mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200574 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 23 février 2022 sous le numéro n° 2200572, M. A D, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 février 2022 par laquelle le directeur du centre de détention d'Ecrouves a prononcé son placement à l'isolement ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre de détention d'Ecrouves de prononcer la levée de son isolement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- le signataire de la décision attaquée est incompétent ;
- la décision attaquée méconnaît le principe du contradictoire et les droits de la défense tels que garantis par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2023.
II. Par une requête enregistrée le 23 février 2022 sous le numéro n° 2200574, M. A D, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 février 2022 par laquelle le directeur du centre de détention d'Ecrouves a retiré à Mme C son permis de visite ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre de détention d'Ecrouves de restituer à Mme C son permis de visite dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire tel que garanti par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas entré en possession d'une bouteille d'alcool à l'issue du parloir avec sa concubine ;
- le directeur du centre de détention a fait une inexacte application des dispositions de l'article 35 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire et des articles R. 57-8-10 et R. 57-8-15 du code de procédure pénale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été ordonnée le 26 décembre 2023.
Les parties ont été invitées, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.
Le garde des sceaux, ministre de la justice, a procédé à la communication des pièces complémentaires sollicitées le 26 mars 2024.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2009-1436 n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Philis,
- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été incarcéré au centre de détention d'Ecrouves du 7 septembre 2021 au 8 novembre 2022. Par une décision du 4 février 2022, le directeur du centre de détention d'Ecrouves a retiré le permis de visite de sa compagne, Mme C, après l'avoir suspendu à titre provisoire le 28 décembre 2021. Par une décision du 11 février 2022, le chef de cet établissement a prononcé le placement à l'isolement de M. D. Par les présentes requêtes n° 2200572 et n° 2200574, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, M. D demande au tribunal d'annuler les décisions des 4 et 11 février 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :
En ce qui concerne la décision du 4 février 2022 portant retrait du permis de visite :
2. Aux termes de l'article 35 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 : " Le droit des personnes détenues au maintien des relations avec les membres de leur famille s'exerce soit par les visites que ceux-ci leur rendent, soit, pour les condamnés et si leur situation pénale l'autorise, par les permissions de sortir des établissements pénitentiaires. () / L'autorité administrative ne peut refuser de délivrer un permis de visite aux membres de la famille d'un condamné, suspendre ou retirer ce permis que pour des motifs liés au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. / L'autorité administrative peut également, pour les mêmes motifs ou s'il apparaît que les visites font obstacle à la réinsertion du condamné, refuser de délivrer un permis de visite à d'autres personnes que les membres de la famille, suspendre ce permis ou le retirer. / () Les décisions de refus de délivrer un permis de visite sont motivées. " Aux termes de l'article R. 57-8-10 du code de procédure pénale alors applicable : " Pour les personnes condamnées, incarcérées en établissement pénitentiaire ou hospitalisées dans un établissement de santé habilité à recevoir des personnes détenues, les permis de visite sont délivrés, refusés, suspendus ou retirés par le chef de l'établissement pénitentiaire. / () ".
3. Il résulte des dispositions précitées de l'article 35 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 qu'une décision retirant un permis de visite précédemment délivré doit être motivée.
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 4 février 2022 portant retrait du permis de visite à la concubine de M. D ne comporte aucune mention des circonstances de fait la justifiant. Si le garde des sceaux, ministre de la justice, fait valoir que la décision de retrait du permis de visite est motivée par référence à la décision du 28 décembre 2021 prononçant la suspension provisoire du permis de visite, le directeur du centre de détention d'Ecrouves ne s'est pas expressément approprié son contenu. Par suite, M. D est fondé à soutenir que la décision du 4 février 2022 est insuffisamment motivée.
5. Il résulte de ce qui précède et, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête n° 2200574, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 février 2022.
6. Il résulte de l'instruction que M. D a été libéré le 6 mai 2023. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte se rapportant à la décision du 4 février 2022 doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision du 11 février 2022 portant placement à l'isolement :
7. Aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. () " Aux termes de l'article R. 57-7-62 de ce code alors applicable : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. / () ". L'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale alors applicable dispose : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial () est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. / () Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé par elle. / () " Aux termes de l'article R. 57-7-66 du même code dans sa version alors en vigueur : " Le chef d'établissement décide de la mise à l'isolement pour une durée maximale de trois mois. Il peut renouveler la mesure une fois pour la même durée. / Il rend compte sans délai de sa décision au directeur interrégional. " Aux termes de l'article R. 57-7-73 du code de procédure pénale alors applicable : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. / () "
8. Les mesures d'isolement sont prises, lorsqu'elles ne répondent pas à une demande du détenu, pour des motifs de précaution et de sécurité. Elles constituent des mesures de police administratives qui tendent à assurer le maintien de l'ordre public et de la sécurité au sein de l'établissement pénitentiaire, ainsi que la prévention de toute infraction le cas échéant. Le juge administratif exerce un contrôle restreint sur les motifs de telles mesures.
9. En premier lieu, M. E B, chef de service pénitentiaire adjoint, disposait d'une délégation de signature prise par un arrêté du 1er juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le lendemain, à l'effet de signer, au nom du directeur du centre de détention d'Ecrouves, la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a été informé, le 8 février 2022, de l'intention de l'administration de le placer à l'isolement, des motifs envisagés à l'appui de cette décision, de la tenue d'une audience le 11 février 2022 à 11 heures 30, de la possibilité de présenter des observations écrites ou orales dans un délai déterminé et de la possibilité de se faire assister ou représenter. En l'espèce, M. D a fait usage de la faculté de se faire assister par un avocat et a formulé des observations orales avant l'édiction de la mesure litigieuse. Enfin, l'intéressé, qui a refusé de signer le formulaire attestant de la bonne prise en compte des informations y figurant, n'établit pas avoir demandé des pièces relatives à la procédure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe contradictoire et des droits de la défense doit être écarté.
11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des comptes rendus d'incidents et de la fiche de synthèse des observations d'incident produits en défense, que M. D a proféré des menaces à l'égard du personnel de l'établissement pénitentiaire, a fait l'objet d'une sanction pour une faute disciplinaire visée au point 10 de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, et a été aperçu en possession d'alcool dans le centre de détention le 26 décembre 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
12. En dernier lieu, eu égard aux menaces répétés à l'égard du personnel et au comportement ci-dessus décrit de M. D, le directeur du centre de détention n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ordonnant son placement à l'isolement.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 février 2022 présentées par M. D et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte afférentes à cette décision, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que le cabinet Themis, avocat de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 février 2022 portant retrait du permis de visite est annulée.
Article 2 : L'Etat versera au cabinet Themis une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que le conseil de M. D renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : La requête n° 2200572 et le surplus de la requête n° 2200574 sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au cabinet Themis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée, pour information, au directeur du centre de détention d'Ecrouves.
Délibéré après l'audience publique du 11 avril 2024 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Bourjol, première conseillère,
Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
L. Philis
Le président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2200572, 2200574
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026