mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200589 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | AARPI GARTNER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 février 2022, l'association Défense des cirques de famille demande au tribunal d'annuler la délibération du conseil municipal de la commune de Bar-le-Duc du 3 février 2022, en tant qu'elle fixe les droits de voirie des fêtes foraines et attractions itinérantes et qu'elle décide, concernant l'accueil de cirques, au regard de la loi n° 2021-1539 renforçant la lutte contre la maltraitance animale, qui interdit cinq ans après sa promulgation la détention et la présentation d'animaux d'espèces non domestiques, d'émettre le vœu de ne plus accueillir de cirques présentant de tels animaux d'ici à cette échéance de 5 ans.
Elle soutient que :
- dès lors qu'elle défend les intérêts économiques et professionnels des artisans et artistes du cirque, elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- son président est habilité à ester en justice, en vertu de l'article 11 de ses statuts ;
- la délibération contestée ne constitue pas un simple vœu au sens de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales mais une décision faisant grief ;
- le conseil municipal n'était pas compétent pour adopter une mesure de police ;
- le maire n'était pas compétent pour prendre la décision attaquée, qui relève des pouvoirs de police spéciale du préfet ;
- le conseil municipal n'était pas compétent pour fixer les tarifs des droits de voirie des fêtes foraines et attractions itinérantes ;
- la délibération contestée viole les dispositions du code de l'environnement et de la loi du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale et conforter le lien entre les animaux et les hommes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, la commune de Bar-le-Duc, représentée par Me Jeandon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'association Défense des cirques de famille au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, en raison, d'une part, du défaut d'intérêt à agir de l'association requérante et, d'autre part, de l'absence de caractère décisoire de la délibération contestée ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,
- et les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 3 février 2022, le conseil municipal de la commune de Bar-le-Duc a fixé les tarifs des droits de voirie des fêtes foraines et attractions itinérantes et a émis le vœu de ne plus accueillir de cirques présentant des animaux non domestiques. L'association Défense des cirques de famille demande l'annulation de cette délibération.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération en tant qu'elle décide d'émettre le vœu de ne plus accueillir de cirques présentant de tels animaux d'ici à cette échéance de 5 ans :
2. Aux termes de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune. / Il donne son avis toutes les fois que cet avis est requis par les lois et règlements, ou qu'il est demandé par le représentant de l'Etat dans le département. / Lorsque le conseil municipal, à ce régulièrement requis et convoqué, refuse ou néglige de donner avis, il peut être passé outre. / Le conseil municipal émet des vœux sur tous les objets d'intérêt local ". La délibération par laquelle l'organe délibérant d'une collectivité territoriale émet un vœu, une prise de position ou une déclaration d'intention ne constitue pas un acte faisant grief et n'est donc pas susceptible de faire l'objet d'un recours devant le juge de l'excès de pouvoir, à moins qu'il en soit disposé autrement par la loi, comme c'est le cas lorsque, sur le fondement de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, le préfet défère au tribunal administratif les actes qu'il estime contraires à l'ordre public ou à la légalité.
3. Par la délibération attaquée du 3 février 2022, le conseil municipal de la commune de Bar-le-Duc a émis le vœu de ne plus accueillir de cirques présentant des animaux non domestiques. Contrairement à ce que soutient l'association Défense des cirques de famille, par cette délibération, le conseil municipal, qui n'a ainsi prononcé aucune interdiction et qui n'a, en tout état de cause, pas empiété sur les pouvoirs de police générale du maire ni sur les pouvoirs de police spéciale confiés aux autorités de l'Etat en ce qui concerne les animaux vivants d'espèces non domestiques utilisés dans les spectacles itinérants, a émis une simple déclaration d'intention dépourvue de toute portée juridique. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la commune doit être accueillie. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 3 février 2022, en tant qu'elle décide que le conseil municipal émet le vœu de ne plus accueillir de cirques présentant des animaux non domestiques, sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération en tant qu'elle fixe les droits de voirie des fêtes foraines et attractions itinérantes :
4. En premier lieu, si, en principe, le fait qu'une décision administrative ait un champ d'application territorial, fait obstacle à ce qu'une association ayant un ressort national justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour en demander l'annulation, il peut en aller autrement lorsque la décision soulève, en raison de ses implications, notamment dans le domaine des libertés publiques, des questions qui, par leur nature et leur objet, excèdent les seules circonstances locales.
5. L'association Défense des cirques de famille a notamment pour objet statutaire " la défense des intérêts économiques et professionnels des artisans et artistes du cirque, la promotion et la défense du patrimoine culturel circassien, la diffusion auprès du public des arts du cirque, la participation à toute organisation nationale ou internationale, de droit public ou privé, permettant de promouvoir lesdits arts du cirque, la création de festivals et de manifestations permettant la diffusion de ce patrimoine culturel auprès du public ". Si elle a son siège dans le département de la Mayenne, l'intérêt collectif pris en charge, qui concerne un public nomade et donc directement concerné par les actions prises en la matière dans tous les départements, ne saurait être regardé comme trop étendu par rapport à l'objet de la délibération contestée. Dès lors, ladite association justifie d'un intérêt direct et personnel lui donnant qualité pour agir contre la délibération du conseil municipal de la commune de Bar-le-Duc en ce qu'elle fixe les droits de voirie pour les activités de " cirques et chapiteaux " et prévoit une caution en cas de stationnement, en ce qui les concerne, sur un terrain communal.
6. En revanche, l'objet statutaire de l'association requérante étant limité aux intérêts économiques et professionnels des artisans et artistes du cirque, celle-ci ne peut se prévaloir d'un intérêt à agir contre les droits de voirie pour les activités de " manèges forains " et " autres attractions itinérantes ". Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la commune doit être partiellement accueillie. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 3 février 2022, en tant qu'elle fixe les droits de voirie pour les activités de " manèges forains " et " autres attractions itinérantes " sont irrecevables.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () 2° De fixer, dans les limites déterminées par le conseil municipal, les tarifs des droits de voirie, de stationnement, de dépôt temporaire sur les voies et autres lieux publics et, d'une manière générale, des droits prévus au profit de la commune qui n'ont pas un caractère fiscal, ces droits et tarifs pouvant, le cas échéant, faire l'objet de modulations résultant de l'utilisation de procédures dématérialisées ; / () ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où le conseil municipal a consenti une délégation de pouvoir au maire de fixer, dans les limites qu'il a déterminées, les tarifs des droits de voirie de la commune, et ne l'a pas ultérieurement rapportée, il doit être regardé comme s'étant dessaisi de sa compétence et n'est, dès lors, plus compétent pour fixer lui-même ces tarifs.
8. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération du 17 septembre 2020, le conseil municipal de la commune de Bar-le-Duc a délégué à son maire, " pour la durée de son mandat, les attributions suivantes : () 2° De fixer, dans la limite d'un droit unitaire de 1 000 euros, les tarifs des droits de voirie, de stationnement de dépôt temporaire sur les voies et autres lieux publics et, d'une manière générale, des droits prévus au profit de la commune qui n'ont pas un caractère fiscal, ces droits et tarifs pouvant, le cas échéant, faire l'objet de modulations résultant de l'utilisation de procédures dématérialisées ; () ". Dès lors, le conseil municipal de la commune de Bar-le-Duc n'avait pas compétence pour fixer le montant des droits de voirie pour les activités de " cirques et chapiteaux ". Par suite, l'association requérante est fondée à soutenir que la délibération attaquée a été prise par une autorité incompétente. Il en résulte que la délibération en date du 3 février 2022, en tant qu'elle fixe les droits de voirie pour les activités de " cirques et chapiteaux " et prévoit, en ce qui les concerne, une caution en cas de stationnement sur un terrain communal, doit être annulée.
Sur les frais du litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Bar-le-Duc présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du conseil municipal de la commune de Bar-le-Duc du 3 février 2022 est annulée en tant qu'elle fixe les droits de voirie pour les activités de " cirques et chapiteaux " et prévoit, en ce qui les concerne, une caution en cas de stationnement sur un terrain communal.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de l'association Défense des cirques de famille est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Bar-le-Duc au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Défense des cirques de famille et à la commune de Bar-le-Duc.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
A. JouguetLe président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026