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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200689

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200689

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantTHIRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 5 mars 2022 et les 28 juin et 28 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Thiry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 9 novembre 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Grand Longwy a approuvé la vente de douze parcelles au bénéfice de la société Terra Nobilis ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Longwy une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- l'avis du service des domaines n'a pas été remis aux élus du conseil communautaire ;

- les élus n'ont pas été destinataires de la note de synthèse prévue par l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;

- les comptes rendus des réunions des commissions d'élus n'ont pas été diffusés à l'assemblée délibérante ;

- aucune étude d'impact n'a été menée, notamment en ce qui concerne les conséquences du projet sur la circulation, l'action " cœur de ville " et le commerce de centre-ville ;

- le projet de délibération et la délibération adoptée comportent des incohérences notamment en ce qui concerne le nombre de parcelles et la surface à céder.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 mai et 16 septembre 2022, la communauté d'agglomération du Grand Longwy, représentée par Me Viguier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la SAS Terra Nobilis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guerman, substituant Me Cayla-Destrem, représentant la SAS Terra Nobilis.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 9 novembre 2021, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération " Grand Longwy agglomération " (Meurthe-et-Moselle) a autorisé la cession à la SAS Terra Nobilis de parcelles représentant 120 706 mètres carrés situées sur le ban communal de Mexy en vue de la création d'un parc d'activités pour petites et moyennes entreprises à développer en trois phases, a consenti un droit de préférence à la même société pour des parcelles d'une surface totale de 67 939 mètres carrés situées sur le ban communal de Mexy et a autorisé son président à signer les avant-contrats et les actes authentiques correspondants. M. Jacque, conseiller communautaire, a sollicité le 1er décembre 2021, le retrait de cette délibération. Cette demande a été rejetée par la communauté d'agglomération le 8 février 2022. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de la délibération du 9 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 3211-14 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics cèdent leurs immeubles ou leurs droits réels immobiliers, dans les conditions fixées par le code général des collectivités territoriales ". Aux termes de l'article L. 5211-37 du code général des collectivités territoriales : " () / Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers envisagée par un établissement public de coopération intercommunale donne lieu à délibération motivée de l'organe délibérant portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. La délibération est prise au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'État. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de cette autorité. Lorsque cette opération est envisagée dans le cadre d'une convention avec une commune, copie de cette délibération est transmise à la commune concernée dans les deux mois suivant son adoption ".

3. Si ces dispositions imposent que la teneur de l'avis du directeur départemental des finances publiques soit, préalablement à la séance de l'assemblée délibérante durant laquelle la délibération relative à la décision de cession doit être prise, portée utilement à la connaissance de ses membres, notamment par la note de synthèse jointe à la convocation qui leur est adressée, elles n'imposent pas en revanche que le document lui-même soit remis aux membres de l'assemblée délibérante avant la séance à peine d'irrégularité de la procédure d'adoption de cette délibération.

4. Si le requérant soutient que " l'avis de France Domaine " visé par le projet de délibération transmis n'a pas été communiqué aux élus communautaires, il résulte de ce qui précède que les dispositions de l'article L. 5211-37 du code général des collectivités territoriales n'imposent pas que l'avis lui-même rendu par le directeur départemental des finances publiques soit remis aux membres du conseil communautaire avant la séance. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier que la teneur de l'avis du directeur départemental des finances publiques émis le 13 septembre 2021 aurait été portée à la connaissance des membres du conseil communautaire préalablement à la réunion de l'assemblée délibérante. Dans ces conditions, la délibération litigieuse a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière.

5. Toutefois, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. La consultation du directeur départemental des finances publiques prévue au deuxième alinéa précité de l'article L. 5211-37 du code général des collectivités territoriales préalablement à la délibération du conseil communautaire portant sur la cession d'un immeuble ou de droits réels immobiliers par un établissement public de coopération intercommunale ne présente pas le caractère d'une garantie. Il appartient en revanche au juge saisi d'une délibération prise en méconnaissance de cette obligation de rechercher si cette méconnaissance a eu une incidence sur le sens de la délibération contestée.

6. Il ressort des pièces du dossier que la teneur de l'estimation établie le 13 septembre 2021 par le directeur départemental des finances publiques a été indiquée aux élus au cours des débats préalables au vote de la délibération attaquée, et que la cession des parcelles en litige a été approuvée pour un montant de 17,10 euros le mètre carré, correspondant à la valeur vénale de ces biens estimée par le directeur départemental des finances publiques. Le prix de cession étant identique à l'estimation du service de l'État compétent, l'irrégularité tenant à l'absence de communication de la teneur de cet avis préalablement à la séance du 9 novembre 2021 n'a pu léser l'intérêt financier de la communauté d'agglomération et n'a pas été susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de la délibération adoptée par le conseil communautaire du Grand Longwy. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 5211-37 du code général des collectivités territoriales ne peut donc qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal / () ". Ces dispositions sont applicables aux établissements publics de coopération intercommunale en vertu de l'article L. 5211-1 du même code.

8. Il résulte de ces dispositions que, dans les établissements publics de coopération intercommunale comportant au moins une commune 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil communautaire doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le président n'ait fait parvenir aux membres du conseil communautaire, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

9. En l'espèce, il n'est pas contesté que la convocation en date du 2 novembre 2021 adressée aux membres du conseil communautaire était accompagnée du projet de délibération relatif à la cession foncière sur la zone d'activités de Mexy au profit de la société Terra Nobilis. Celui-ci rappelait la nature de l'activité de cette société, désignait les parcelles cadastrales concernées par la cession, comportait une photographie aérienne de celles-ci et indiquait leur classement dans le plan local d'urbanisme de la commune, les caractéristiques du projet de création d'un parc d'activités à dominante logistique prévue en trois phases et les conditions de la vente, précisant en particulier la quotité de la surface disponible à la vente concernée par cette opération, les surfaces respectivement concernées par la promesse de vente et par le droit de préférence, la surface aménagée, l'impact économique attendu, le prix au m² des parcelles, la durée de validité de la promesse de vente. Dans ces conditions, ce projet de délibération, compte tenu des termes dans lesquels il est rédigé, doit être regardé comme répondant par lui-même aux exigences d'information résultant de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales. Ainsi, les élus ayant disposé d'une information suffisante en vue de se prononcer utilement sur la cession des parcelles en litige, M. A n'est pas fondé à soutenir que la délibération du 9 novembre 2021 aurait été adoptée en méconnaissance des dispositions des articles L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales.

10. En troisième lieu, M. A soutient que le projet de délibération communiqué aux élus communautaires ne faisait mention que partiellement et de manière erronée des avis rendus par les commissions communautaires saisies du projet préalablement à la réunion de l'assemblée délibérante, dont les comptes rendus ne leur ont en outre pas été communiqués.

11. Toutefois, aucun texte ni aucun principe n'impose la communication spontanée aux élus de l'avis d'une commission interne consultée sur un projet avant la réunion de l'assemblée délibérante. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que les élus en auraient vainement demandé la communication préalablement à la réunion du 9 novembre 2021.

12. Par ailleurs, le projet de délibération mentionnait que la commission " Économie " réunie le 13 septembre 2021 avait rendu un avis favorable alors que celle-ci s'est bornée à demander à entendre un représentant du porteur de projet avant de rendre son avis, et ne visait pas l'avis de la commission " Finances/RH " réunie le 21 octobre 2021 qui a rendu un avis défavorable au projet de cession présenté. Toutefois, il ressort du compte rendu des débats de la séance du 9 novembre 2021 versé à l'instance que l'ensemble des questions évoquées en commissions a été débattu lors de cette séance et qu'ainsi les avis défavorables ou réservés au projet de cession qui y ont été exprimés ont pu utilement éclairer, avant qu'ils n'expriment leur vote, les élus qui ne siègent pas au sein des commissions préalablement consultées. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mention des avis des commissions tels que présentés dans le projet de délibération aurait eu une incidence sur le sens de la délibération contestée.

13. En quatrième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait, en tout état de cause, à la communauté d'agglomération du Grand Longwy de faire précéder la délibération attaquée d'une étude d'impact, notamment en ce qui concerne l'incidence du projet d'aménagement sur la circulation automobile.

14. En cinquième lieu, en se bornant à soutenir qu'" en ce qui concerne l'action " Cœur de ville ", aucune garantie de destination ne figure dans la délibération " et que le projet pourrait avoir de graves conséquences sur le commerce de centre-ville, M. A ne met pas le tribunal en mesure d'apprécier la portée de ce moyen, alors par ailleurs qu'il ressort de la présentation du projet que les emprises sont cédées en vue de l'aménagement d'un parc logistique et d'activités destiné aux petites et moyennes entreprises artisanales, industrielles et de service, sans mention d'aucune implantation commerciale susceptible de venir concurrencer le commerce de centre-ville.

15. En dernier lieu, il ressort clairement tant du projet de délibération que de la délibération finalement adoptée que les parcelles que la société Terra Nobilis envisage d'acquérir portent sur une surface totale de 188 645 m² dont 120 706 m² dès la première phase de son projet d'aménagement, 36 111 m² au titre de la deuxième phase du projet et 31 828 m² au titre de la troisième phase. Si ces documents indiquent par ailleurs que la surface de plancher du parc logistique envisagé et qui doit faire l'objet d'un permis de construire sera de 79 300 m² dont 57 600 m² aménagés dans le cadre de la première phase du projet et dédiés à la logistique et l'immobilier d'activités des entreprises, 13 000 m² consacrés dans la deuxième phase du projet au parc locatif destiné aux petites et moyennes entreprises et 8 700 m² de parc d'activité locatif au titre de la troisième phase, ces dernières précisions n'ont pas eu pour effet de nuire à l'information des élus ni d'entacher la délibération d'une incertitude quant aux surfaces cédées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la délibération du 9 novembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

17. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent, en tout état de cause, être rejetées.

18. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Longwy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la communauté d'agglomération du Grand Longwy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération " Grand Longwy agglomération " présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la communauté d'agglomération du Grand Longwy et à la société Terra Nobilis.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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