mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200532 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 février 2022 et le 24 juin 2022, M. A B, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;
- le préfet n'a pas renversé la présomption de validité qui s'attache en vertu de l'article 47 du code civil aux mentions contenues dans les actes d'état civil qu'il a produits ;
- il est bien fondé à obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- son parcours, notamment dans le cadre de son contrat d'apprentissage, lui permet d'obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 7 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- et les observations de Me Chaïb représentant M. B, également présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, qui se déclare ressortissant guinéen né le 5 mars 2003, serait entré en France en qualité de mineur isolé étranger le 14 août 2019 selon ses déclarations. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle par une ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'État du juge des tutelles du tribunal de grande instance de Nancy du 8 octobre 2019. Il a suivi le cursus Espace temporaire d'accueil pour élèves allophones (ETAPEA) au terme duquel il s'est inscrit au centre de formation des apprentis (CFA) de Pont-à-Mousson en CAP " peintre applicateur de revêtement " au titre de l'année scolaire 2020/2021. Par un courrier du 22 décembre 2020 transmis à la préfecture de Meurthe-et-Moselle par l'intermédiaire du service de l'aide sociale à l'enfance du département, M. B a présenté une demande de titre de séjour que le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejetée par l'arrêté attaqué du 16 novembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
4. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles. Si l'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays, il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve, par tout moyen, du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'autorité administrative n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont elle dispose sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. B a produit les originaux d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance n° 166 du 28 septembre 2020, d'un extrait du registre des actes d'état civil n° 650 en date du 16 octobre 2020 et d'un certificat de nationalité guinéenne du 12 février 2021 ainsi qu'une carte consulaire.
6. Sur le fondement d'un rapport d'examen technique documentaire réalisé le 10 mai 2021 par le service territorial de Nancy de la police aux frontières, le préfet a relevé que les documents produits étaient imprimés sur du papier ordinaire dépourvu de sécurité et a estimé que le jugement supplétif d'acte de naissance était irrégulier au motif d'une incohérence quant à la date portée dans le jugement et d'informations incomplètes relatives à l'enfant et aux parents au regard des articles 175 et 196 du code civil guinéen, que l'extrait d'acte de naissance est également incomplet au regard de ces mêmes articles et que le certificat de nationalité comporte quant à lui une référence erronée aux articles 56 et 178 du code civil guinéen et ne mentionne pas la nationalité des parents du requérant.
7. Toutefois, la seule circonstance, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et qu'il n'est pas allégué que les documents de référence seraient imprimés sur un autre support, que le jugement supplétif comme l'extrait d'acte de naissance soient imprimés sur du papier ordinaire et dépourvu de sécurité est sans incidence. Par ailleurs, la mention d'une date d'audience du tribunal de première instance de Kindia au " vingt-vingt septembre l'an deux mille vingt " relève manifestement d'une erreur matérielle qui ne permet pas de remettre en cause l'authenticité du jugement supplétif en date du 25 septembre 2020 produit par M. B. En outre, le préfet n'établit pas que les dispositions des articles 175 et 196 de l'ancien code civil guinéen auxquels il s'est référé à tort, ni des articles 184 et 204 du code civil guinéen applicable depuis le 5 octobre 2019 et auxquels il se réfère en défense s'appliqueraient aux jugements supplétifs. Par suite, l'absence sur le jugement de la mention des dates et lieux de naissance des parents du requérant, de leur âge ou leur domicile, ou de celle de l'heure de naissance de l'intéressé n'est pas de nature à remettre en cause son authenticité. De plus, à supposer cette mention requise, le sexe de l'intéressé est suffisamment précisé par la mention " fils de " figurant dans le jugement supplétif. Aucune autre anomalie n'est relevée concernant ce document. En outre, les mentions figurant dans l'extrait d'acte de naissance sont cohérentes avec celles figurant sur le jugement supplétif du 25 septembre 2020 dont il assure la transcription. Dès lors, la circonstance que les informations prévues par les articles 184 et 204 du nouveau code civil guinéen, qui ne figurent pas dans le jugement, ne soient pas non plus mentionnées dans l'extrait du registre des actes d'état civil n'est pas de nature à remettre en cause l'authenticité de ce second document. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle ne peut être regardé comme renversant la présomption de validité des mentions contenues dans les actes d'état civil produits par le requérant.
8. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le certificat de nationalité présenté par M. B fait référence à l'extrait du registre d'état civil n° 650 du 16 octobre 2020 dont il a été dit au point précédent qu'il était régulier. Il ressort également des pièces du dossier que ce certificat de nationalité fait référence aux articles 56 et 178 du code civil guinéen et indique ainsi la disposition légale, applicable depuis le 5 octobre 2019, en vertu de laquelle l'intéressé a la nationalité guinéenne. Si le préfet relève que la nationalité guinéenne des parents n'est pas énoncée dans le document de référence, il ne précise pas la disposition en vertu de laquelle cette information devrait être mentionnée dans la transcription du jugement supplétif portée dans le registre d'état civil qui a permis la délivrance du certificat contesté. Dans ces conditions, aucun élément avancé par le préfet ne permet non plus de remettre en cause la force probante du certificat de nationalité produit par M. B qui justifie ainsi suffisamment de sa nationalité.
9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 8 octobre 2019 alors qu'il était âgé de seize ans. Il s'est inscrit à compter de l'année scolaire 2020/2021, soit depuis plus de six mois à la date de l'arrêté attaqué, au centre de formation des apprentis (CFA) de Pont-à-Mousson pour y préparer un CAP " peintre applicateur de revêtement " au titre duquel il a conclu un contrat d'apprentissage à compter du 15 octobre 2021 avec une entreprise de Tomblaine. Si ses résultats scolaires faibles s'expliquent par son très faible niveau de connaissance de la langue française à son arrivée sur le territoire français, le caractère sérieux du suivi de cette formation est attesté par les encouragements de ses professeurs et l'appréciation très positive de son maître d'apprentissage. L'avis de la structure auprès de laquelle est accueilli M. B est favorable et il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant représenterait une menace pour l'ordre public. Enfin, il n'est pas établi que le requérant entretiendrait des liens avec sa famille restée dans son pays d'origine de nature à faire obstacle à l'attribution d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il s'en suit que M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a rejeté la demande de titre de séjour qu'il avait présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, d'annuler la décision du 20 octobre 2021 portant refus de séjour et, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de retour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le requérant étant âgé de plus de dix-huit ans à la date du présent jugement, l'exécution de ce dernier implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés à l'instance :
12. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chaïb, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chaïb de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 16 novembre 2021 du préfet de Meurthe-et-Moselle est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Chaïb, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Chaïb renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Kohler, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
G. Grandjean
La présidente,
J. Kohler
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026