la ligue des droits de l'Homme.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des requêtes n° 2200467 et n° 2200482.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Les conclusions du CHRU de Nancy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association InterHop, au Syndicat de la médecine générale, à la Fédération sud santé sociaux, à la ligue des droits de l'Homme et au centre hospitalier régional et universitaire de Nancy.
Copie en sera adressée, pour information, à la ministre de la santé et de l'accès aux soins.
Délibéré après l'audience publique du 26 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Samson-Dye, présidente,
M. Bastian, conseiller,
Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
L. Philis
La présidente,
A. Samson-Dye
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2200467, 220048
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026