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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200597

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200597

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 1)
Avocat requérantSCP BENOIT OLSZOWIAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 février et 10 mai 2022, M. A B, représenté par Me Benoit, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 26 novembre 2021 du ministre de l'intérieur prononçant l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite et de reconstituer son capital de points initial dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les informations préalables obligatoires prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été communiquées préalablement aux décisions de retraits de points récapitulées dans la décision 48 SI ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48 SI du 26 novembre 2021, dont M. B demande l'annulation le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité de son permis de conduire.

Sur le cadre juridique :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Aux termes de l'article R. 223-3 de ce code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ".

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

5. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévus par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire. Il appartient à l'officier du ministère public d'apprécier la recevabilité de la réclamation, sous le contrôle de la juridiction pénale, devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document intitulé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Sur la délivrance de l'information préalable aux retraits de points :

En ce qui concerne l'infraction constatée le 8 novembre 2020 (4 points) :

6. En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du code de procédure pénale, issu d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

8. En l'espèce, il ressort des pièces produites par le ministre que le procès-verbal établi à la suite de l'infraction constatée le 28 mai 2021 comporte la mention de la signature de M. B sur l'équipement de verbalisation. Dans ces conditions, compte tenu des mesures sanitaires mises en place pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, et alors que M. B n'en conteste pas l'exactitude, la mention de cette signature portée sur ce procès-verbal doit être regardée comme possédant la même valeur probante que la signature de l'intéressé. Dans ces conditions, il est établi que M. B a reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant le retrait de points correspondant à cette infraction infractions.

En ce qui concerne l'infraction constatée le 24 août 2019 (2 points) :

9. Il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B que l'infraction en date du 24 août 2019 a été constatée par radar automatique sans interception de véhicule. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée afférent à cette infraction a été adressé avec accusé de réception à M. B le 28 janvier 2020, puis retourné à l'expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, et alors que le requérant ne conteste pas avoir ainsi été régulièrement avisé, l'avis d'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction, produit par le ministre en défense et comportant l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, est réputé lui avoir été régulièrement notifié et l'administration doit, par suite, être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information préalable prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Sur la réalité des infractions :

En ce qui concerne les infractions constatées les 24 août 2019 (2 points) et 28 mai 2021 (4 points) :

10. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B que les infractions constatées les 24 août 2019 et 28 mai 2021 ont donné lieu à l'émission des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées correspondantes. Dans ces conditions, et alors que M. B ne fait état d'aucun élément qui serait de nature à remettre en cause l'exactitude de ces mentions, il n'est pas fondé à soutenir que la réalité de ces infractions n'est pas établie.

En ce qui concerne les infractions constatées les 5 juillet 2020 (3 points) et 8 novembre 2020 (4 points) :

11. M. B produit un courrier en date du 2 mai 2022 par lequel l'officier du ministère public près le tribunal de police de Nancy l'a informé de ce que les amendes forfaitaires majorées concernant les infractions constatées les 5 juillet 2020 et 8 novembre 2020 avaient été annulées et de ce qu'il serait prochainement convoqué à une audience du tribunal de police de Nancy. Dans ces conditions, et alors qu'il n'appartient ni à l'administration ni au juge administratif de se prononcer sur l'appréciation portée par l'autorité judiciaire sur la validité et la régularité de sa saisine, M. B doit être regardé comme rapportant la preuve de l'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions en cause. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la réalité des infractions constatées les 5 juillet 2020 et 8 novembre 2020 n'est pas établie.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à invoquer l'illégalité des décisions portant retrait de trois et quatre points consécutives aux infractions constatées les 5 juillet 2020 et 8 novembre 2020 et à soutenir que le solde de points de son permis de conduire n'était pas nul. Il est en conséquence fondé à demander l'annulation de la décision référencée 48 SI du 26 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration réévalue le solde de points du permis de conduire de M. B, compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures à la décision 48 SI, et qu'elle restitue le permis si le solde est positif.

Sur les frais liés aux litiges :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision référencée 48 SI du 26 novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de déterminer le nombre de points attaché au permis de conduire de M. B, compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures, et de le restituer à l'intéressé si le solde est positif.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La magistrate désignée,

J. C

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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